Émile Nelligan

(1879-1941)


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L'Oeuvre de Nelligan


Eaux-fortes funéraires

Banquet macabre
Confession nocturne
Le Cercueil
Les corbeaux
Le Corbillard
Le Perroquet
Le Tombeau de la négresse
Les vieilles rues
Soirs d'automne






Confession nocturne

Prêtre, je suis hanté, c'est la nuit dans la ville,
Mon âme est le donjon des mortels péchés noirs,
Il pleut une tristesse horrible aux promenoirs
Et personne ne vient de la plèbe servile.


Tout est calme et tout dort. La solitaire Ville
S'aggrave de l'horreur vaste des vieux manoirs.
Prêtre, je suis hanté, c'Est la nuit dans la ville;
Mon âme est le donjon des mortels péchés noirs.


En le parc hivernal, sous la bise incivile,
Lucifer rôde et va raillant mes désespoirs
Très fous!... Le suicide aiguise ses coupoirs!
Pour se prendre, il fait bon sous cet arbre tranquille...


. . . Prêtre, priez pour moi, c'est la nuit dans la ville!...

***


Les vieilles rues

Que vous disent les vieilles rues
Des vieilles cités?...
Parmi les poussières accrues
De leur vétustés,
Rêvant de choses disparues,
Que vous disent les vieilles rues?
Alors que vous y marchez tard
Pour leur rendre hommage:
- "De plus d'une âme de vieillard
Nous sommes l'image,"
Disent-elles dans le brouillard,
Alors que vous y marchez tard.
"Comme d'anciens passants nocturnes
"Qui longent nos murs,
"En eux ayant les noires urnes
"De leurs ans impurs,
"S'en vont les Remords taciturnes
"Comme d'anciens passants nocturnes. "
Voilà ce que dans les cités
Maintes vieilles rues
Disent parmi les vétustés
Des choses accrues
Parmi vos gloires disparues,
Ô mornes et mortes cités!

***


Petite Chapelle

Billet céleste
Chapelle dans les bois
Chapelle ruinée
Diptyque
La Mort du moine
La Réponse du crucifix
Le Cloître noir
Les Carmélites
Les Communiantes
Les Déicides
Notre-Dame-Des-Neiges
Prière du soir
Rêve d'une nuit d'hôpital
Sainte-Cécile

***


Chapelle dans les bois

Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges,
Où Sainte Marie et ses anges
Riaient parmi les chrysanthèmes.
Le soir poudrait dans la nef vide;
Et son rayon à flèche jaune,
Dans sa rigidité d'icône
Effleurait le grand Saint livide.
Nous étions là deux enfants tristes
Buvant la paix du sanctuaire,
Sous la veilleuse mortuaire
Aux vagues reflets d'améthyste.
Nos voix en extase à cette heure
Montaient en rogations blanches,
Comme un angélus des dimanches,
Dans le lointain qui prie et pleure...
Puis nous partions...Je me rappelle!
Les bois dormaient au clair de lune,
Dans la nuit tiède où tintait une
Voix de la petite chapelle...

***


Sainte-Cécile

La belle Sainte au fond des cieux
Mène l'orchestre archangélique,
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux.
Depuis que la Vierge biblique
Lui légua ce poste pieux,
La belle Sainte au fond des cieux,
Mène l'orchestre archangélique.
Loin du monde diabolique
Puissé-je, un soir mystérieux,
Ouïr, dans les divins milieux
Ton clavecin mélancolique,
Ma belle Sainte, au fond des cieux.

***


Billet céleste

Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges,
Un soir je m'en allai chez la Sainte adorée,
Où se donnait, dans la salle de l'Empyrée,
Pour la fête du Ciel, le récital des anges.
Et nul garde pour lors ne veillant à l'entrée,
Je vins, le corps vêtu d'une tunique à franges,
Le soir où l'on chantait chez la Sainte adorée,
Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges.
Des dames défilaient dans des robes oranges;
Les célestes laquais portaient haute livrée,
Et, ma demande étant Cécile agréée,
Je l'écoutai jouer aux divines phalanges,
Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges!



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Oeuvre d'art: Peinture
Titre: Matinée d'hiver à Baie-Saint-Paul
Artiste: Gagnon, Clarence, peintre et graveur québécois (Montréal, 8 nov. 1881 -- id., 5 janv. 1942)
Date de début de production: 1925
Date de fin de production: 1935
Date absolue: Vers 1930
Clarence Gagnon naît le 8 novembre 1881 à Montréal. Son intérêt pour l'art vient probablement du fait que sa mère lui faisait régulièrement la lecture de livres illustrés à tous les soirs avant le coucher. Il se joint à l'Art Association of Montreal en 1897 et obtient l'enseignement rigoureux du célèbre William Brymner. En 1904 il voyage à Paris et devient l'élève de Paul Laurens à l'Académie Julien. Il demeure dans la ville lumière pendant plusieurs années et il y connaîtra rapidement du succès. En effet en 1909, une galerie renommée de Paris lui commande plusieurs tableaux de paysages canadiens pour une exposition. Gagnon s'atèle à l'ouvrage à tel point, que le tout finit par lui coûter son mariage à Katryn Irwin qu'il avait épousé en 1907. Gagnon s'éteint en 1942 à Montréal.





Analyse et commentaires: Ouvrages consultés
Bessette, GérardLes Images en poésie canadienne-française,1967
Frères de l'instruction chrétienne Lectures Littéraires, tome IV
Oeuvres complètes de Nelligan sur le site de: http://iquebec.ifrance.com/Jisca/enelligan.htm - La poésie que j'aime





Music: Lover's Lament from Bruce DeBoer©(2001)
permission obtenue —  permission granted


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Dernière modification de ce document: 31 mars 2004