Songes Poétiques
de
Yves Ros




Impossible amour,
                    viens qu'encore je te dise
                              une magie blanche d'aimer. 11ko





Mordre à travers*


          L'éphémère a les ailes de la nuit.


                    L'araignée,
                              sa clarté disloquée mais tenace,
                                                                      parachèvent le diadème.


15ko
                                       

Mordre à travers compose le rideau, la scène qu'il élève au mot brûlant de notre amour — corps chantourné de l'énigme entre deux rangées de dents.




Saison du tisonnier, tes météores déjoints ouvrent au silence l'ampleur traversée des sources.




06.12.00





Ouvrez, amants, la grande maison vide de l'automne, cette vitre que mord l'hiver et que seul habite le feu.




Ouvrez, gantelet de rougeur, votre rose démantelée qu'à sa cendre elle succède sur la paume faite neige du dieu au poing tranché.




06.12.00





Un homme. Il te cherchait. Les chambres succédaient aux chambres, chacune sa pareille. Tu disais : "De chaque robe aimer fait un labyrinthe", mais il n'y avait pas de labyrinthe. Seul, le continuel, l'indécidable passage. Tu étais, transie de froid, cette robe nue.




Une femme, qui le cherchait. De croisée en croisée, chacune sa pareille. Je disais : "De chaque vitre aimer ferait miroir". Il n'y avait aucun miroir. Seul, un incessant mirage par quoi le ciel réfléchissant nous relance.




Quels gestes abriteraient l'incandescent éclat où je demeure, souffle coupé, avec pour bâti cette intimité de ronce ?




07.12.00





Tu es si lente... Des caps t’enserrent. Mais tu fais tourner ta robe et les cailloux se baignent sous tes pieds.




07.12.00





Il y a quelque chose de seul, la formule d’un rêve, sa recette épuisante, épuisée.




Investis-moi que je pâtisse, cette syntaxe de l’agir nous a trop longtemps bridés.




Habite-moi, je ne veux de toi, comme d’une drogue, que cette accoutumance — contempler basculerait l’esprit.




Ainsi traversés, nous partagerions ce tic aux commissures des lèvres, les sources du baiser.




10.12.00

***


Perspective cavalière

L'un à l'autre, nous nous appartenons.


Maintenant, je le sens.


En quelle manière?


Il y avait des mots, tels les grains de riz d'un mandala.


Une transe les investirait. Ils en réguleraient le cours.


Travaux d'irrigation.


Autre, aucun horizon ne saurait te contenir.


Je parachève le chambranle d'une fenêtre; ainsi ouverte, à jamais.


Au moment même, nous nous trouvions en train de muer.


10.01.01

Agathes

Plus fermes et ronds que des agathes ont filé l'un vers l'autre, se sont entrechoqués nos "oui".




De toutes tes forces, tu avais lancé, relancé l'appel, franchi



chaque fois ta peur, rendu une à une caduques mes réserves.




Tu te sentais femme en cela et me le disais; je contemplai un mystère de tisseuse. "Musaie" n'était encore pour toi qu'un mot; il s'agissait pour moi déjà d'une façon de te chanter et de te comprendre.




Nous avons échangé gage et voeu de transparence.




14.01.01

***


Accompagnements

Tu boulangeais, disais-tu, sur la table des intempéries le fraisil d'une présence.




Le tournoiement de ta transe lucide, dissipant l'éclat des sphères, atteindrait un coeur où se réverbèrent les sonnailles de tes noces.




Tu prophétisais; mes doigts ajustaient ton voile d'épousée.



15.01.01



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* Ainsi se lit en chinois l'un des hexagrammes du Yi-King.


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Art work: photo "Evanescence" et "Ikebana - pandanus" de Jean Vallette©


Music" symphony7 Jeremy Robson



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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004