L'univers poétique
de
Philippe Pilato


82ko

***


Liminaire

Philippe habite la côte d'Azur, (France). Il dit:
" J'ai toujours écrit,
longtemps très mal,
et puis...
... et puis, vous avez raison, il fallait, désespérément, essayer quelque chose de plus difficile,
écrire sans filet, inventer des mondes qui tiennent, dompter mon style,
et il fallait aussi des signes de la réalité,
deux nouvelles ont été publiées, elles sont sur mon site .


mais ce qui compte,
c'est le désir,
l'attente,
et ces inconfortables confrontations avec le début d'un texte qui va s'enfoncer dans la page et finir peut-être, et le plaisir aigu, acéré, de l'écriture...



***

Ce corps
Que tu vides
Que tu vidanges,
C'est ton choeur,
La chlamyde de ton âme,


Et tu rames,


Et tu meurs,


Insipide décor,
Ainsi
Vide de corps


Philippe Pilato (octobre 2004)

***


Mes anges

Pourquoi tant de hâte?
Pourquoi tout ce noir,
Tous ces voiles noirs empilés dans la blancheur sacrale de vos bras nus?


Pourquoi, et d'où, et pour qui
Ces brassées de fleurs noires qui semblent vous étouffer?


Et pourquoi venez-vous vers moi
Avec des airs si noirs,
Si affligés?


S'est-il passé quelque chose?
Quelqu'un est-il mort?


Vos pieds nus et blancs touchent à peine le sol
Comme s'il ne fallait faire aucun bruit,
Et vos ailes sont à demi déployées
Comme pour vous emporter à la première alarme.


Du reste
Ces plumes noires qui tourbillonnent dans votre sillage
Ce ne sont pourtant pas les vôtres
Pourquoi les soustraire si vite à mon regard,
Pourquoi ces petits esclaves sont-ils si empressés à les escamoter?


Allons,
Vous voici maintenant rangés en cercle trop cérémonieux autour de votre maître,
Dans une danse sur place où tremblent les voiles
et les fleurs comme une brume, un bouillon noir,
Je crois un échiquier
Où les cases blanches emporteraient les noires dans leurs bras
Et m'encercleraient, moi, le roi.


N'allez vous dire rien?
Vos lèvres sont mouillées, vos yeux de même,
Du sang clair ombre vos joues brillantes,
Vos doigts s'agitent dans les vagues noires,


Allez-vous me noyer à cette mer inattendue?
Devrai-je y plonger, et nager vers quelque rivage inconnu?


Faut-il alors me préparer,
Jeter mes oripeaux,
Etre nu,
Prendre longtemps mon souffle,
Camper mes pieds sur le froid de la dalle,
Tendre mes muscles comme autant de cordages,
Tendre mes bras loin au-dessus de moi,
Regarder une dernière fois le ciel,
Rentrer la tête,
Fermer les yeux,
Durcir mon ventre,
Et mon coeur,
Et cesser de penser?


C'est bien,
Mes anges
Je vous obéis,
Vous qui toujours
Avez aimé
Me servir
Avez aimé
M'aimer.


Vos bras se tendent vers moi et lâchent tous ces oiseaux noirs
Qui font un nuage et m'entourent du battement confus
et silencieux de leurs ailes de soie,
Ils font devant mes yeux des ombres si rapides
Que bientôt
Toute lumière
A fui
Dans une nuit
Mate.


N'êtes-vous déjà plus,
Mes anges?
Quoi,
Pas une étreinte,
Pas un baiser, pas un adieu?


Que leur plumage est doux contre mon front,
Que la glissade est douce, et sans douleur,
Le plongeon profond,
Vers un fond qui n'est pas.


C'était donc cela?
Quelqu'un allait mourir?
Moi?


Allez,
Mes anges,
Soyez heureux
Auprès d'un autre maître.


Le roi est mort,
Le roi est mat,
Vive le roi,
Mes anges.


Philippe Pilato (octobre 2004)

***

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Chef d'oeuvre: Pilar soft Life - Art work by Freydoon Rassouli permission obtenue



Music: Eyes of Blue from Bruce DeBoer(2001)
permission granted





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