L'univers poétique
de
Gilles de Sèze




deSeze







L'Ankou et la Camarde

Introduction


Je n'ai pas peur de l'Ankou ni d'la Camarde, qui vont bras dessus, bras dessous, mais quand les fleurs de cimetière ont grainé, quand ils m'ont fait signe de leurs doigts décharnés, je me suis fait porter pâle sous la Cafarde. Donne-moi les lèvres des Morts que je les baise tendrement. Donne-moi le Livre des Morts: Je voudrais en écrire la post face à des millions de rééditions futures.












Chapitre I

          Londres s'éveille débraillé, protégé par ses dieux lares
          Pulpe moite et muffins chauds, encens matinal du lard
          Batangello quitte le lit de la femme, saveur d'amande,
          De l'amant de
          Sa femme.
          Une première flamme
          Dans le foyer tiédit l'oreiller
                                                  D'oeillets
          Lumières crues aux balcons et rues citron, odeur d'urine du bacon
                                                                                                             Et du thé.
          Pâlit la luna luna dans l'eau claire de la Serpentine.
          Moi, j'étais le fiancé de la pirate mais les fiancailles sont à l'eau maintenant.
          Un bas bleu. Un autre jaune,
          Comme les culottes bouffantes que portaient (à ce qu'on dit) les bouffonnes médiévales:
          Joker de carte à jouer,
          Bouée d'urgence gonflée de façon défectueuse:
          Là maintenant, la tête dans l'eau,
          Les jambes en l'air:
          A girl like a boy in waters.
          Nul autre que moi ne savait son nom, Ophélie? hi! hi!
          Non: Adèle.
          Mais elle est morte, Adèle ah! ah!
          Ou bien portait-elle de ces noms de jarretelles qui faisaient pincer les lèvres de grand mère?
          Sur la Serpentine, se défient pirates et corsaires
          Les diables, à Leicester
          Square achalandent le bon peuple et vantent les tours que l'on va faire.


          A genoux, je prierai
          Qui m'en empècherait?
          Notre-Dame d'Auray...


Ombre dérangée,
            Ombre descendue portée sur les roches jusqu'à l'ultime étoile.
            Au-delà, Oblique loque, elle est là encore, sombre derrière cette lumière,
            Je récuse cette ombre circonscrite.
            O Suprême Clairon, plein de strideurs étranges,
            Oméga, Oeil, ton rayon violet dans les profondeurs des terres brûlées!
Mort répandue le long des rocs,
            Malheur déterminé révélé,
            Malvenu sur la Mer de Sérénité...
            Moment sanctionné,
            Mesure ordonnée...
Balance finale, qui te jugera.
Rivière sans Retour vers l'estuaire de tes funérailles
Et sous ta croix,
            Ac graffitis
            Espoirs et caprices
            Ennui après le choc
            Effondré, le jour qui t'a vu né
            Etre qui s'enfuit.
Silences traversés des Mondes et des Anges,
            Symphonie de cymbales insonores,
            Salamandre borgne entrée dans ta tombe pour te regarder, et t'étouffer encore de
            Son baiser puissant!


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Calligraphie: Gilles de Sèze


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