La légende d'Orphée revisitée(2)
par
Marianne




La légende d'Orphée revisitée

Raphaël,


Vos mots d'amour sont les plus beaux qu'il m'ait jamais été donné de lire. Ce sont les plus beaux qui m'aient jamais été adressés. Vos mots d'amour trouvent en écho dans mon coeur semblable pureté à celle que vous exprimez de façon si intense. Je vous aime Raphaël. Je vous aime comme je n'ai jamais aimé. Je vous aime car je vous ai senti. Je vous aime car je ressens au fond moi cet écho unique d'une résonnance parfaite qui répond à votre amour. Je vous aime car nous partageons les mêmes émotions. Je vous aime car votre âme est semblable à la mienne. Elle est le reflet de l'amour. Je vous aime car nous partageons au fond de nous l'éclat d'une même étincelle d'Eternité. Je vous aime car nos sensibilités s'accordent et se répondent sur un même diapason parfait. Je vous aime d'un amour total, violent, envahissant et de chaque instant. Il n'est un seul instant de cette vie que je ne partage avec vous en songe comme à l'état de veille. Je vous aime car je vous reçois, entièrement, totalement et sans condition. Je vous aime devant l'Eternel, pour cette vie et pour les siècles à venir. Marianne©

***


Un peu d'humour

Raphaël,


Vous écrire me coûte, autrement plus qu'à vous. Je ne parle pas d'argent puisque en substance ce n'est pas moi qui paie.


Je veux dire par là que le prix de l'abonnement, sort effectivement de ma poche, ce qui reste douloureux. Néanmoins, les heures de connexion ne sont pas comptabilisées sur le réseau câblé, comme se doit de le savoir tout quidam un peu au fait des spécificités techniques des connexions sur le net. Il m'est donc aisé de vous écrire à peu de frais. C'est peut être ce qui justifie de ma part une débauche de littérature tant immorale qu'insignifiante, car vous écrire ne me coûte rien.


Pourtant cela me coûte. Cela me coûte beaucoup. Cela me coûte énormément, même. Je parle ici d'un coût non quantifiable et qui pourrait s'apparenter à ce qu'on appelle communément le"facteur humain". Pour vous écrire il me faut réfléchir, pour essayer de trouver le mot juste, et la pauvreté de mon vocabulaire alliée au peu d'éducation qu'on m'a dispensée pendant ma scolarité font pour moi de cet exercice une véritable torture. Je me perds dans les méandres de la langue et des formulations alambiquées pour finalement ne parvenir à obtenir qu'un texte qui n'atteint même pas son but et dont la qualité ne me satisfait jamais. L'investissement cérébral n'est certes pas quantifiable, mais O combien douloureux.


De plus, non seulement il me faut faire un effort pour vous écrire, mais le respect des conventions sociales et de la civilité m'oblige à lire vos réponses. Pour être franche cela dure depuis trop longtemps et sincèrement cela commence à me peser. Je voudrais bien pouvoir mettre un terme à cette correspondance, mais prise dans la spirale des aller-retour de questions-réponses je ne sais comment procéder pour ne pas avoir l'air incorrecte. L'incorrection en elle-même ne me dérange pas et c'est uniquement le respect des apparences qui me préoccupe. Il faudra donc bien trouver un moyen d'en finir avec cet investissement coûteux tant pour mon employeur que pour mes ressources cérébrales. Et le plus tôt sera le mieux.


Au moins, les épanchements spirituels de l'âme pendant le sommeil ne coûtent rien. Le sommeil repose. Il prépare au travail. Et lorsqu'on se réveille de bonne humeur après un rêve agréable on n'en est que plus productif. Les vertus du sommeil (la nuit bien entendu) devraient être enseignées de façon beaucoup plus large. A l'inverse de la licence charnelle, le sommeil repose et prédispose le travailleur à donner le meilleur de lui-même à son entreprise. Il est en fait beaucoup moins coûteux et moins consommateur de temps, d'argent et de formules alambiquées qu'une communication écrite aussi ridicule que dénuée de sens.


L'esprit a la vertu de ne point mot dire. Ses manifestations ne sont point vérifiables, et ne causent aucun tort à la bonne marche de la société. De plus, la sensation diffuse de sa présence tant que celle de son existence, prédispose le citoyen à prêter une oreille favorable aux excellents préceptes de la religion, qui, comme chacun sait est l'antichambre de la morale et l'opium du peuple.


