L'univers poétique
de
Mireille Seassau

Hommage à l'ami Bernard





41ko

Quand j'aurai rejoint les racines,
appelle-moi avec ta voix.
Et le soleil me semblera
pénétrer jusqu'à ma racine.
(Juan Ramón Jiménez - Fleuves qui s'en vont - José Corti (Ibériques) 1990)


***


       ... J'aurai tant aimé la vie
qu'elle donnera une forme au souvenir qu'on aura gardé de moi.
(Joe Bousquet - Lettres à Poisson d'or -
Gallimard (L'Imaginaire) 1999)

            ***

Pour Bernard

"Traduit du silence" où aucun bruit ne vient plus, tu habites ici, la maison de ma mémoire.


Je te regarde doucement. Tu es assis à la table, dans un nid de soleil, l'été. Tu partages le lait, Christie pour la voix de Léo et cette lumière en clair-obscur sur tes pensées.


Octobre à peine ... et le chat à l'intérieur de ton nom. Je te regarde doucement. Tu ris et nages après la pluie qui court sur les marches. Maintenant, le temps se racornit sous le froid. Je cherche tes racines autour d'un lac, puis dans les mains de Rodin et de Camille, partout. Partout...


                                Mandelieu


Alger, Digne... L'Italie...
Ailleurs
                          L'anis étoilé de ton coeur
Quelques maisons blanches dans tes cheveux, les boucles fauves d'une voix d'enfant, un ballon dans les bras... dans tes bras, mon inoubliable.


Je te regarde doucement, avec un bout de la jetée pour mémoire du monde, l'éclat des poissons de roches nourrissant tes repas profonds. Et j'ai peur, peur d'un seul regard d'abîmer ton passage, le bruit de ton reflet sur le miroir de la maison. Peur d'un seul désaccord de guitare, de perdre l'harmonie de tes couleurs, tes collections de terres chaudes aux heures soigneusement comptées. Là-bas, les dernières serres du pays. Un sablier renversé, "la seconde que tu donnes, plus haute que la vie, "à hauteur de ton coeur", à l'heure du vent jusant solidaire et fragile". Cette lave profonde en solitude où tu plantes ton bâton, la fureur de vivre périmée... toute la beauté du monde, mon inoubliable.


Depuis ton départ, le sel prend feu sous l'eau. Indomptée, une grappe d'affection flambe dans le froid, réchauffe puis retient les chevaux de nos pensées, et cette nuit blanchie, déchaussée de ton pas.
Alors, je te regarde doucement. Tu es assis à la table de la tendresse, l'été, de l'autre côté de la vie.


               Je t'embrasse dans le coeur, mon Bernard. Je pense à toi.


               Mireille, (5 novembre 2001)



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Infographie: Bernard Flucha



Music: Missing you from Bruce DeBoer©(2001)
permission obtenue —  permission granted



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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004