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Romance del Prisionero
Que por mayo era, por mayo,
Cuando hace la calor
,Cuando los trigos encañan
Y están los campos en flor,
Cuando canta la calandria
Y responde el ruiseñor,
Cuando los enamorados
Van a servir al amor;
Sino yo, triste, cuitado,
Que vivo en esta prisión;
Que ni sé cuándo es de día
Ni cuando las noches son,
Sino por una avecilla
Que me cantaba al albor.
Matómela un ballestero;
Déle Dios mal galardón.
Anónimo, siglo XVI
Romance del Enamorado y la muerte
Un sueño soñaba anoche,
Soñaba con mis amores
Que en mis brazos los tenia.
Vi entrar sñora tan blanca
Muy mas que la nieve fria.
- Por donde has entrado, amor?
Como has entrado mi vida?
Las puertas estan cerradas,
Ventanas y celosias.
- No soy el amor, amante:
La Muerte que dios te envia.
- Ay Muerte tan rigurosa
Deja me vivir un dia!
-Un dia non puede ser
Una hora tienes de vida.
Muy de prisa se calzaba
Mas de prisa se vestia;
Ya se va para la calle,
en donde su amor vivia.
Abreme la puerta, Blanca,
Abreme la puerta, niña!
- Como te podre yo abrir?
Si la ocasion no es venida?
Mi padre no fue al palacio
Mi madre non esta dormida.
- Si no me abres esta noche
Ya no me abriras querida;
La muerte me esta buscando
Junto a ti la vida seria.
- Vete bajo a la ventana
Donde labraba y cosia
Te echare cordon de seda
Para que subas arriba
Y si el cordo no alcanzare,
Mis trenzas añadiria.
La fina seda se rompe
La Muerte que alli venia:
Vamos el enamorado,
Que la hor ya est cumplida.
Juan del Encina
Siglo XVI
Romance du Prisonnier
Oui c'était au mois de mai
Lorsque donne la chaleur,
Et que blondissent les blés
Et que les champs sont en fleurs
Lorsque chante l'alouette
Et répond le rossignol
Lorsque tous les amoureux
Font allégeance à l'amour;
Et que moi triste, affligé
Qui vit seul dans ce cachot
Qui ne sait quand il fait jour
Ni même quand c'est la nuit
Si ce n'est par un oiseau
Qui m'annonçait les aurores
Et qu'un archer m'a tué,
Et que Dieu saura châtier!
(d'après un texte anonyme du XVIième siècle)
traduction libre par Serge Monsalve
L'Amoureux et la mort
Il rêve au milieu de la nuit,
Rêve d'un amour interdit
Qu'enfin il tenait dans ses bras
Ce soir pour la première fois.
Une dame pale est venue
Plus blanche même que la neige.
- Comment es tu entrée amour?
Par où es tu passée ma vie?
Puisque les portes sont fermées
Que les volets sont crochetés.
Je ne suis pas l'amour jeune homme
Je suis la Mort que dieu t'envoie.
-Tu es la mort? sois charitable ...
Laisse moi vivre encore un jour!
-Un jour c'est trop je ne peux pas
Tu as une heure devant toi.
Alors il s'habille très vite
Se précipite dans la rue.
- Viens m'ouvrir la porte ma douce
Puisque la Mort est à mes trousses
- Je ne peux pas t'ouvrir ce soir
Mon père est là, ma mère veille.
Mais si tu viens sous la fenêtre
Où l'on travaille et où l'on coud
Je t'enverrai un fil de soie
Afin que tu puisses monter
Et j'y ajouterais mes tresses
Si le fil s'avérait trop court.
Mais le cordon de soie se rompt
Au moment où la Mort arrive
Pour chercher ce jeune amoureux
Dont la dernière heure a sonné.
D'après El romance del Enamorado y la Muerte
Juan del Encina, Siglo XVI
La place des couverts
Assis à la terrasse
Je regarde de loin
Les pigeons sur la place
Cherchant entre les joints
Des carreaux espacés
Quelque maigre banquet.
Et si les ouvriers
Doivent parfois changer
Quelque brique rongée
Elle a su résister
Aux assauts répétés
Des hommes et des années.
Depuis bientôt mille ans
Elle défie le temps,
Accueille des marchés
Toujours très colorés
Dont la diversité
Scelle aussi l'unité.
Elle a changé de nom
Et plusieurs fois d'aspect
Elle est toujours restée
Le coeur de la cité
Qu'elle regarde vibrer
Du haut de ses balcons.
