L'univers de l'Éloquence
par
Raphaël Zacharie de Izarra


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Le testament d'un éternel amoureux.

Amantes lointaines ou perdues, présentes et passées, je vous ai élues un jour pour vos coeurs pleins de grâce. Au fil des ans je me suis abreuvé à vos encriers, enivré du souffle de vos plumes, légères, riches, suaves, fortes, délicates et tendres. Et devant l'autel de vos mots, pieusement conservés, je me prosterne. Chers anges, vos plumes souveraines m'ont conduit au ciel. Sur vos ailes j'ai voyagé dans un monde à part, rêvant de liberté d’amour et d'absolu.


Et lorsque vous finissez par me dire adieu, lassées par mes rêves sans fin, je fais de vos noms une légende. Vos courriers sans prix, signés parfois de vos larmes, prennent du poids avec le temps: c’est l'or de mon âme mûrissante. Mon sort est de vous aimer sans répit. Vous toutes qui êtes déjà parties, vous êtes devenues des hôtes de lumière dans la demeure de mes chers souvenirs. Je vous le dis mes chères amies d’hier et de maintenant, parce que vous avez semé mon nom sur le chemin de vos jours, vous récoltez aujourd’hui l'hommage éternel d'un coeur à jamais épris. Et prêt à percer la tombe, comme le font les fleurs vives.


Je vous aime toutes.


Raphaël Zacharie de lzarra

***


Vous l'esseulée

Vous l'esseulée, vous le visage qu'on ne regarde jamais, les yeux qu'on ne croise pas, le coeur qu'on évite d'entendre, vous l'épouse de l'indifférence, vous la jeune fille que l'on dit sans grâce et sans attrait, et sur qui nul amant n'attarde son regard, sachez qu'un coeur bat pour vous ici.


Malgré, vous, malgré moi et malgré tout, je suis épris de votre pauvreté.


Les galants sur vous lèvent les yeux et passent, ne laissant ni fleurs ni compliments, et au bal votre bras demeure veuf, éconduit, tandis qu'on danse avec vos soeurs plus jolies, tout en leur clamant mille fadaises...


Mais si tous dédaignent vos traits modestes, vous l'indésirable créature, vous la fleur unique semblable à aucune autre, tous ignorent également vos dehors cachés de princesse, à travers vos larmes versées sans témoin, vos soupirs dédiés aux jours vides qui passent, votre coeur cloîtré dans l'ombre du monde et vos yeux depuis toujours baissés et mariés avec la poussière, à cause de ce poids de tristesse sur vos paupières.


Que vous êtes touchante, et tellement belle, quand vous vous révélez ainsi, si humble, le visage empreint de cette langueur de jeune fille impossible à voiler tout à fait: vous ressemblez à un ange en détresse. Votre secret renoncement m'attire de la même manière qu'une terre sévère et inculte, si austère que le silence n'est pas silence, mais prière émanant des pierres et des ronces.


Vous avez pour moi le charme sûr de l'authentique mélancolie, et votre coeur que l'on néglige tant est une délicatesse que je vous demande de m'offrir, parce que vos pleurs, pareils à une neige sur un paysage terne, donnent un prix à ces prunelles qui osent se poser sur moi aujourd'hui.


Discrète et pudique, simple et sage, sans toilette, ni ruban, ni soie, votre grâce invisible siège sur votre front nu. Et votre sourire de demain, qui me sera voué, formera votre unique et sobre parure.


