L'univers poétique
de
Rachid Dziri


32ko

Reste devant la porte si tu veux qu'on te l'ouvre.
Ne quitte pas la voie si tu veux qu'on te guide.
Rien n'est fermé jamais, sinon à tes propres yeux.
(Attar (Farid al-Din), Langage des oiseaux).

Exil

J'inventerai le feu
et prendrai le chemin de l'ivresse
voyage
tu me ramènes à la mer
chercher le grand rêve du soleil suicidaire
tortionnaire l'hiver
assassine l'ardeur des retrouvailles
et me prive de la mémoire douce de l'exil
j'hésite entre le souvenir et le sommeil
car la mort n'a pas d'allié
car l'oubli menace le retour des dieux
et fait de ma prière verte
non je dirai blanche
comme le lange qui emmaillote les cris humides
une escale fréquemment réitérée
j'adopte le rite de l'ordinaire
comme l'exode dans le silence
comme pour renier les subversions des saisons secrètes
exhumer les mots de l'inconscient de la terre
elle seule témoigne de la splendeur des choses invisibles
du grand soleil divin des pays d'Orient


Rachid Dziri©

Hasard

Il n'est point d'oraison qui me ramène à toi
indompté hasard tordu comme une mémoire
il plaît tant à l'océan
d'égaler le silence au fond de tes prémices


Quel espace saisir
quelles transhumances croire
pour apprivoiser le désert rugissant
pour dépecer la douceur de la mort
en transes orientées vers l'exil sans remord


Dans mes veines une liqueur détenue
telle une femme effarée
d'amours hypocrites
de violences mégères


Il s'agit d'appréhender les vestiges révolus
l'histoire qui se replie
dans des pages froissées par l'amertume du mensonge


Il s'agit d'entendre le pouls du sable écumé
pour comprendre le rituel des jours indifférents


Que de rêves sellés dans une danse équestre
au fond de chaque peur une aurore en otage


Il n'est point d'oraison pour croire en toi
le soleil ne se lève pas à l'Ouest
la mer réclame sa couleur d'yeux d'enfants
qui d'un ciel épris
sentent la tiédeur du sang


Rachid Dziri©

Cette nuit sans doute

Sans cesse cette nuit
Je prendrai un poème dans les mains
le dessinerai sur ton corps femme
et y grefferai un baiser éternel


Sans ennui cette nuit peut-être
je dévoilerai ton visage à la lueur de la lune
et te scanderai quand tout s'en va et me quitte
Je me restituerai au rythme de mon coeur
pour que cessent les cris fauves
et disparaissent les ombres et meurent


Sans façon cette nuit sans doute
grandira mon poème sur tes paumes
et trembleront nos corps au milieu de la mer
quand tout le monde saura que cette nuit encore
je te voudrai ainsi et toujours


Sur ton corps cette nuit d'ailleurs
où le soir n'est que pour passer
je voguerai en douceur
je plongerai au plus profond de tes yeux
pour en faire ma demeure de tous les jours


Rachid Dziri©

Réminiscences

Que ne me desserve plus
l'ultime odeur du désert
au milieu de la douceur de la peur
et ne me hante le grain nomade du sable en éveil
je dirai en folie
aux lisières infranchissables
que ne m'importe plus l'aurore impériale du Grand Sud
comme une lueur rebelle au détour des échos
saccagée par le souvenir
comme une promesse que ne me fait guère le soir



la mer est en sursis de voyage
le ciel est un portrait
pour les amants des ruelles discrètes
cristalline l'écume se fait stèle
le sourire convoite la colère vétuste
et chasse de nos coeurs apathiques
la débauche des délires d'alcôve


dru l'effroi du regard hagard au péristyle de la mémoire
au petit matin des synesthésies des couleurs
des sons profonds du silence en partance
pour des veillées sans remords
que ne me desserve plus jamais le simulacre de l'oubli


Rachid Dziri©

Nuit des chimères

                      I


J'ai de tendresse d'amant pour toi
ô nuit!
je sors de ma solitude ignorée
plein de sèves et d'appétits de t'étreindre
mon coeur se développe sur ton être àcroire
ce soir mon âme m'est miroir
profondément s'y colle ton image
ton visage serein me devient paysage
j'ai de tendresse de fou pour toi
chair à mes instants surveillés
je te reconnais loin des regards perfides.


