Pablo Neruda
(1904-1973)


(Espagnol — Français — Anglais)



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Oda a la belle desnuda

Con casto corazón,
con ojos puros, te celebro, belleza,
reteniendo la sangre
para que surja y siga la línea, tu contorno,
para que te acuestes a mi oda
como en tierra de bosques o de espuma,
en aroma terrestre o en música marina.


Bella desnuda,
igual tus pies arqueados
por un antiguo golpe de viento o del sonido
que tus orejas, caracolas mínimas
del espléndido mar americano.
Iguales son tus pechos de paralela plenitud,
colmados por la luz de la vida.
Iguales son volando tus párpados de trigo
que descubren o cierran
dos países profundos en tus ojos.


La línea que tu espalda ha dividido en pálidas regiones
se pierde y surge en dos tersas mitades de manzana,
y sigue separando tu hermosura en dos columnas
de oro quemado, de alabastro fino,
a perderse en tus pies como en dos uvas,
desde donde otra vez arde y se eleva
el árbol doble de tu simetría,
fuego florido, candelabro abierto,
turgente fruta erguida
sobre el pacto del mar y de la tierra.


Tu cuerpo, en qué materia,
ágata, cuarzo, trigo,
se plasmó, fue subiendo
como el pan se levanta
de la temperatura
y señaló colinas
plateadas,
valles de un solo pétalo, dulzuras
de profundo terciopelo,
hasta quedar cuajada
la fina y firme forma femenina?


No sólo es luz que cae sobre el mundo
lo que alarga en tu cuerpo
su nieve sofocada,
sino que se desprende
de ti la claridad como si fueras
encendida por dentro.


Debajo de tu piel vive la luna.



Ode à une Beauté Nue

Avec un coeur chaste
Avec des yeux purs je célèbre ta beauté
Tenant la bride du sang
De sorte qu'il puisse jaillir et tracer ton contour
Où tu es couchée dans mon Ode
Comme dans une terre de forêts ou dans la vague déferlante
Dans le terreau aromatique, ou dans la musique de la mer


Beauté nue
Également beaux tes pieds
Cambrés par le tapement originel du vent ou du son
Tes yeux, légers coquillages
De la splendide mer américaine
Tes seins de plénitude égale
Faite de lumière vivante
Tes paupières de blé qui battent
Qui révèlent ou recèlent
Les deux profonds pays de tes yeux


La ligne que tes épaules ont divisée en pales régions
Se perd et se marie dans les compactes moitiés d'une pomme
Continue pour trancher ta beauté en deux colonnes
D'or brun, de pur albâtre
Pour se perdre en les deux grappes de tes pieds
Où connaît un regain ton arbre double et symétrique,
Et s'élève feu en fleur, lustre ouvert
Un fruit qui se gonfle
Au dessus du pacte de la mer et de la terre




De quelle matière
Agate, quartz, blé,
Ton corps est-il fait?
Enflant comme pain au four
Pour signaler argentées des collines
Le clivage d'un seul pétale
Suaves fruits d'un velours profond
Jusqu'à demeurée seule
Etonnée
La délicate et ferme forme féminine




Ce n'est pas seulement la lumière qui tombe sur le monde
et se répand à l'intérieur de ton corps
Et déjà s'étouffe
Sous tant de clarté
Prenant congé de toi
Comme si tu étais en feu à l'intérieur


La lune vit dans le dessin de ta peau


Pablo Neruda
Version française par: Gilles de Seze©

***

Ode to a Beautiful Nude

With a chaste heart
With pure eyes I celebrate your beauty
Holding the leash of blood
So that it might leap out and trace your outline
Where you lie down in my Ode
As in a land of forests or in surf
In aromatic loam, or in sea music


Beautiful nude
Equally beautiful your feet
Arched by primeval tap of wind or sound
Your ears, small shells
Of the splendid American sea
Your breasts of level plentitude
Fulfilled by living light
Your flying eyelids of wheat
Revealing or enclosing
The two deep countries of your eyes


The line your shoulders have divided into pale regions
Loses itself and blends into the compact halves of an apple
Continues separating your beauty down into two columns of
Burnished gold
Fine alabaster
To sink into the two grapes of your feet
Where your twin symmetrical tree burns again and rises
Flowering fire
Open chandelier
A swelling fruit
Over the pact of sea and earth


From what materials
Agate?
Quartz?
Wheat?
Did your body come together?
Swelling like baking bread to signal silvered hills
The cleavage of one petal
Sweet fruits of a deep velvet
Until alone remained
Astonished
The fine and firm feminine form


It is not only light that falls over the world spreading inside your body
Yet suffocate itself
So much is clarity
Taking its leave of you
As if you were on fire within


The moon lives in the lining of your skin


Pablo Neruda

***

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Merci à Gilles de Seze pour sa traduction française du poème "Ode to a beautiful nude".
Merci à Serge Q. de Québec (ville), pour l'informatin concernant la version espagnole


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Dernière modification de ce document: 31 mars 2004