Raphaël Zacharie de lzarra

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Éloge et défense de la laideur

N.d.A.:Voici, fidèlement rapportés par mon imagination, quelques propos échangés entre une femme laide et son amant. (Raphaël Zacharie de lzarra)


—  Je me sais laide, et cette laideur est une offense à l'amour. Vous ne pouvez m'aimer. Votre regard doux sur moi me rend honteuse. Votre tendresse a quelque chose de malsain. Il n'est pas séant de se faire l'amant de la laideur. Vous choquez la morale, l'honnêteté, le ciel et tous ses anges. Vous me faites rougir, et j'ai envie de pleurer. Je suis laide, je le sais, vous le savez, et c'est un crime de m'aimer ainsi que vous le faites. Le monde est plein de filles jolies qui ne demandent qu'à être chantées, louées, honorées selon les lois ordinaires de l'amour, ne perdez donc pas votre temps et votre jeunesse avec celles qui, comme moi, ne méritent de recevoir aucune fleur de la Terre. Je suis laide, laide, laide, et je vous vous interdis de m'aimer! Cet amour que vous m'avouez m'est une douleur, une peine, non un bien. Ne m'aimez pas, laissez-moi en paix, seule avec ma laideur comme avant, seule comme je l'ai toujours été. Voilà mon sort, ma juste condition, la volonté du ciel et des hommes. Ne troublez pas l'ordre naturel des choses. Vous faites mal, lors même que vous croiriez bien faire.


—  Vous êtes laide et je vous aime. En esthète j'admire vos traits ingrats. Mon coeur a choisi pour battre, enfin, le paysage austère de votre visage. Lassé des molles merveilles qui ont fini par émousser sa sensibilité, il a élu votre tête déchue qui pleure aujourd'hui de se savoir aimée. Il s'est soudainement ému pour votre face sans éclat qui n'est qu'un désert de pierres, de roc, de cailloux. Et ce désert a séché votre regard, durci vos lèvres, tari vos sourires: votre visage est un mets bien amer, mais c'est pour moi un miel nouveau. Je goûte comme un Christ au vin âpre de la misère, et une étrange ivresse me gagne. Votre détresse est une croix qu'il m'est doux de porter. La pauvreté de votre visage a la saveur divine d'un exil dans la montagne rude et magnifique, froide et chaste, immense et silencieuse: je le contemple et je m'élève.


—  Vous êtes fou. Ma pauvre couronne ne mérite pas d'être si bien servie. Je ne suis que la reine des servantes, la princesse de la poussière, l'aimée des cailloux. Mon pouvoir ne s'étend point au-delà des ronces et des orties qui m'entourent. Je me sais si laide que je n'accepte de compliments que de la part des pierres. Elles sont muettes et leur éloquence me va toujours droit au coeur. Je sais qu'elles disent vrai. Tandis que vous, vous me dites des choses que je ne puis croire. Vous mentez. Allez plutôt rejoindre vos jolies donzelles, au moins elles vous croiront quand vous leur chanterez leurs grâces si sûres. Vous ne mentirez pas lorsque vous leur tiendrez galant discours. Je suis laide, oubliez-moi.


—  Vous êtes laide, et vos traits rendent votre coeur humble, fragile, sensible. Vous le briser est chose si aisée qu'il me faut prendre mille précautions pour le manier, de crainte de le blesser sans le vouloir. Vos soeurs plus jolies sont armées de cuirasses, et je n'ai pas besoin de tant de manières pour les convaincre de servir la cause amoureuse: vite conquises, elles ne laissent pas le temps au coeur de s'épancher comme il le faudrait. Sur quelques accords de musique, sur quelques pas de danse l'affaire est entendue. Et la chose est si commune à leurs yeux, que l'hyménée qui s' ensuit est vidé d'émoi. Pour ces filles jolies l'amour est une chose bien banale. On les séduit sans manière, sans dentelle ni beaux discours. On les aime avec des piètres sentiments qui s'évanouiront dès l'aube. Ce ne sont que des étoiles filantes. Elles ont l'éclat de la beauté, mais de racines point. Leur beauté leur confère une futilité toute particulière. Et s'il est vrai que les attraits ostensibles d'une vierge facile sont toujours flatteurs pour l'heureux amant qui les conquiert, il est également vrai que les fleurs les plus belles paraissent aussi les plus superficielles. Sachez donc que la vanité sied mieux à la beauté plutôt qu'à la modestie.


