L'univers poétique
de
Nicolas de Rosanbo




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Et si je partais un matin?
D'un pas enjamber le ravin,
D'un élan ouvrir la cellule...
Pour le vol d'une libellule...











...Et si je partais?

Et si je partais un matin?
D'un pas enjamber le ravin,
D'un élan ouvrir la cellule...
Pour le vol d'une libellule...


Et si je partais un matin?
D'un pas enjamber le ravin,
D'un élan ouvrir la cellule...
Pour le vol d'une libellule...


Un vol bas, mais un vol serin,
Cap sur les détours incertains,
Un voyage absent de guide,
Que les regrets feraient vide:


Vois ces folles hirondelles,
Un matin, partir avec elles!
Mon jour levant sera demain,
Comme un destin entre des mains!

***

De l'impertinence au savoir vivre

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Je sais bien, monsieur,
Que par ma seule présence,
Je me dois d'adhérer à vos accoutumances,
Mais si vous me le permettez,
J'aimerais apporter la cerise de mon opinion,
Sur le gâteau de vos façons.
Peut être n'aimez vous pas les cerises,
Et je comprendrai bien qu'elle puisse passer de travers,
Ou se faire éjecter, puis terminer dans un verre.
Au moins aurai-je essayé d'agrémenter
Le sans goût de nos relations.
Je disais donc, cher monsieur,
Que certains de vos ingrédients
Ne conviennent pas à la recette de ma sauce,
Et je vais de ce pas tenter de vous les montrer
En les éliminant sans prétention aucune.
Vous clamez que votre manière de vivre,
Est mille fois plus louable que celle des autres,
Et c'est en cela qu'est ma profonde rancune,
Rancunier que je suis.
A coup de chiffres exact, vous êtes capable
De ressortir la liste complète et exact,
Des dépenses et des achats du voisinage,
Au cours de leur trois dernières années.
Par-dessus tout, vous avez le génie de connaître
Ces futiles données de mémoire:
Le montant précis que chacune de vos connaissances


De votre sombre raisonnement,
Vous sortez régulièrement l'annuaire
Des statistiques de"qu'est ce qui s'est offert à qui et pour quelle valeur".
Ainsi, quand vous vous attachez à démontrer
Que les autres ne parlent que d'argent,
Et que vous non, jamais,
Vos pupilles ont la forme de pièces
Et votre ton est celui d'un commissaire-priseur.
Votre jalousie dépasse votre porte-monnaie,
Et rentre à merveille dans le sac à main brillant de votre femme.
Pour autant, vous n'hésitez pas à donner et encore donner
A celui que vous avez jugé pauvre,
Ou celui qui a eu la chance de vous quémander.
Portant d'une main votre nouveau caprice,
Vous signez de l'autre son faramineux prix en évidence.
Qu'il serait dommage de freiner votre folle cadence,
Vous aimez tant vous faire croire à l'abondance!
Et vous dites, le dimanche suivant,
Au festin familial de vos économies factices,
Que vous courrez à la catastrophe financière.
"Mon dieu écoutez mes prières,
Je suis dans le besoin, comme j'aimerais être riche"
Votre audace ne s'arrêtera pas à quelques emprunts seulement.
Voilà, vous avez parlé du lundi au samedi,
De l'argent des autres,
Et le dimanche, vous présentez vos résultats comptables.
Pardonnez mon ancienne hypocrisie,
D'avoir applaudi à vos délicieux achats,
Je croyais de cette manière, rassasier le chat.
Je vois à vos monnaies écarquillées,
Que vous ne comprenez pas à qui je m'adresse,
J'aimerais pourtant, de mon immonde délicatesse,
Écarter votre maladresse.
Peut être les exemple ne sont-ils pas assez concrets?
Mais passons,
Car je crains que la cerise devienne plus grosse
Que le gâteau.
Ma tirade à un goût d'angoisse, je le sens,
Et sur mon plateau d'argent,
J'aimerai rajouter quelques plats succulents,
Bref, y laisser ma crasse.
Vous aimez, à perdre la raison,
Le luxe, la nourriture (puisque nous en sommes au goût) et l'alcool.
Diable! Comment un être de votre taille,
Peut-il en ingurgiter autant!
Une vache ne mangerait pas moins de paille!
Mais si vous mangiez de la paille, seulement!
On vous appellerait l'épouvantail! Non, le cochon s'attable.
Quand, pour justifier vos dépassements,
Vous avouez dans votre plus bel air:
N'être qu'un"passionné de l'art culinaire",
Je vois dans vos pupilles dilatées l'insoutenable somme
De ce que vous avez dévoré sans savourer.
Diable! Comment peut on vider autant de coupes!
Par-dessus tout, vous possédez un tel "don culinaire",
Que vos propos de table
Deviennent si tôt désagréable.
Et vous aimez tellement"le bon vin",
Si je puis être ironique,
Qu'à la fin de votre propre réception,
Au sommet de lourdes réflexions,
Votre femme s'excuse,
Alors que vous êtes comique,
Disant:"Pardonnez-nous, c'est la fatigue...
...Avec nos problèmes d'argent...".
Puisque l'ignominie de mes propos
Gonfle encore la bulle de votre grand cerveau,
J'aimerais, de ce langage, l'exploser en quelques mots.
Si votre bosse de culture se trouve en votre ventre,
Si vos leçons magistrales ne sont que des extraits de bible,
Si vous n'avez que, pour fierté banale,
Le prix en chiffre de ce que vous avez mis dans l'affaire,
Ou de ce que vous offrez, qu'un autre aurait pu faire,
Si vous parlez plus fort que votre rivale,
Si vous êtes sûr de vous à tous les coups,
Mais que vous vous trompez, comme nous,
Si vous dépensez l'argent que vous n'avez pas accumulé,
Si vous étouffez d'une bribe
Ce qui n'est pas l'auréole de votre gloire,
Oui, peut être pourrions nous trop en voir,
Alors, vous êtes l'homme le plus heureux du monde.
Parce que vous avez l'innocence d'un enfant,
La simplicité d'un singe plus que savant,
Et l'amour propre d'un coq fatiguant.
Les gens que vous rencontrez
Emportent leurs rires à la chaumière
Et rient encore pendant que vous dormez, l'esprit clair.
Je m'incline à vos pieds cher monsieur,
Et vous laisse à vos huîtres,
Saumon, canard, foie gras, pinard:
N'oubliez pas de les rembourser en évidence,
Il serait dommage que votre argent
Ne puisse servir à exhiber
Le prix de votre panse.
Et si, au dessert, vous croisez
Une cerise mâchouillée au fond d'un verre,
N'oubliez pas de crier, monsieur,
Que de mes propos idiots, vous ne savez que faire.

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Dans ta chambre


Nos vies s'aspiraient
Dans ta chambre,
Un tourbillon de notes
En ombre sur les voiles.
Nos mains dessinaient
Dans tes draps d'ivresse,
Le feuillage de l'amour
Au départ du toujours.
Une coulée limpide
En ligne de tristesse.
Les reflets d'une bougie
Sur le calme de velours.
Nos sourires tournaient
Dans ton charme secret,
Un élan pour une valse
En souffle sur ta joue.
Le passage d'un ange
Sous nos ailes fragiles,
Un silence blanc,
Dans l'espace de coton.
Nos soirs duraient
Dans ta chambre;
Un berceau heureux
En lumière de la nuit.


         Nicolas de Rosanbo



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Dernière modification de ce document: 11 avril 2004