                      II


La nuit déroule librement autour de moi son espace
solitude familière
arène démesurée
la nuit vieille coquine
radote de vieilles histoires


                      III


À vol d'oiseau long
vers la lueur des étoiles
comme un élan sage vers le ciel
je m'apprête àte saluer
il y a la mer qui m'habite
il y a Dieu et toi
il y a le parcours nocturne
tel un prophète qui s'érige vers le salut
vers le repos divin


Rachid Dziri©

Songe

Je m'étale émietté
me rebutent les cris profonds cette saison
l'encens des nuits archaïques rompt le silence nocturne
enivre en moi les voluptés interdites
ma foi est de boire sur les commissures ton sourire
suivre l'odeur qui pousse àtes pas en sourdine
et parvenir àsaisir la nuit ensoleillée sur ta chevelure
innocente ta pudeur emmaillote dans l'espace diaphane
ta peau ruisselante
j'appréhende à tâtonner le secret dans ta mouvance
oh! m'entoure l'énigme comme ta présence
le souffle fabuleux du songe me hante
m'offre des délices licites en toi
dans une coupe de beauté fluide
déferlent mes souvenirs
coulent et se plient
pénètrent en moi des mots rêveurs
pour fuir le dédale infantile
je viens délibérément
avec l'horizon en écho
altier chaud comme divinement tu portes mon rêve
le serment pour m'inspirer ta couleur
l'essence autour de toi
chuchote la magnificence comme l'exil
L'oubli l'aurore qui s'achève
Le ciel qui transcende le blanc de mon deuil
Ô réminiscences
l'écume de la mer apprivoise le sable
et guette de loin ma quête en moi


Rachid Dziri©

Sortilèges des nuits chaudes

Tu as bu le soleil dans un rêve de joie
tu as pris le chemin
pour monter jusqu'aux racines de tes doigts
voiler ta nudité innocente
et sentir l'odeur de tes seins
tu as monté de loin l'horizon
pour qu'au-delà des limites
surgisse timidement le feu
et s'envole dans le ciel
dans un espoir onirique
les ailes de ton rêve d'enfance


D'abord le rêve
toi et moi
et le temps qu'on remonte
ta voix scintille au plus profond des choses
comme pour rappeler les sortilèges des nuits chaudes
oui le rêve,
ton haleine qui se mêle
au désir de l'ivresse me caresse l'esprit
m'enveloppe tendrement la chair
je reconnais ta voix au poids du chant
dru dans le coeur et si généreux dans le sang
il glisse par la mer dans mes doigts
ton estime regard de foi


Je renais
je suis le chemin de tes hanches
et m'appuie sur l'odeur du soleil dans ta gorge
fabuleuse la nuit des prémices
mon ascèse est de chanter l'ivresse du coeur
et à l'unisson l'envoûtement de la folie
du rire serin et de l'heure de prière
tu as dérobé la couleur de la mer
tu as pris le temps par l'échine
amer je suis la mer et le noir de tes yeux
et je renais de l'ivresse du chant
de la prière folle
de la joie du corps qui franchit les remparts
et m'exile dans tes yeux
serin demeure mon esprit.


Rachid Dziri©

Nuits de noces

Saisir le rêve, la lueur de l'aube
comme dans un vieux square
où la mer glisse tendrement son sein vers moi
tu me prends par les mains
sur un banc vert et blanc
comme nos jours lorsque le soleil revient


Saisir le sourire chaud de la flamme
le soir quand tu me viens en blanc
comme aux vendredis au soleil levant
prendre entre mes mains ta silhouette déchaînée
et libérer le cri de la joie
confisqué il y a bien longtemps


Saisir dans l'intime l'odeur de la terre
par un temps humide aux yeux de la pluie
par une pluie timide comme celle de l'été
où la vie bat son plein où le cour est plein d'espoir

Saisir le rythme de ton souffle
lorsque au fond de la mer tu plonges bien sage
et retrouver ton repos quand en moi résonne ton coeur
comme quelque chose comparable aux nuits de noces


Rachid Dziri©

Ta voix dense

Dense plus dense ta voix frileuse
qui porte mon horizon vieilli
mon chemin est celui du poème
du chant d'enfance au rythme des voyages
des douleurs ironiques


Immense l'écho de ta colère
qui transgresse l'interdit de l'éphémère
qui pérennise le visage radieux du soleil
m'envoûte le sang des femmes en gésine
comme une transe dans mes yeux
comme glisse sur la lune
le sable migrateur du passé


Je t'offre ma folie inouïe
à chaque naissance d'ombre
à chaque vagissement de métaphore
mon enfance révolue
oui, coule la sève par absence de la mer
par suspicion du silence
et chavire la lumière dans les pétales vernissés
du printemps glacial du sourire
m'investit le temps infaillible
de l'hostilité ardente
du symbiote enfantin et le sourire


Rachid Dziri©



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Art work: Seraphim from A. Andrew Gonzalez© (1999)
permission granted


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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004