Anthologie
de
Ricard Ripoll i Villanueva


35ko

La Mémoire des Mots(2000)


I. Fragments du corps


La distance crée l’horizon du regard


Ton corps est un incendie
Qui illumine les dunes
De mon passé.


Avant le voyage
Vers les plis de ta peau
J’avais rêvé les méandres
Qui mènent à l’horizon
De ton regard.


Tes yeux
Ont brûlé les passions
Trop fragiles qui éblouissent
Telles des empreintes à l’infini
Les futurs imparfaits.


Le désir a inventé un chemin d’étoiles
Au fond des miroirs où chaque soir
J’oublie le regard.
Il y naît une aventure tendue
Au fur et à mesure que ton amour
Elève une forteresse
De silence


Tes yeux évoquent des plaisirs à découvrir
Car tout ce que tu atteins par la vue
Est un paysage à aimer. Au-delà
L’amour devient passion, et folie
Des distances excessives, et les espaces
Commencent à perdre leur transparence.


C’est l’empire du cauchemar, de la merveille
De l’aveuglement et de l’hypothèse.
Il faut entrer dans de nouveaux paradis
Avec les clés de l’enfance au fond des poches.


          Attente des mots innocents


Des mots, encore des mots. Rien que des mots...
Ton corps tremble sous le flux vocalique
Et abrupte. Une consonne, là, pénètre
Jusqu’à la blessure pour y laisser sa raideur.
Tu trembles comme la corde où l’on pend
Les assassins, et la nuit tu cherches la mandragore
D’un impossible désir imaginaire et très ancien.
Et, goutte à goutte, les mots alimentent
L’accident des phrases et, entre les draps
Souillés, j’essaye de m’éloigner de ta peau.


          En ce temps-là nous lisions Boris Vian


A bout de souffle dans les avenues et les boulevards, en pleine nuit
Après avoir bu tous les vins et de la sangria pour le souvenir d’un rêve.
Avec encore dans les oreilles la voix de Llach, de Raimon et de Bonet.
Ton parfum m’alimentait, pendant que la moto brûlait tous les feux.
Ta bouche, camarade du vice, exhalait une forte haleine de vie,
Et Paris brillait, comme tes yeux que j’imaginais devant moi
Alors que passaient les métros nocturnes sur les eaux de la Seine.
Tes seins, que je désirais, pointaient tendrement dans mon dos.
Où allions-nous donc si vite? Où donc nous menait ce désir muet?
Sous un pont quelconque, au milieu des mendiants endormis,
Nous échangions lentement, sans peur, notre esprit et notre corps.
La Seine créait les vagues comme si en elle entrait le Mississippi,
Tu me caressais sous une lune sur le point de disparaître à jamais.
Avant que le soleil ne se lève, tu savais provoquer l’écume des jours.


          Notre-Dame des premiers pas


Esméralda a été violée par un Hugo en décrépitude.
On inventait l’histoire à coups d’angoisses quotidiennes
Et la main frénétique de Soraya cherchait l’inspiration.


          Mais au lieu d’une encre bleue
          Il en sortait le blanc d’un vide angoissant.


Des heures passées devant le néant, avec Rimbaud au fond des yeux:
Je voulais être poète à quinze ans, mais en rêvant le corps de Christine
Je laissais les vers pour plus tard, et sans y penser, je passais à l’action.


Ni Banville ni Gautier, ni même les vers tendres du pauvre Verlaine
Ne pouvaient m’aider à me délivrer de la passion qui me consumait.
Devant Notre-Dame, chaque soir j’avais rendez-vous avec la triste Esméralda.


          - Je ne veux pas danser pour exciter le Créateur
          Alors passait, silencieuse, l’ombre de Maldoror.


Combien de misère est capable d’habiter le poème quand sous le masque du beau
Surgit le désespoir, la peur et la vieillesse! Combien de misère dans la pauvreté!
Combien d’amertume versée sur le passé et qui revient ronger les actes du quotidien!


          Je n’avais aucun espace pour moi
          Ni un lit propre pour fuir ma solitude.