Marianne©

    ***


Une lettre méchante

Raphaël,


Recevoir tous les jours des mots d'amour de votre part m'est devenu parfaitement insupportable. Le côté parfaitement commun de vos formules à l'eau de rose est en outre une insulte à la sensibilité, la lourdeur de ces phrases mal rédigées, une insulte à l'écriture, les tournures moralistes de votre style sentencieux, une insulte à l'amour. Quand je pense qu'il existe des femmes qui sont sensibles à ce genre d'inepties! C'est pour moi une chose parfaitement inconcevable. Je me demande comment je fais pour supporter cela. Quand je pense que vous nourrissez l'espoir de me voir un jour me prendre à vos grossiers filets! C'est ma foi une idée aussi délirante qu'inimaginable! En plus je ne sais même pas quand m'attendre à voir tomber le couperet de votre incrédulité, car cette correspondance est de surcroît devenue de moins en moins régulière.


Je ne parle pas de mes réponses. Je les rédige comme je peux, de préférence à toute vitesse pour ne pas empiéter sur mon temps de travail et ma productivité. Alors, là il faut bien admettre que ce n'est pas toujours d'une rédaction très soignée, mais au moins elles ont la vertu d'être plus lisibles que les vôtres. L'avantage pour moi de cette correspondance c'est que cela me permet de me distraire l'esprit des documentations techniques et c'est pour cela que je me montre particulièrement tolérante en ce qui concerne la forme, aussi bien de mes envois, que de ce que je reçois. Quant au fond, je ne l'évoque même pas, il n'y en a pas!


Cette correspondance, que j'assimilerai à un défouloir, même si c'est un peu déplacé, me donne la liberté de changer de style tout en ayant la possibilité de raconter n'importe quoi. C'est certes distrayant, mais je commence à trouver que ce n'est pas très productif. Et ma foi! Si à l'autre bout de la ligne vous croyez à mes fadaises, ça n'en est que plus amusant pour moi. Le sort en est jeté: c'est tant pis pour vous.


Marianne©

    ***


            Réponse à une proposition

Raphaël,


Votre humour, cher amour, votre humour, dis-je, a au moins pour vertu salutaire de détendre l'atmosphère et de nous faire redescendre sur terre: et même s'il nous est plus facile de dissimuler en juste société l'ardeur apparente d'un désir bien naturellement partagé, la subtilité d'une évocation suggestive a généralement pour résultat d'en accroître le feu plutôt que de l'apaiser.


La juste ardeur de votre convoitise me flatte et m'honore. Vous n'êtes pas peintre dites-vous et même si la force et la violence naturelle de ma passion ne m'ont pas poussée à prendre le voile, il est vrai que l'évocation imagée d'une virilité difficile à masquer se serait pourtant bien accommodée d'une palette plus nuancée. Je rends hommage à la force et la violence directe de votre propos, qui, ne nous y trompons pas sont le signe d'une passion devenue dévorante, et que je partage, vous le savez.


Vous n'aimez pas les enfants dites-vous. Et même si je ne veux pas me lancer dans un débat de fond qui nous mènerait au delà de la légèreté de ce propos, je me demande simplement quelle femme, Vénus ou bergère, peut aduler longtemps un appendice dont la virilité se limiterait à la production d'une stérile semence. Je ne connais pas de femme dont l'ardeur et la passion ne soient avivées par le souhait, le risque, voire le danger, de participer un jour au grand frisson de la création.


Avouez-le franchement. L'aveu de ma faiblesse vous flatte et il faut bien qu'une porte soit ouverte ou fermée. Et précisément si la violence du désir que vous manifestez est très justement partagée, l'attitude que vous me suggérez d'adopter est par contre proprement abjecte et révoltante. Je situe la vertu au delà des apparences et de la bienséance, quelque part dans une région de l'intellect dont la violence de votre tempérament semble vous avoir volontairement fait oublier l'existence. L'honnêteté intellectuelle est mon principal défaut, vous auriez dû le comprendre et c'est un trait de caractère dont vous me semblez cruellement manquer. La duplicité dont vous me demandez de faire preuve me fait horreur. Et sur ce point, je serai moi aussi sans nuances: je ne me compromettrai pas.