Autrefois occupée
Par tous les commerçants
Grainetiers, maraîchers,
Sabotiers ou drapiers
Elle a été vidée
De tous ces occupants.
Elle renaît aujourd'hui
Le rose a triomphé
Du gris et de l'oubli.
Elle se reconstruit
La brique a su dorer
La croix d'Occitanie.
Et quand le mois de juin
Accumule en son sein
Son ardente chaleur
Elle garde la fraîcheur
Et les vents de l'hiver
Au fond de ses couverts,
Pour que le visiteur
Puisse se réfugier,
Qu'il lui fasse l'honneur
Aussi d'examiner
Les détails bien cachés
Des voûtes et des croisées.
Serge Monsalve
Belle
Belle,
Comme un jour de soleil
Après des mois de gris,
Comme le bleu du ciel
lorsque finit la pluie,
Douce,
Comme le goût du miel,
Comme les sentiments
Qui venaient au réveil
Parfumer mes quinze ans,
Tendre,
Comme les souvenirs
De mes premiers soupirs,
Qui se sont endormis
Sans tomber dans l'oubli,
Tu danses,
Tu viens, tu virevoltes
Tu endors ma révolte,
Tu occupes mes nuits
Et tu remplis ma vie.
Parfois dans la journée
Je m'arrête étonné,
Tu viens dans mes pensées
Et je suis apaisé.
Et pour te remercier
Je te fais découvrir
L'univers enchanté
Que j'ai dû me construire.
Serge Monsalve
Toi
Quel est ce sentiment
Nouveau et insistant
Qui colore les gris
De mon ancienne vie?
Quel est cet océan
Où tu veux m'entraîner,
Et d'où vient le grand vent
Que tu m'as apporté?
Non ce n'est pas l'amour
Qui est trop exclusif
Et qui devient toujours
Un peu trop possessif,
Ce n'est pas l'amitié
Puisque j'y trouve aussi
Cette force infinie
Qu'elle ne sait pas donner.
Non ce sentiment là
Nous l'avons inventé,
Et s'il faut le nommer
Je veux l'appeler "Toi",
Puisqu'il a su changer
Tout ce qui était Moi,
Et qu'il a balayé
Tout ce qui n'allait pas...
Serge Monsalve
Virus
Seul, dans la nuit
Dans le vide de cette nuit
Je cherche en vain
Son nom jusqu'au petit matin.
Sur cet écran
Qui brûle mes yeux maintenant,
Elle ne vient pas.
Elle a dit la dernière fois:
"J'ai peur de toi,
J'ai peur encore plus de moi"
Qu'est-ce que j'ai cru?
Je ne sais plus, elle ne vient plus!
Je n'ai pas su
Taire ce qui ne se dit pas,
Je suis perdu
Je ne regrette même pas.
Elle est partie
Juste quand revenait l'envie,
Ces quelques nuits
Ont relancé toute ma vie.
Comme un virus
Un carillon à l'angélus
Elle est entrée
Dans mes recoins les plus secrets.
Je voudrais tant
Pouvoir plonger dans mon écran
Laisser ici
Les faux semblants, les compromis.
Serge Monsalve
Senteurs des brumes
Tu cours, tu danses sous la lune,
Tu cherches une bonne fortune.
Cachée elle attend sur la dune.
Les yeux noyés dans la lagune.
Senteurs, odeur salées des brumes,
Douceurs, parfum tiède des brunes.
Elle sent le froid sur ses épaules
Elle craint d'avoir été bien folle
D'avoir refusé d'écouter
Le lieu que tu avais cité.
Senteurs, odeur salées des brumes,
Douceurs, parfum tiède des brunes.
Ce soir Cupidon fatigué
N'a pas vraiment su assurer.
Tu cours, tu cherches sous la lune
Pendant qu'elle a froid sur la dune...
Senteurs, odeur salées des brumes,
Douceurs, parfum tiède des brunes.
Serge Monsalve
Boomerang
C'était un geste spontané
Irréfléchi irraisonné
Pour t'envoyer mon amitié,
Apres l'avoir numérisée.
La main posée sur un carreau
Pendant que glisse un éclair bleu,
Si loin de toi je lis tes mots,
Je sens la douceur de tes yeux.
Le lendemain quand je reviens
Je vois dix doigts sur mon écran,
Puisque tu as glissé ta main
Contre la mienne doucement.
Deux mains réunies maintenant
A travers cette immensité,
Grâce à la toile enchevêtrée
Tissée de mille fils d'argent.
Serge Monsalve(23 janvier 2002)
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