Les mots s’accumulaient dans des armoires pleines de vêtements inutiles,
Dans des chemises éclatées et sur des feuilles déchirées. Les mots, lentement,
Formaient une ligne ascendante qui, magnifique, allait jusqu’à l’horizon.


          Esméralda pleurait encore,
          Pleine d’une vie non désirée.


Il pleuvait sur Paris et toi, à Barcelone, tu ne me connaissais pas encore
Et tu lisais couchée dans ton amère solitude, les Misérables


          Du grand Victor Hugo.


          Le corps fragmenté sous la vibration du texte


Les proses automatiques se préparent pour signaler des frictions essentielles. Mado se déshabille et laisse entrevoir son sexe pluriel où l’on peut entendre les gémissements des souvenirs lorsqu’on y place l’oreille. Son corps résume toutes les luttes et présente, une à une, les blessures des passions effacées. Elle ouvre l’azur et, entre ses mains expertes, un hasard capable de nier le temps est en devenir: le livre des utopies est sur le point d’être créé; et ses paupières évitent les inondations des sens. Je l’entends qui m’appelle. Les bois vibrent sous son haleine. Chaque mot est une nouvelle correspondance. Son corps est le temple du futur.
Son corps est palimpseste. Et ma parole la pénètre,
Et elle, pendant les nuits d’angoisses ataviques, germe:
Elle devient lettre,
Mot.
Le monde, autour d’elle, n’existe plus. Rien qu’elle, avec son nom:
MADO - douleur et folie, récupération de mon adolescence perdue,
Des premiers vers, des premiers incendies,
Passé et futur,
En ce vide qui se remplit du présent de l’écriture, abîme de mes déliquescences, trou noir des amours équivoques, des mots ambigus,
Du paradoxe


***


II. Les apprentissages


                              Charles Baudelaire
J’ai vu le majestueux vol de l’albatros; et j’ai préparé la flèche
Pour que la beauté me tache les mains de son sang inexorable.
Maintenant je cherche ces larges paysages rêvés autrefois
Où une femme nue pénètre les épaisses dunes de plages blanches.


                              Georges Brassens
Que ma voix mène au-delà de tous les cimetières marins, au-delà de Sète,
Vers la mer calme pour écouter la plainte du troubadour, et accompagne ses accords
Avec des vagues d’espoir. Je répéterai les mots que tu m’as offerts comme une prière,
Je chercherai cette beauté suspendue éternellement sur nous comme une tendre note.


                              Jacques Brel
Je n’ai pas oublié ta voix, ni tes chansons qui volaient
En ces nuits de pluies, alors que les putains se moquaient de notre innocence.
J’ai cherché dans le port d’Amsterdam ces regards et, patiemment,
J’ai écouté la plainte absurde d’un amour furtif, pendant que les années fuyaient.


                              André Breton
Rien n’est aussi évident: la poésie est subversion.
Elle est espoir, et promesse de changer le monde.
Mes cheveux bientôt blancs chercheront le revolver
Des impossibles, en se souvenant de ton magnétisme.


                              Julio Cortázar
Je te vois immense, Julio. Moi, je ne connaissais rien du combat des sandinistes,
Mais tes nouvelles m’avaient donné l’espoir de l’écriture. J’ai cherché
Au fond des parcs ton éternelle présence. Tu te cachais derrière des garnements
Qui jouaient à la marelle. Car aimer, c’est aussi jouer à être un autre.


                              Marguerite Duras
L’après-midi ne passait pas et je ne trouvais aucun corps où me réfugier.
Dans la rue de la Clef il y avait un cinéma où j’oubliais mes profondes solitudes.
Pendant des heures, je fixais l’écran; et la mer se répétait en d’incessantes vagues,
Accompagnées par des mots invisibles qui m’angoissent encore aujourd’hui.


                              Léo Ferré
Voix de rebelle et yeux d’illusions, anarchiste jusqu’à la poésie.
Avec le temps je ne t’ai pas oublié: les poètes ont semé de la musique.
Chante, Léo, chante, pendant que durent ces frêles notes. Un piano léger
Au fond de mon coeur marque encore les battements de ton regard immense.