Marianne©

    ***


Jeu dangereux

Raphaël,


Le jeu se termine et j'ai gagné. J'ai gagné sur toute la longueur. Ma victoire est totale, absolue et sans partage. Vous n'avez plus qu'à déposer les armes à mes pieds en saluant votre nouveau maître. Le maître absolu de votre coeur et de vos passions. Je vous ai possédé, j'ai usé de tout mon talent pour vous convaincre de m'appartenir et maintenant vous êtes à moi.. Vous êtes à moi corps et âme pour toujours et jamais vous ne pourrez vous défaire de mon image. Vous ne pourrez jamais, jamais m'oublier. Mon image s'est insinuée dans votre pauvre esprit jusqu'à faire corps avec lui. J'ai envahi votre imagination. Et c'est là aussi que se situe votre victoire, infiniment plus subtile que la mienne. Celle de l'esclave sur son maître. Mon image vous appartient pour toujours et je ne peux rien y faire. Je fais désormais partie de vous.


Mais s'agit-il bien de cela? Ne sentez-vous pas Raphaël, la piqûre mortelle de l' infect aiguillon de l'amour? Le verbe n'est-il pas une action en germe? C'est votre credo n'est-ce pas. Vous seriez-vous laissé enserrer dans un monde ou la perversité servile de l'élève vient à sublimer en intensité celle de son maître? N'est-ce pas là la preuve absolue de la toute puissance du verbe, votre seul et unique divinité en ce monde, celle à qui vous avez tout sacrifié.


Je vous ai cédé sur tout, tout en ayant l'air de ne pas vouloir, je me suis peu à peu faite vôtre jusqu'à l'extrême. Je vous ai appartenu et vous avez cru en mon amour pur, total et sans partage. N'aurais-je pas renoncé à tout pour vous? Ne vous aurais-je pas suivi jusque sur les sentiers de l'inconcevable? Ne vous ai-je pas donné l'illusion de l'amour jusqu'à vous demander de venir me rejoindre? Ah les accents sincères de l'intégrité violée qui crie pour ne pas déposer les armes dans une lutte sans pitié entre l'amour et la raison! Le corps à corps acharné de l'amour et du désir qui donne naissance à la passion. Vous y avez cru Raphaël, vous m'avez crue à vous. Je vous ai appartenu dans l'âme, vous avez savouré votre victoire. Maintenant pleurez! et l'étrange saveur amère et salée de vos larmes viendra creuser votre plaie.


Faire croire que l'on croit... Nous sommes des artistes Raphaël, des esthètes de l' imagination, des virtuoses de l'amour, des équilibristes des passions les plus violentes. Je contemple mon oeuvre et je suis heureuse. Vous êtes mon oeuvre. N'est-ce pas quelque part ma façon à moi aussi de vous appartenir? Vous étiez-vous réellement pris au jeu et est-ce réellement important de le savoir? Votre victoire à vous aussi est réelle. Elle est la contrepartie de votre soumission, car elle s'est insinuée au fond de vous et malgré vous, Raphaël, vous m'avez aimée. Vous avez rêvé mon image, vous avez senti ma passion, vous m'avez entendu vous appeler par delà les mondes irréels et je vous ai fait rêver. Cette allégorie à la puissance du rêve est la plus belle histoire que nous aurions jamais pu nous raconter. Elle scelle l'union secrète du rêve et de l'imagination dans sa victoire absolue sur la raison. Désormais, je puis être heureuse et savourer mon triomphe: vous serez à moi pour toujours.


Mais au fait... était-ce vraiment un jeu?


Marianne©

    ***


Chère âme,

Vous avez voulu jouer avec le feu. Vous voilà brûlé au troisième degré. Qu'il est triste le gris de cette chambre d'hôpital de province. Qu'elle est effrayante, au dehors, l'ombre à peine perceptible de la faux se confondant avec le mouvement continuel des branches par cette fin de journée orageuse.


Soudain, un rayon de soleil. L'ombre s'étend, comme portée par la lumière que pourtant elle devrait fuir. Mais quand elle a choisi sa nouvelle proie, quand elle a choisi d'effleurer de la pointe tranchante de sa faux, les lèvres de son nouvel amant rien ne peut plus l'arrêter. La pointe de la faux traverse la vitre encore humide des larmes du ciel, pour venir effleurer les draps du jeune-homme endormi. Elle précède de peu le spectre effrayant de la grande dame, qui se présente au dehors portée par un dernier nuage noir avant le coucher du soleil.


En silence elle s'approche de lui. Il a piètre allure dans son lit d'hôpital. Pourtant la fraîcheur de sa jeunesse est encore visible entre les bribes de peau brûlée. Il rêve à ses amours déchues. Il rêve à ce qu'il aurait pû être et n'a jamais accepté de devenir. