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Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse,
au doux fuseau crédule
La chevelure ondule au gré de la caresse
(Paul Valéry)
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La vague ignore le repos
La nuit aime le jour radieux
Il est beau de dire "je veux"
Mais "j'aime" est encore plus beau.
(Friederich Nietzsche)
Outrance
Démesuré comme la mer
le rouge de l'horizon
vertical comme le soleil
la nuit qui descend
oblong comme le regard
le rêve pour dessiner les lauriers autour de la terre
chaque ride de ta peau est une histoire
chaque histoire est une rose nouvelle
car le noir est espace fécond
où pullulent des dieux indolores
car perdure la chaleur du soleil
pour dénuder de son angoisse la mer
demain nous humerons l'odeur de la pluie
et goûterons des calices
des plantes frangées d'eau
défunt comme l'aurore
le passé d'une voix fêlée escalade le temps
Rachid Dziri©
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Toujours lumière
Omniprésente la lumière qui jaillit de ton pays chaud
claire à chaque éclosion d'image
mûre à chaque rai de soleil
rigoureuse à chaque rythme des moments nocturnes
toujours lumière des assonances des veillées lointaines
ô lumière à chaque volupté innocente
des murmures nuptiaux qui surgissent des rimes du passé !
oui clarté du grand Orient issue des lointaines solstices
des cahiers antiques des troubadours tes ancêtres
de la nuit qui lange ton être d'un silence timide
sereins demeurent tes fantasques oniriques
qui viennent des eaux intrinsèquement migrantes
lumière des parfums métis du Grand Sud
autour de ton corps
cherche la fraîcheur inévitable du feu
la flamme s'investit dans l'irrésistible poids des ténèbres
libère le cri frissonnant de ton coeur arrogant
oui altier le ferrement de ta forteresse
je sais ton angoisse indolore
ta silhouette apprivoisée dans les sources du noir
ô ! lumière sans répit
d'une escalade brûlante pour reprendre
la Grand'route des aïeux
Rachid Dziri©
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Léthargie
Me hante l'heure presciente de l'aube
l'inassouvissement des ombres vagabondes
de la ville curviligne aux masures hétéroclites
dans son état extrême de misère
la lumière tangue entre l'illusion et le rêve
ce soir la lune est morte de jalousie
au rythme des grandes transhumances des étoiles insolites
le chant s'interloque dans le marasme ridicule de la joie
j'appréhende l'espace solitaire du soleil fébrifuge
comme une maladie douce et féale
moribonde la mémoire puise le chemin de l'absence
pour ne garder que le supplice de la honte
des couleurs volatiles aux allures de silence
il suffit à l'aube de se vautrer dans l'étendue vénérienne du feu
sur la pointe duquel naît un sourire chaud
et flambe l'ardeur comme une plaie dans mon coeur
la mort m'appelle d'un autre nom
la mélancolie rejette les odeurs frissonnantes du cauchemar
dans le tassement des râles
s'amenuisent les étreintes léthargiques
Rachid Dziri©
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Angoisses
Ictère de flammes irréversibles
qui rompt le ressac du froid lapidaire
au rire liminaire de ta naissance
à l'appel discret du rêve incandescent
se lève par rafale un soleil captieux
décapé comme un regard hypocrite
derrière moi ton ombre d'obélisque
me chevauche comme pour dire le voyage intrépide
je me résigne par contumace
au départ avec la mer
à la mort vêtue de parfums diaphanes
tant s'en faut que je ressasse ma prière
et adopte l'adieu en exécration
hirsute l'instant fracturé de l'aube
dans ta coupe mousseuse et fragile
quand disparaît le tumulte obsessionnel du silence
subalterne la joie sous tes paupières
la lune est un mensonge avalé par tes yeux
le désert est un mirage qui glisse par le délire
son idiome incendié dans la solitude des angoisses
Rachid Dziri©
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Rébellion
Derrière le soleil s'édifie le chant
au souffle vibratile comme à l'éveil de la terre
la lueur du ciel est un dessin d'enfant
qui se noie le soir dans l'épaisseur du givre
et demeure telle une tour qui possède la nuit
dans le coeur du noir où défaillent les parfums
par méfiance le rythme embrasse la mer
et convoite discrètement la danse équestre des vagues