                              J.-V. Foix
Je ferme les yeux pour simuler la présence de la nuit. Je ne dors pas,
Mais j’évoque les mots nocturnes capables de porter le galop des heures,
La noble crinière des nouvelles images, quand Barcelone était un projet.
Je ne savais pas encore que je me laisserai séduire par les rencontres fortuites.


                              Joan Fuster
Plein d’un whisky qui me chauffait la tête et avec des mots maladroits,
Je suis rentré dans cette maison de la rue de Sant Josep, une nuit très chaude d’été.
Sueca devenait, à cet instant même, l’espace d’une lutte incessante
Pour récupérer, au-delà des racines, le besoin poétique d’un paysage.


                              André Glucksmann
Contre la tyrannie des pouvoirs imposés: aucun Dieu,
Ni Auteur, ni Philosophie, ni Idée au-delà du corps
Qui lutte pour inventer l’espace de sa libération.
Une seule morale est possible: celle de la résistance.


                              Víctor Jara
Tes mains ont créé l’énigme des futurs utopiques. Aujourd’hui, le Dictateur
Attend sa douce condamnation. Ta voix comme autrefois m’accompagne,
Et celle des Quilapayún, et du Quarteto Cedrón, dans un Paris assiégé
Par des révolutions minuscules. Les bêtes sauvages ont vieilli trop lentement.


                              James Joyce
Voyage de voyages, mots contre mots, quand Dublin se cache sous le brouillard
Des histoires quotidiennes. Le tour du jour en quatre-vingt mondes.
La littérature au fond des yeux, brisée par le regard multiplié des lunettes
Qui déforment la réalité et créent la fiction absolue: la passion intérieure du dire.


                              Comte de Lautréamont
J’ai voulu vivre jusqu’à la folie l’aventure des rencontres fortuites,
Et je me suis habillé avec la cape de Maldoror. Je suis devenu chien
Dans l’infini des vies brisées, contre les familles protégées par la tempête.
Pourtant, j’ai découvert la seule vérité créative: l’encre séminale du poète.


                              Lluís Llach
Combien de lettres aurais-je voulu écrire pour me libérer d’un désir intense d’identité!
Paris créait les avenues qui menaient directement à Barcelone, et tes chansons
Etaient des sons de cloches sur une histoire qui m’était méconnue.
Ami de l’espérance sans fin, je préparais la route vers le poète Martí i Pol.


                              Federico García Lorca
Poète de l’air, voyant comme Rimbaud, ta voix me portait vers les matins blancs
Où j’attendais en révolte, la chemise ouverte, que la tragédie répète sa prise
Pour arrêter le geste absurde qui avait créé la balle et souillé la terre;
Le soleil brillait tel un feu onirique qui poursuit des illusions permanentes.


                              Maiakosvki
Avant Paul Eluard, tu avais parlé d’oranges bleues,
Et ta langue inventait la cinquième internationale. C’était en 1922,
Quand Miró enragé peignait le Carnaval d’Arlequin et Elsa et Gala
Devaient encore trouver un futur, avant que la mort efface tout.


                              Stéphane Mallarmé
Je cherche l’horizon du livre où les absolus créent la nuit des mots,
Le lieu de tous les espoirs - ces espaces où les carrefours
Viennent former les noms des impossibles. Rien que du papier et de l’encre,
Noir sur blanc, comme le marteau et l’enclume: futurs rêves de sang.


                              Miquel Martí i Pol
J’ai laissé à Roda, sur les murs d’une usine abandonnée,
Les premiers mots d’un poème inachevé, avec l’espoir
Que toi, Miquel, depuis ton silence, tu sentes mon pouls;
Et je rêve que mes vers continuent les tiens à l’infini.


                              Pablo Neruda
Camarade poète, en révolte pour proclamer la voix du peuple,
Pirate qui a voulu conquérir la paix des îles perdues. Père
De révolutions avortées, de possibles et d’impossibles, et de promesses,
De peurs et de questions qui, au-delà des mers, cherchent encore une réponse.