—  Ainsi je trouve grâce à vos yeux aujourd'hui, parce que je n'ai pas l'heur d'être de cette race des beautés radieuses que vantent tellement les hommes de votre espèce, ordinairement. Je veux bien croire à la ferveur de votre prière, au singulier émoi de votre coeur, puisque vous voulez tant que j'en sois convaincue. Je ne sais pourtant si votre galante dévotion est une insulte, ou un réel éloge. A moins que cela ne soit que pure folie, mon ami.


—  Croyez plutôt en la sincérité, l'honnêteté, l'humilité de mon coeur aimant. Et oubliez donc au nom de cet amour — si particulier j'en conviens—  les rigueurs de la simple raison. Je vous aime ainsi que vous êtes, parce que vous êtes ainsi.


Raphaël Zacharie de lzarra

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Une déclaration amoureuse

Mercredi 2 février 2000


Marianne,


Vous vous flattez de mon humour chère amie, mais je crois que vous vous méprenez. Si j'ai l'âme en joie, je n'ai point le coeur à rire pour autant. La situation est bien trop grave. Vous me semblez bien excessive. Apaisez donc votre coeur à l'ombre de ces mots. Il convient de demeurer dignes et mesurés en semblable posture. Votre compagnon revient donc demain de l'hôpital? Soit. Vous feindrez l'honnêteté, la loyauté et la fidélité en sa présence. Mais dès qu'il aura le dos tourné, vous vous ferez un devoir de rendre hommage au souvenir de ma personne. Vous servirez avec zèle votre nouveau maître. Vous le louerez intérieurement, vous le chanterez, l'adorerez, tout en conservant des dehors sages, vertueux, honorables. Vous ferez cela pour moi Marianne. Quant à vos chers petits, mettez-les en pension, placez-les chez une méchante vieille, envoyez-les dans une école militaire ou que sais-je encore? Mais chassez-les de notre vie, car je n'aime pas les enfants.


Par ailleurs sachez donc que j'ai une si haute estime de ma digne personne, que je ne saurais souffrir une quelconque descendance, une espèce de prolongement de mon sang hors de moi-même. J'ai l'impérieux souci de l'unicité, de l'exclusivité. Pour ma gloire je veux demeurer Raphaël Zacharie de Izarra, et garder pour moi seul mes traits de caractère. Je n'ai nul besoin de me contempler à travers mes oeuvres pouponnières, un simple miroir renvoyant ma propre image me suffit amplement. Je ne me considère pas comme un vil reproducteur. Ma mission sur cette Terre est tout autre. Je suis là pour séduire et faire rêver les femmes. Et non pour les engrosser comme un goujat. Je ne suis point ce malotru qui ensemencera votre matrice. J'accepterai seulement de me frayer un passage entre vos flancs, mais sans les jamais féconder. Voilà la raison principale pour laquelle je n'aime pas les enfants. Ils personnifient la réalité de l'amour la plus prosaïque qui soit. Ce sont des tue —  l'amour par excellence. Les enfants sont, selon moi, des projections ratées des meilleures intentions de l'homme, des effets secondaires et regrettables des plus beaux élans d'amour charnel, le résultat indésirable des mâles hommages, les plus maladroits hélas! Les enfants sont des espèces de créatures monstrueuses dédiées aux coeurs médiocres, je veux parler de ces mauvais amants qui ne savent point aimer sans laisser derrière eux des larves vagissantes, des témoignages gluants et fripés de leurs ébats. Je crois que vous me comprendrez sans peine et que vous serez très facilement d'accord avec moi, Marianne. Et j'espère que vous arriverez bientôt à m'imiter dans cette démarche essentiellement esthétisante. Pour l'amour de l'Art, pour l'amour du Beau, pour l'amour de la Poésie, pour l'amour de moi enfin, renoncez à vos maternelles passions et vous gagnerez en liberté, insouciance et estime. Les muses vous seront reconnaissantes d'un choix qui ne peut être que souverainement beau. En retour, elles vous accorderont, j'en suis sûr, richesses matérielles, succès extraconjugaux et honneurs temporels. Faites le choix de la charnelle licence, des plaisirs de la table, de l'or, et reniez religion, devoirs moraux et sociaux, contraintes en tous genres, disciplines austères, horaires de travail, et vivez dans la mollesse, le désordre et le vice. Laissez-vous aller à vos plus faciles penchants. Bref, choisissez de vivre dans la dépravation la plus totale. Voilà la véritable sagesse en cette Terre. Nous ne sommes pas des anges, aussi vivons comme des hommes que nous sommes.