le chardon écume de rage car la terre est plate
car le fleuve voyage avec le temps sans retour
à mes pas s'attache le temps étroit
pour y déposer éperdument jusqu'à la mort
le départ indifférent d'un jour d'hiver
divers les mots de promesse sans parfum
sans toi, ô terre écartelée si longtemps
entre les étoiles cristallines d'un ciel incolore
et le sable rebelle d'un désert qui avance
chaque heure froissée au visage de la colère
est une bonne et heureuse sédition
Rachid Dziri©
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Citadelle
Ma citadelle cette nuit est une demeure
pour la terre humide et le soleil marin
dedans le corail ne renie pas la mer
dedans tu portes la douleur du soir
l'épaisseur du sang comme l'averse dans tes yeux
aux contours d'arabesques des nuits légendaires
la nostalgie s'obstine telle qu'une vieille ombre
d'imiter l'odeur du départ sans limite
malsaine la mémoire fléchit sans relâche
j'ai envie de pleurer d'océan
pour que retrouve son essor le géranium
pour que ne s'égare plus sur ton regard
la connivence des choses muettes
le rire d'antan à l'appel des corps lactés
les nôtres
ô que remonte ton image à la surface de l'orgueil
telle une scissure au vitriol
Ma citadelle cette nuit est un conte ineffable
que me souffle le rythme des transes nocturnes
effarée la lune s'incline devant la peur
et prend dans ses mains le germe du soir
de l'encens andalou pour rassasier mon sommeil
le rouge regorge des candélabres de l'enfance
aux retrouvailles le jeu débride le souvenir
Citadelle évasée de lustres photophores
presbytère avec mes délires interminables
m'offre le feu des moissons en ganse de soie
Rachid Dziri©
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Pays de merveilles
Chaque jour dans l'ombre coriace
d'un visage ridé à l'âge séculaire
le temps prend le chemin de l'estuaire
orienté par la mer
d'où m'arrivent des rumeurs retardataires
la terre parle de résurrection
qui jaillit éperdument telle une errance
aux couleurs prodigieuses qui reposent sur tes yeux
bleu comme le rêve
rouge comme l'horizon
je séduis la lune qui éclôt parallèle à une route
croise la parole au fond de ta gorge
et retient la mort comme une terreur
Ô terre fleurie d'apparats inédits
sur moi s'ouvre l'exil vers ton coeur
et me prend le délire fou de passation
loin jaillissent les phares que possèdent les migrateurs
cherchant le Salut au fond des océans
Terre évidente transcende la déchirure
d'un temps paré de haine et d'incertitude
je cueille dans les secret du Mal une douceur nouvelle
déjà au bout de tes doigts
se pose sur un soleil arachnide qui vient d'Egypte
tel un dieu incendié
Demain sera le temps des noces
des visages hérétiques
faits d'angoisses quotidiennes
sais-tu que la mer est cruellement belle ?
que la cendre se mêle au passé longiligne
j'ai dans mes yeux la glaise divine
qui me rappelle sans cesse ma gloire humaine
la nuit se dévoile par intermittence
se serre contre moi nouée de transparence
car l'hiver a perdu il y a longtemps sa forme
car l'aube se fait hostie des grandes joies de prières
Rachid Dziri©
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La terre se souvient
Après tant d'absences la terre se souvient
qu'au bout de tes frissons
se déploie un rêve pareil à ton corps
quand tout n'est que souhait
que prière
adaptée aux parfums de la nuit
et refuse l'exorde d'un voyage obstiné
ton espace de porcelaine
abrite le chemin hésitant du souvenir
J'accepte l'indifférence comme une angoisse quotidienne
longtemps j'ai voyagé d'enfance en enfance
à chaque hasard s'invente un espace nécessaire
à chaque espace mûrit un printemps dans tes yeux
c'est toujours la terre
au milieu mille grains
et le chemin prometteur d'un corps qui change
ainsi se retiendra ta voix fauve
auréolée de consentement à l'avènement du soir
interminable
lorsque tu as pris la forme du désir
Je suis quelqu'un qui porte la nostalgie du sourire
comme une plaie sur la lueur de l'aube
il y a bien tant de vents
lorsque le soleil a protégé la lune
lorsque la terre a noué avec l'océan
une amitié semblable aux jeux infantiles
je ne finis pas d'aimer l'errance
de voir me traverser l'averse voluptueuse
qui irrigue autour de moi les saisons chaudes
Rachid Dziri©
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