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Je t'aime comme un fou!
Criait-il au brouillard
Et dans l'éclat des phares
Brûlaient ses atouts
Et tout ce qu'il fallait
Pour invoquer la mort
En coeur ils le hurlaient
Lui et son sémaphore
Aux couleurs de brelan
Et branlant le destin
Il frôlait l'éperlan
Du matin
***
Dans l'air dansent des faunes noirs
Roulés par la bourrasque
Ils tombent et s'entrechoquent
Et la claque du vent les croise et les décroise
Dans l'air bleu saturé de lumière
Les faunes noirs font une étonnante pavane
Et quand leurs flancs, leurs fronts, leurs pieds se touchent
Il y a des éclairs tout blancs
Qui les font rebondir en cabrioles inverses
L'air bleu, l'air aveuglant
Unit et désunit les faunes
A l'envi
Les apparie, les mêle et les sépare
Mais voilà qu'une main dorée
D'un coup sec les rassemble,
Les étrangle,
Les ramasse,
Les enserre,
Les dompte,
Les encage,
Une main qui comme une aile d'or,
Une lame héroïque,
Jette un éclat furtif mais terrible
Contre le ciel
Dans l'air immobile et muet,
Dans l'air soumisv
Dansaient
Les boucles noires
Du Faune
***
Papillon (1)
le papillon déploie
son aile double et transparente
où s'ébattent les glyphes exubérants de son coeur
contre le jus solaire
des fleurs-réverbères
et brûle sa couleur fragile
à ces flammes liquides
le papillon vibre un instant
un éternel instant
de ces fusions multicolores
et danse sa chanson imperceptible
et déchire son aile imprudente et belle
son insolent babil
aux épingles de feu des fleurs
et vacille
et en chute s'envole
en planant
ivre du sang transparent
de ses superficielles plaies
et zigzague
entre les fines lamelles coupantes du jardin
et papillonne
et pose son cadavre déployé
sur la pointe indolente des herbes
mort épinglé
le papillon
plaît
***
Papillon (2)
au miroir
coeur secret des flancs drapés de soie
de son boudoir
elle arrondit ses bras en arceaux
offrant un vol gracieux
à son regard éperdu
à chaque doigt un papillon
frénétique et multicolore
jette en reflets l'éclat bariolé
de ses ailes,
délicatement tenu contre la chair vibrante
par un fil d'or
qui perce son long ventre exsangue
leur agonie dansante et silencieuse
emporte ses mains
en un délicieux tourbillon de couleurs
qui met un feu voluptueux
dans ses joues:
ses yeux
noyés d'extase
vacillent
chavirent
au
miroir
***
Papillon (3)
le ciel
comme un grand papillon
s'apprête à refermer ses ailes
et de l'autre côté
de ses grands paravents
aux couleurs vives
où nous n'irons pas
écrasés entre les deux lamelles planes
sans épaisseur
le vide
s'apprête à rejoindre
le vide
à fermer
le vide
y aura-t-il des traces
de couleur
et de sang
et d'os brisés
et de cervelle
entre les deux lames sans interstice
et sans dualité
qui
du vide contre le vide
vont sceller la noce?
y aura-t-il eu notre vie
sous les signes changeants et irisés
du ciel-vent-papillon?
***
Papillon (4)
ton oeil en papillon
électrocuté
ouvre et ferme ses ailes
à la vitesse exacte de la lumière
et me photographie
plus vite que notre vieux temps
et
dans les fibres
irisées
de tes pupilles
en contre-plongée douce et froide
claque la danse dérisoire
de mon squelette éberlué
épinglé à l'angle impitoyable
de tes prises de
vie:
le papillon danse sa transe mécanique
autour des os confus
de ma vie instantanée
le papillon me fait la nique
et la lumière abdique au papillon
Philippe Pilato (avril 2005)
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