Quant à votre compagnon, ne vous embarrassez pas de vains scrupules: il est souffreteux, incapable d'ouvrir les yeux sur la réalité de notre commerce scandaleux, et je suis sûr qu'il vous fait aveuglément confiance en toutes circonstances... A la moindre occasion vous n'aurez qu'à profiter de sa faiblesse: par exemple vous lui fausserez compagnie durant ses crises de fièvre pour venir me rejoindre. Vous le laisserez délirer seul, et à votre retour vous lui ferez croire que vous aurez passé tout ce temps à son chevet. Il mettra sur le compte de son délire cette absence, que vous aurez soin de nier farouchement pour plus de vraisemblance. Mettons donc à profit cet heureux concours de circonstances Marianne! A n'en point douter le Ciel nous vient en aide. Votre compagnon que la maladie aliène deviendra la risée de notre hyménée. Quelle ironie! Ha! Combien l'amour est plus savoureux lorsque le sort y déverse ainsi un peu de sel! Constatez ici qu'un rien peut faire notre bonheur.


Raphaël Zacharie de lzarra

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Une lettre odieuse

Christine,


Soit. Vous n'êtes donc point capable d'aimer dans la clarté d'un coeur plein d'innocence. Il vous faut intriguer méchamment pour satisfaire votre besoin de déplaire. Comme si votre physique peu flatteur n'y pouvait pas suffire à lui seul, il vous faut encore jouer les acariâtres rosières pour me mieux souffleter! Souffrez donc, triste pucelle, que votre première gifle reçue fut celle de votre sinistre mine le jour où j'en pris visuellement connaissance. Magistrale et sans appel, cette gifle-là m'a marqué pour toujours. J'en porte encore les stigmates: votre nom me fait horreur. Il me fait songer à la négation de l'amour, et à toute la misère qui s'en rapporte.


Je ne vous aime pas Christine. Je me gausse de vous, je ris de votre infortune qui me rappelle tant ma félicité, par contraste. Oui, je me moque. Je foule d'un pied hautain votre coeur misérable de fille misérable. Je crache avec dédain sur votre front d'amante déchue qui n'a pas eu l'heur de me plaire, moi qui ne cherche en vérité que l'assouvissement de mes plus vils instincts de débauché. Vous aviez cru à la tendresse de mon coeur en votre direction, Mademoiselle. Détrompez-vous dès aujourd'hui. Je ne convoitais en fait que votre pauvre hymen. Je n'étais en quête que d'un vil et passager émoi charnel. Je ne cherchais qu'une sombre ivresse entre vos flancs. Et par la suite, à défaut d'accéder à votre alcôve, avec calcul j'ai cherché à atteindre votre âme de vierge à travers mes lettres d'amour. Pour déflorer votre coeur, par dépit de n'avoir pas pu déchirer votre hymen.


Je ne vous aime pas. Vous n'êtes qu'une pauvre dupe, un jouet entre mes mains, une poupée de chiffon malléable, un pantin que je puis casser selon mon gré. Souffrez donc tout votre soûl, pitoyable chose que vous êtes! Je ne serai pas là pour récolter vos sanglots stériles.

Raphaël Zacharie de lzarra



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Art work: Melusina from A. Andrew Gonzalez 1999
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Courriel de l'auteur des textes: Raphaël Zacharie de lzarra





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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004