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Voyage au fond de tes yeux
Quand je voyage dans tes yeux
Comme au coeur d'un lagon de rêve
Où le ciel câline la grève
D'une mousse d'or radieux,
Je découvre des fleurs nouvelles
Aux reflets moirés de saphir,
Frissonnant au moindre soupir
De mon amour, soleil fidèle!
***
Si
Si je ne t'avais pas aimé,
Je serais cette terre en friche
Qui n'abrite que des ronciers,
Ignorée des blés d'or,
Des moissons parfumées.
Si je ne t'avais pas aimé,
Je serais ce ciel sans étoile
Toujours gris et borné,
Pleurant nuit après nuit
Ses troupeaux de nuages.
Si je ne t'avais pas aimé,
Je serais herbe sèche
N'ayant jamais fleuri ;
Je serais note de musique
Sans mélodie
Et je serais pantin,
oeil vide et regard mort.
Si je ne t'avais pas aimé...
Mais tu m'as prise par la main
Et dans le nid de ton épaule,
J'ai découvert tous les soleils
Et je suis devenue,
Epanouie,
Vibrante,
Heureuse.
Et je suis devenue
Femme!
***
Lorsque tu baiseras le sel de mes paupières
Je vais mourir ce soir
Dans mon lit, dans le noir,
Les yeux fermés, le coeur brûlant et plein de fièvre.
J'aurai le souffle court et des frémissements,
Des plaintes étouffées et des gémissements
Quand, pour ne pas crier, je me mordrai les lèvres.
La sueur coulera le long de mes cheveux
Et, dans l'épuisement des ultimes minutes,
A l'heure de l'envol, à l'instant de ma chute,
Je te murmurerai mon tout dernier aveu :
En cet instant suprême,
Je te dirai: "je t'aime!"
Je veux mourir ce soir
Dans tes bras, dans le noir,
Pour mieux renaître à la lumière
Lorsque tu baiseras le sel de mes paupières.
***
Chanson d'amour
C'est d'abord le frisson de toile qu'on étreint
Et le souffle léger d'un frôlement de bouche,
Puis le baiser profond sur la lèvre qui geint,
Le crissement d'un bas sur la main qui le touche.
Et les doigts maladroits qui froissent le tissu,
Les soupirs de désir, soupirs d'impatience
Et le chemin trouvé, le chemin parcouru
Sur la peau nue offerte à la folle appétence.
Puis les baisers glissant sur les courbes des reins,
Puis les gémissements de bien-être et d'attente
Puis deux corps imbriqués en un rythme sans frein,
Les cris éparpillés au feu de la tourmente.
La tempête se meurt lorsque s'en vient le jour,
Les baisers sont légers et les mots sont caresse;
Mais au coeur vibre encor la chanson de l'amour
Et jamais ne mourra cet hymne de tendresse.
***
La guitare s'est tue
Depuis trois jours, il n'est plus là, mon petit homme,
Celui qui me donnait hier encor la main
Sur le sentier pentu qui conduit à demain,
Alors qu'il n'était pas bien plus haut de trois pommes.
Et je me sens soudainement vide, tout comme
Un village gelé par l'hiver inhumain,
Un désert oublié sans source ni chemin,
Un horizon lointain qu'un brouillard mouillé gomme.
Un tout dernier sourire à la vitre du train
Et je l'ai vu partir, s'estomper au lointain
Me laissant là, désemparée, inassouvie.
La guitare s'est tue et la maison a froid.
Mais si j'ai dans le coeur un profond désarroi,
Surtout, n'y pense pas ! Va, mon fils, vis ta vie!
***
Trente novembre en Dombes
La buse s'est figée au sommet d'un poteau
Comme un rêve de glace, une froide vestale,
Sculpturale, immobile, attentive et royale.
Le givre a teint de blanc les cheveux des roseaux.
Des froufrous de brouillards s'effilochent sur l'eau:
Dans ce léger ballet de fraîcheur hivernale,
L'étang devient mystère et parure d'opale
Et les arbres soudain sont fleuris de cristaux.
A l'horizon lointain, la colline s'enflamme
Des derniers soleils las, saignant à rendre l'âme
Et le monde devient un somptueux décor.
Du bois voisin frissonne un envol de palombes
Qui s'élève et se noie en un océan d'or.
Admire mon ami, regarde: c'est ma Dombes!
***
Libre
Au profond d'un ciel grandiose
Où l'or et le noir sont mêlés
En un délire échevelé
D'ocres, de pourpres et de roses,
Son regard fasciné se pose,
Loin des prisons, des barbelés,
Au profond d'un ciel grandiose
Où l'or et le noir sont mêlés.
Au feu de cette apothéose,
Son rêve-oiseau vient s'envoler,
Epousant l'horizon brûlé
En une éblouissante osmose,
Au profond d'un ciel grandiose...
***
Pierrot de la Lune
Pierrot de la lune
Ne vient plus le soir
Semer au ciel de mon jardin
Ses bouquets d'étoiles
La pluie de toutes ses larmes
Pleure le printemps
Infidèle
Pierrot de la lune
Prête-moi ta plume
Je vais écrire à tous les vents
Pour qu'ils bousculent les nuages
Je vais écrire aux arcs-en-ciel
Au soleil
Au beau temps
Et le printemps refleurira
Pierrot de la lune
Reviendra le soir
Semer au ciel de mon jardin
Ses bouquets d'étoiles
Michèle Lavalette
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