Songes Poétiques
de
Yves Ros



Impossible amour,
           viens qu'encore
                     je te dise
                      une magie blanche d'aimer.

12ko



Éparse dans le lit ou recueillie dans le sommeil,
tu me donnes de sentir cette brisure qu'est une vie.



                                            5ko Le sceau fracturé des baisers mande des lettres ouvertes au temps.



Ne serait, oui, dans l'âtre des paumes, ne serait qu'un feu de secondes où ton être s'accomplit.



11.11.00




Qui suis-je,  en cette heure de tombée?



Un homme plus que jamais, un homme dont le sang reflue.



Tu es, ma virilité, odieuse.  J'avais envie de te le dire en face,  de trouver dans cette haine et cette détresse que nous aurons échangées  —  une chanson belle soudain comme une "fille" c'est ainsi que nous parlons! —  pour te comprendre et mieux encore nous partager.



J'aime qu'une chaleur empourpre à nouveau des lèvres,  l'échancrure qu'un air de jazz offre à cette soif de décolleté.



16.11.00




Sans cri, tu repartiras du vide — appariteur de ce qui seulement paraît; appariteur, oui,  d'une apparitrice dont les volets ouverts heurtent le dormant où baille ta fenêtre.



Je t'emprunte, chemin de la haine de soi; ces gants libres que tu me tends,  brûlent mes mains comme une antique tunique.



Tandis que le coeur à nouveau s'immerge, l'onde vibre peu à peu  — ludisme et enjouement d'une transparence trouble, à la fois rencontre,  désormais surprise.



Impossible amour, viens qu'encore je te dise une magie blanche d'aimer.



18.11.00




Mousseuse, la mie déborde de lumière, caramélise le contour de toutes choses et embaume la pièce d'une saveur de croissants.



Le délié du lien distribue priorités et vicissitudes au gré des rencontres,  établit des relais où sans cesse se noue et se dénoue notre intrigue.



Nous accompagnons nos frayeurs par des chemins de caresses, goûtant occasions et faveurs de mutuellement nous surprendre.



19.11.00




Tu dis : "Dommage!"



Oui, ce qui là nous damne fait apparition, nous mandant tous deux de disparaître.



Nous ne sommes l'un pour l'autre que ce double visage d'une insoutenable persécution dont la source est notre passion même.  Foi et perfidie ne se distinguent plus.



Ensemble nous cherchons.  Plus minces que des scies nos baisers se frôlent.



19.11.00




Nous demeurons toi et moi, l'un contre l'autre couchés, plus lisibles que des pages d'eau, comme épousés — amants d'une heure qui ne figure au cadran d'aucune horloge.



Nous nous passons l'haleine lorsque nous fendent des baisers, chaque parole de caresses sertie.



Le vin de la douceur, le tact âpre des approches, un désir entêté dont la langue revêt toutes tes saveurs blasonnent chairs et mots.



Je t'ai connue sans te connaître; le rasoir va trancher.  Les yeux rivés à sa lueur, je prends l'exacte mesure d'une soif de toi.



27.11.00




La brûlure te dépense.



Chiennerie, tu es la moue du bonheur, un baiser à bout de doigts vers qui t'emporte la vie dans le simple ticket d'un départ.



Comment ne pas aimer, lorsqu'être se résume à un poids d'os négligeable et d'eau en terre bientôt dissipée?  Comment ne pas crier d'envie folle d'être aimé?



J'ai peur, assis sur le seuil du jardins des songes, j'ai peur :  ce n'était sans doute que rêve.



Voici que ton index traverse mes lèvres.  Habitais-je loin moins que l'horizon auquel il tendait?



Fais de moi une calebasse creuse qui indéfiniment accueille la pluie.



28.11.00



Yves Ros



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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004