                              Nietzsche
Résistance dans la démystification des valeurs, résistance dans la création
De l’illusion, de la parole passionnelle, des ruptures nécessaires
Au-delà du Pouvoir. Contre la Doxa, le marteau du discours poétique
Pourra détruire les fanatismes et remplir les blancs d’utopies de révolte.


                              Joan Oliver
Je t’ai connu, le regard pauvre et une blessure écrite
En petites majuscules. Abandonné dans ton appartement,
Tu m’as donné la force de poursuivre ma route.
A toi, je dédie mes vers, en souvenir de ce soir-là.


                              Saint-John Perse
Je me suis assis devant la mer et, du fond de l’horizon, tu venais avec la marée.
Rythme des vagues, flux des corps quand la jouissance est sur le point d’éclater,
Désir de plaisir infini, de caresses répétées jusqu’à l’épuisement de la peau:
Tes mots dénudaient mes amours et les amenaient vers la turgescence du Poème.


                              Arthur Rimbaud
J’ai embarqué sur ton bateau avec le masque de l’Indien hors-la-loi.
Tu m’as laissé au fond des yeux la figure du départ. Toujours en mouvement,
Je veux écrire sans repos la blessure des distances et des oublis,
Et, avec des voyelles colorées, inventer le corps rajeuni de mon amour.


                              Tristan Tzara
Tristan de la destruction, au monocle visionnaire,
J’ai appris que du langage naissait l’homme approximatif.
Il faut nier les évidences pour penser sans limites,
Et laisser que les images nous montrent la voie.


***


III. L’Est de ton corps


Attends, et fais de l’attente une raison de vivre
Qui te force à comprendre la fusion des choses avec l’univers.
Deviens croyant, et crois à ce qui n’existe pas encore,
Cherche la paix des silences, et crie, la nuit, l’angoisse des noms.
Mais n’attends pas que je réponde, n’attends aucun signe, n’attends que l’attente.


Et pendant ce temps, nous assumons notre dualité, nous fuyons les anciennes croyances,
Les vaines illusions de retours impossibles.
Nous devons remplir les solitudes de noms, de nouvelles tendresses, d’incohérences


Et de passions où les mots deviennent des routes pour atteindre l’infini.


Il nous faut tracer l’espace de notre existence,
Inventons le monde à chaque mot.


La nuit venait lentement, une nuit profonde qui couvrait tous les mots, une épaisse obscurité, profonde et vide, un silence sans limites qui tissait le premier geste, le début d’une possibilité - un espoir - de cri, ou un trait lumineux, comme une étincelle;


Et, peu à peu, naissait le rythme nocturne, a l’Est des passions premières.
Une épée surgit de la mémoire - au fil des yeux à jamais absents.
Et tout devenait lourd sous les premières rencontres de la main:
Le tact froid de la pierre n’existait pas encore, et j’échouais contre les eaux impétueuses;


Mes rêves créaient des arêtes dans la fuite.
Les corps oubliés par les années devenaient des grottes;
Je sentais l’air comme une menace sur mes pas qui tremblaient, chaque soir plus futiles.


J’avais peur de l’éclaboussement des étoiles
Car je savais que la naissance du feu n’attendrait pas la course folle
D’un présent déchiré par la mémoire impossible de mes fables.
Et je me promenais encore dans les rues sales d’une ville cyclopéenne, sans nom.
Les yeux fermés, avec la seule vision d’un avenir à la mesure du corps improbable,
Les mains érigées vers les autres, inexistantes dans le noir,
Je situais le souffle au devant de moi, je sentais battre le macadam, et je sentais
La brûlure nuageuse des édifices métalliques,
Comme un poids sur le chemin tellurique de mon existence.
J’avais un seul désir, une volonté aiguë de continuité par les rêves
Malgré les jours qui s’approchaient avec une claire lumière d’oasis.
Maintenant, il faut gommer dans le lointain utopique toutes les images de patience:
Le repos est encore possible, et je dois tisser l’espace sacré de mon vivre.
Tout est nu dans la frugalité du corps, comme si le temps s’arrêtait là,
Comme si je m’approchais des filets surgis d’un passé ombreux
Et que je m’y endormais, lié par des azurs fuyants, au-delà d’un quelconque méridien.
Une ombre éternelle, extensible, enracinée aux échos du tonnerre en projet
- les mots qui bientôt vont naître - me poursuit et me percute. Est-ce toi, mon amour?
Ou bien est-ce que je me vois en un double inconnu?
Comme ma voix lorsqu’elle portait les rênes du destin;
Quand les corps grimpaient jusqu’à l’horizon de lumière avec un bruit d’herbe;
Quand on sculptait la figure des mirages; quand la peau s’unissait au fond de l’abîme;
Quand le hasard devenait un cercle d’effort coupé par les tempêtes soumises au matin.


