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Quand j'aurai rejoint les racines,
appelle-moi avec ta voix.
Et le soleil me semblera
pénétrer jusqu'à ma racine.
(Juan Ramón Jiménez - Fleuves qui s'en vont - José Corti (Ibériques) 1990)
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... J'aurai tant aimé la vie
qu'elle donnera une forme au souvenir qu'on aura gardé de moi.
(Joe Bousquet - Lettres à Poisson d'or -
Gallimard (L'Imaginaire) 1999)
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Pour Bernard
"Traduit du silence" où aucun bruit ne vient plus, tu habites ici,
la maison de ma mémoire.
Je te regarde doucement. Tu es assis à la table, dans un nid de soleil, l'été.
Tu partages le lait, Christie pour la voix de Léo et cette lumière en clair-obscur
sur tes pensées.
Octobre à peine ... et le chat à l'intérieur de ton nom. Je te regarde doucement.
Tu ris et nages après la pluie qui court sur les marches. Maintenant, le temps
se racornit sous le froid. Je cherche tes racines autour d'un lac, puis dans
les mains de Rodin et de Camille, partout. Partout...
Mandelieu
Alger, Digne... L'Italie...
Ailleurs
L'anis étoilé de ton coeur
Quelques maisons blanches dans tes cheveux, les boucles fauves d'une voix d'enfant,
un ballon dans les bras... dans tes bras, mon inoubliable.
Je te regarde doucement, avec un bout de la jetée pour mémoire du monde,
l'éclat des poissons de roches nourrissant tes repas profonds. Et j'ai peur,
peur d'un seul regard d'abîmer ton passage, le bruit de ton reflet sur le miroir
de la maison. Peur d'un seul désaccord de guitare, de perdre l'harmonie de tes
couleurs, tes collections de terres chaudes aux heures soigneusement comptées.
Là-bas, les dernières serres du pays. Un sablier renversé, "la seconde que tu donnes,
plus haute que la vie, "à hauteur de ton coeur", à l'heure du vent jusant solidaire
et fragile". Cette lave profonde en solitude où tu plantes ton bâton, la fureur
de vivre périmée... toute la beauté du monde, mon inoubliable.
Depuis ton départ, le sel prend feu sous l'eau. Indomptée, une grappe d'affection
flambe dans le froid, réchauffe puis retient les chevaux de nos pensées, et cette nuit
blanchie, déchaussée de ton pas.
Alors, je te regarde doucement. Tu es assis à la table de la tendresse,
l'été, de l'autre côté de la vie.
Je t'embrasse dans le coeur, mon Bernard. Je pense à toi.
Mireille, (5 novembre 2001)
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