|
|
Sergi JOVER I REJSEK (Barcelona, 1950), poète Catalan, a passé son adolescence en Suisse.
Il a pu connaître l'oeuvre de Sartre, de Céline, de Verlaine, de Verhaeren,
ainsi que les chansons de Brel et de Brassens. A la fin des années soixante-dix,
il connut des grands poètes catalans comme Salvador Espriu, Pere Quart, Tomàs Garcés
et Joan Vinyoli. Il commence à écrire de la poésie. En plus de l'écriture,
il se consacre au théâtre, au cinéma et au dessin. Il a co-traduit une histoire
de la III Internationale, de Milos Hajek, La Plaisanterie, de Milan Kundera.
Ses derniers livres de poésie sont : Vida meva (Viena, 1999, Prix Joan Llacuna),
Ressenya(Amós Belinchón, 2000, Prix Manuel Rodríguez Martínez et Neu fosa
(Viena, 2000, Prix "25 avril" Vila de Benissa).
Extraits du recueil
Fonte des neiges
Madame Kodama à l’aéroport
La mémoire nous ressemblait miséricorde
vers la route verglacée du vieil automne
et Genève était le havre du voyage
(un vol d’or qui fut le terme de ma lignée).
Sous l’ombrage d’argent vif d’une grande colonne
reposait une suave figure mémorable
qui fuyait vers le demain qui fut passé
les yeux vagues et un pâle sourire a la frimousse.
Les deux mains aux doigts petits dormaient ensemble
sur des ongles mal mordues et colorées
d’un bleu gris du même ton que sa toilette.
Sur le sentier des grands sapins de ma jeunesse
je cognais contre l’évidence du tangible
érigée d’aluminium et de séquelles.
(Et j’ai su lier mes songes à l’évidence).
Coupable du jadis
Le vent marin peaufine
l’haleine du couchant.
Et toi, si loin encore,
tu tentes de revivre
à l’extérieur de l’être.
Chemins inévitables
Par cette nuit d’avril
l’aurore éclate en vain
des rues pétrifiées.
Personne ne te connaît.
Tu longes, l’oeil hagard
(avant d’être reptile)
cachettes sous la peau
vers des enfers bien tendres.
Cette nuit je te dirige par mers et plages
Oublie, ma voyageuse ton va-et-vient
de couches imaginaires, cela n’importe.
Le rêve te porte à elle. Suis les sirènes
de boucles interminables jusqu’à l’aurore.
Je masque ce que je veux
Mes intentions m’inquiètent.
J’occulte notre énigme:
bien âpre est la réponse
du monde si rigoureux.
Peureux j’évoque les neiges d’antan
Perché des yeux aveugles de la mémoire
lueurs du souvenir sans retenue.
Ton corps éblouissant, prudent, arrive.
Miracles poétiques
Sur un fil d’araignée
t’enfanteras le jour,
l’appel rêche des corbeaux,
et le bris de la vague.
Tu veux encore m’écrire le script
Dès le midi de mes journées
toi, transfuge de la vie,
tu luis tel un mirage évanescent.
Je sens déjà comme tu conformes
ma destinée inexplicable.
Final fleur bleue
Oeillets de chair sur ta poitrine
(blanc contre blanc).
Près de l’écume et du cyprès,
tu marchais lourde de silences
les yeux mouillés près de la plage
sur la route longue du cimetière.
***
Extraits du recueil
Soleil
Quand Borges
Parfois je rêve d’un ange trébuchant
qui porte des lettres ouvertes d’outre-mer.
Il laisse sur ma table virginale
les pages de lourds festins déjà entamés
noircis par l’encre lente du copiste,
mouillés des pleurs oiseux nés dans les crânes.
Soudain je reconnais le mandataire
et vif je noie ma main dans l’eau des roses
joyeux de prendre part à l’héritage
de l’homme qui fût heureux parmi les ombres
vivant, sage exclusif, du chant de l’air.
Je prends sur mes épaules l’éphémère,
j’attarde un grain de sable le couchant
et ensemble nous tirons nos cartes pipées.
Présentation et traduction du catalan de l'auteur lui-même
Sergi JOVER I REJSEK
|