Émile Nelligan

(1879-1941)
61ko

L'Oeuvre de Nelligan


Pièces retrouvées

À Georges Rodenbach
À une femme détestée
Béatrice
Berceuse
Charles Baudelaire
Coeurs blasés
Communion pascale
Fra Angelico
Fragments
La Bénédictine
La Chanson de l'ouvrière
La Crêpe
Le Poète
Le Tombeau de Chopin
Le Vent, le vent triste d'automne
Le Voyageur
Mélodie de Rubinstein
Moines en défilade
Petit vitrail
Rêve fantasque
Rythmes du soir
Salons allemands
Sculpteur sur marbre
Sieste ecclésiastique
Silvio Corelli pleure
Sonnet d'or
Sur un portrait du Dante
Vieux piano

Charles Baudelaire

Maître, il est beau ton Vers; ciseleur sans pareil
Tu nous charmes toujours par ta grâce nouvelle,
Parnassien enchanteur du pays du soleil,
Notre langue frémit sous ta lyre si belle.


Les Classiques sont morts; le voici le réveil;
Grand Régénérateur, sous ta pure et vaste aile
Toute une ère est groupée. En ton vers de vermeil
Nous buvons ce poison doux qui nous ensorcelle.


Verlaine, Mallarmé sur ta trace ont suivi.
Ô Maître, tu n'es plus mais tu vas vivre encore,
Tu vivras dans un jour pleinement assouvi.


Du Passé, maintenant, ton siècle ouvre un chemin
Où renaîtront les fleurs, perles de ton déclin.
Voilà la Nuit finie à l'éveil de l'Aurore.

***


Fragments

1.Vision


Or, j'ai la vision d'ombres sanguinolentes
Et de chevaux fougueux piaffants,
Et c'est comme des cris de gueux, hoquets d'enfants
Râles d'expirations lentes.


D'où me viennent, dis-moi, tous les ouragans rauques,
Rages de fifre ou de tambour ?
On dirait des dragons en galopade au bourg,
Avec des casques flambant glauques...


II. La mort de la prière


Il entend lui venir, comme un divin reproche,
Sur un thème qui pleure, angéliquement doux,
Des conseils l'invitant à prier... une cloche !
Mais Arouet est là, qui lui tient les genoux.


111. Le fou


Gondolar ! Gondolar !
Tu n'es plus sur le chemin très tard.


On assassina l'pauvre idiot,
On l'écrasa sous un chariot,
Et puis l'chien après l'idiot.


On leur fit un grand, grand trou là.
Dies irae, Dies illa.
À genoux devant ce trou-là !


IV. Le soir


Le soir sème l'Amour, et les Rogations
S'agenouillent avec le Songe.


V. Je plaque


Je plaque lentement les doigts de mes névroses,
Chargés des anneaux noirs de mes dégoûts mondains
Sur le sombre clavier de la vie et des choses.


VI. Je sens voler


Je sens voler en moi les oiseaux du génie
Mais j'ai tendu si mal mon piège qu'ils ont pris
Dans l'azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
Et que mon coeur brisé râle son agonie.


VII. Refoulons la sente


Refoulons la sente
Presque renaissante
À notre ombre passante.


Confabulons là
Avec tout cela
Qui fut de la villa.


Parmi les voix tues
Des vieilles statues
Ça et là abattues.


Dans le parc défunt
Où rôde un parfum
De soir blanc en soir brun...

***


Poèmes Posthumes

Aubade rouge
Château rural
Frère Alfus
Je sais là-bas
Je veux m'éluder
La Sorella dell'amore
La Vierge noire
Le Chat fatal
Le Spectre
Le Suicide d'Angel Valdor
La Terrasse aux spectres
Le Tombeau de C. Baudelaire
Les Chats
Maints soirs
Pan moderne
Petit hameau
Prélude triste
Qu'elle est triste...
Soirs hypocondriaques
Virgilienne

***


Le Tombeau de C. Baudelaire

Je rêve un tombeau épouvantable et lunaire
Situé par les cieux, sans âme et mouvement
Où le monde prierait et longtemps luminaire
Glorifierait mythe et gnôme sublimement.
Se trouve-t-il bâti colloquialement
Quelque part dans illion ou par le planistère
Le guenillou dirait un elfe au firmament
Farfadet assurant le reste, planétaire !
Ô chantre inespéré des pays du soleil,
Le tombeau glorieux de son vers sans pareil
Sois un excerpt tombal au Charles Baudelaire.
Je m'incline en passant devant lui pieusement
Rêvant pour l'adorer un violon polaire
Qui musicât ces vers et perpétuellement.


                        ***


Conclusion: Nelligan peut satisfaire tous les goûts, toutes les écoles. C'est un imagiste à la fois original et électique. Et si la poésie se réduisait toute à l'image, il compterait parmi les trois ou quatre plus grands poètes qui aient écrit en français. Concernant la valeur prosodique de Nelligan, on doit admettre qu'il est très rarement en défaut d'harmonie.
(Référence: ¨Les Images en poésie...

***

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Oeuvre d'art: photographie (noir et blanc)
Titre : NELLIGAN (Québec) Robert Favreau / 1991
Artiste ou artisan : Dory, Attila





Analyse et commentaires: Ouvrages consultés
Bessette, GérardLes Images en poésie canadienne-française,1967
Frères de l'instruction chrétienne Lectures Littéraires, tome IV
Oeuvres complètes de Nelligan sur le site de: http://iquebec.ifrance.com/Jisca/enelligan.htm - La poésie que j'aime





Music:In My Dreams Bruce DeBoer©(2001)
permission obtenue —  permission granted


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Dernière modification de ce document: 31 mars 2004