On n’attend pas la nuit au-delà d’un futur dilatoire, incertain et oublié.
Ô, saga des envies préhistoriques!
Temps anciens du sycophante qui a abandonné les cavernes où les dangers organisaient la peur, l’immense crainte de l’autre!
Vide innommable des espaces sidéraux sur les corps des femmes allongées!
Silence gravé dans le cerveau des fugitifs, pour toujours!
Oubliez les premières étincelles contre la bouche vorace des bêtes affamées;
Oubliez les bâtons contre les dents aiguisées de la vengeance aveugle;
Oubliez vos propres mains contre les griffes mortelles de la haine ancrée dans le sang.
Je veux vous dire - malgré la distance qui me terrifie - combien la solitude alimente,
Cette faim de renaître en vous, au dépend de tous les genres,
Et le désir de poursuivre la souffrance qui nous accompagne depuis des siècles,
Sans ouvrir la bouche, en cette nuit minérale qui glisse sous l’impulsion des heures,
Jusqu’à te trouver dans tous ces silences qui m’entourent,
Jusqu’à couvrir de fictions ta langue inexorable,
Jusqu’à protéger tes pas du souvenir avec des mots inertes
Et des mystères inexplicables, des secrets imperturbables;
Jusqu’à créer les premiers signes de la venue du chaos.
Ô créatures de l’aveuglement dans les soirs allumés, chantez!
Chantez nos défaites, et nos délations!
Chantez l’effort premier qui lime les cailloux, et la tension des muscles dans la pénombre,
Alors que la soupe volcanique des souvenirs est en train de bouillir.
Et chantez l’accouplement contre le lierre terrestre,
Chantez la fatigue, et les gestes mythiques des crépuscules qui se noient;
Chantez l’espoir du nouveau jour, des nouvelles amours;
Et chantez aussi la mort qui se prépare,
Le déclin qui nous mènera vers l’autre silence, la nuit éternelle.
Le jour commence déjà à poindre et il souffle un vent d’automne.
Je suis présent et je pars vers ta présence, étouffée par les astres endormis;
Attends-moi, encore, et éloigne-toi au fur et à mesure que je viens.
La distance est belle. Le mot qui se trouve au fond de la conscience est beau,
Sans parvenir aux lèvres, si ce n’est par le murmure du baiser.


Ce silence de feuilles parsemées est beau,
Et ce flottement de nouvelles promesses, aux premières heures d’un désir animal,
Et ce tremblement de la peau sous laquelle habite le geste.
Je m’éloigne des vents en miroitements d’amour nocturne.
Toute ma vie est la proie de l’instant unique de la promenade.
Je vis le mouvement des formes comme les heures du prisonnier,
Une aiguille plantée à la poitrine simulant l’avance d’une lente violence.
Je sens en moi, de plus en plus fort, l’envie lente et brutale de l’Est,
Comme un soleil levant qui, sans bruit, protège les cris de la nouvelle ère,
Les nouveaux mots, comme un geste définitif de libération.


Ricard Ripoll i Villanueva©


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Le recueil La Mémoire des Mots de Ricard Ripoll s'est mérité le prix de poésie Festa d'Elx 2002.


Art work: Cradle of Love by Freydoon Rassouli


Music: Whispers of the Heart from Bruce DeBoer©(2001)
permission obtenue —  permission granted








Dernière modification de ce document: 30 mars 2004