Pablo Neruda
(1904-1973)


Vingt poèmes d amour/ une chanson désespérée


(Espagnol — Français — Anglais)

38ko


Poema 13

He ido marcando con cruces de fuego
el atlas blanco de tu cuerpo.
Mi boca era una araña que cruzaba escondiéndose.
En ti, detrás de ti, temerosa, sedienta.


Historias que contarte a la orilla del crepúsculo,
muñeca triste y dulce, para que no estuvieras triste.
Un cisne, un árbol, algo lejano y alegre.
El tiempo de las uvas, el tiempo maduro y frutal.


Yo que viví en un puerto desde donde te amaba.
La soledad cruzada de sueño y de silencio.
Acorralado entre el mar y la tristeza.
Callado, delirante, entre dos gondoleros inmóviles.


Entre los labios y la voz, algo se va muriendo.
Algo con alas de pájaro, algo de angustia y de olvido.
Así como las redes no retienen el agua.
Muñeca mia, apenas quedan gotas temblando.
Sin embargo, algo canta entre estas palabras fugaces.
Algo canta, algo sube hasta mi ávida boca.
Oh poder celebrarte con todas las palabras de alegría.
Cantar, arder, huir, como un campanario en las manos de un loco.
Triste ternura mía, qué te haces de repente?
Cuando he llegado al vértice más atrevido y frío
mi corazón se cierra como una flor nocturna.


Pablo Neruda

Poème 13

J'ai marqué peu à peu l'atlas blanc de ton corps
avec des croix de flamme.
Ma bouche, une araignée qui traversait, furtive.
En toi, derrière toi, craintive et assoiffée.


Histoires à te raconter sur la berge du crépuscule
douce et triste poupée, pour chasser ta tristesse.
Quelque chose, arbre ou cygne, qui est lointain, joyeux.
Et le temps des raisins, mûr et porteur de fruits.


J'ai vécu dans un port et de là je t'aimais.
Solitude où passaient le songe et le silence.
Enfermé, enfermé entre mer et tristesse.
Silencieux, délirant, entre deux statues de gondoliers.


Entre les lèvres et la voix, quelque chose s'en va mourant.
Ailé comme l'oiseau, c'est angoisse et oubli.
Tout comme les filets ne retiennent pas l'eau.
Il ne reste, poupée, que des gouttes qui tremblent.
Pourtant un chant demeure au coeur des mots fugaces.
Un chant, un chant qui monte à mes lèvres avides.
Pouvoir te célébrer partout les mots de joie.
Chanter, brûler, s'enfuir, comme un clocher aux mains d'un fou.
Que deviens-tu soudain, ô ma triste tendresse?
J'atteins le plus hardi des sommets, le plus froid,
et mon coeur se referme ainsi la fleur nocturne.

***

I Have Gone Marking

I have gone marking the atlas of your body
with crosses of fire.
My mouth went across: a spider, trying to hide.
In you, behind you, timid, driven by thirst.


Stories to tell you on the shore of evening,
sad and gentle doll, so that you should not be sad.
A swan, a tree, something far away and happy.
The season of grapes, the ripe and fruitful season.


I who lived in a harbor from which I loved you.
The solitude crossed with dream and with silence.
Penned up between the sea and sadness.
Soundless, delirious, between two motionless gondoliers.


Between the lips and the voice something goes dying.
Something with the wings of a bird, something of anguish and oblivion.
The way nets cannot hold water.
My toy doll, only a few drops are left trembling.
Even so, something sings in these fugitive words.
Something sings, something climbs to my ravenous mouth.
Oh to e able to celebrate you with all the words of joy.


Sing, burn, flee, like a belfry at the hands of a madman.
My sad tenderness, what comes over you all at once?
When I have reached the most awesome and the coldest summit
my heart closes like a nocturnal flower.

***

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Art work: Immanent Soul by Freydoon Rassouli


Music: Csymph by Jeremy Robson
permission granted - permission obtenue



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Dernière modification de ce document: 31 mars 2004