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Valser un peu avec sa solitude, et bientôt,
L'embrasser sur un chemin d'or.
Alors, survoler la terre entière:
Elle vous appartient aussi...
***
Cet enfant sourit ce soir.
Cet enfant sourit ce soir,
Il n'a pas vu bien sur,
Du haut de sa balançoire,
Que le temps était dur.
Est-ce l'innocence,
Qui offre la joie,
Ou l'insouciance,
Qui fait regarder droit?
Que pensera-t'il demain,
En soulevant le voile
D'un monde serein?
Peut être verra-t'il l'étoile?
Celle de son enfance
Ou celle des soirs d'étés,
Celle des vacances
Où il s'allongeait pour admirer.
Sur qui posera-t'il la joue,
Au sommeil tout à coup?
Il titube de joie au premier pas,
Trébuche, hésite, pourquoi pas,
Finalement une fleur
L'attire de ses pétales en coeur.
Passera-t'il du sourire
Sur le temps, voleur à maudire?
Peut-être aura-t-il des enfants,
Sculpture de ses rêves,
Qu'il modèlera sans trêve,
Jusqu'à sa forme d'antan!
Viendra-t'il, les mains sucrées,
Salir la robe de sa mère?
Comment pourra-t'il colorier,
Sur ses douleurs amères,
Si ses crayons servent à étudier
Ce qu'aurait aimé le père?
La balançoire vogue seule,
L'ange est déjà aux tilleuls.
Son château et ses armées
Se préparent à l'assaut,
L'ennemi arrive à flot.
Son ennemi est le temps.
Il se bat encore pourtant.
***
Un nourisson nommé réveil.
Se lever,
Quand la nuit accouche d'un nourrisson nommé Réveil.
Etourdi encore par la lune qui s'enfuit,
Sortir.
Couvert et avec des yeux timides, écarter les rideaux de brume.
Laisser passer un rayon.
Amoureusement, à l'affût,
Attendre.
Et pareil à l'amant qui devance l'émergement de l'amante;
      et pareil à l'amante qui ouvre l'oeil sous un baiser;
      et pareil à la mère qui contemple l'enfant au bord du jour:
Venir surprendre le soleil.
Sa claire chevelure qui se répand et bientôt toute sa rondeur généreuse.
Sa posture de Roi infiniment doux, déjà auréolé.
Tendre un pont léger.
Valser un peu avec sa solitude, et bientôt,
L'embrasser sur un chemin d'or.
Alors, survoler la terre entière: Elle vous appartient aussi.
Sentir qu'au réveil,
Vous ne formez plus qu'un.
Respirer la nature fraîche dans le mystère de sa couche; s'y baigner; s'en asperger.
Voguer sur des tapis de gouttelettes éclairées; briller dans l'orange du matin.
Et pareil à l'amante qui vous quitte, à la mère qui vous abandonne,
Au retour:
Saluer le nourrisson qui grandit.
Sa carrure majestueuse qui vous étouffe et bientôt tout son règne éblouissant.
Sa posture de Monarque infiniment puissant qui vous enfonce et qui vous rappelle combien vous êtes seul.
S'enfuir avant que l'on vous surprenne.
Rentrer,
Car la journée commence.
Se coucher,
En attendant la nuit.
Rêver
D'atteindre le soleil quand il est petit.
     
Nicolas de Rosanbo
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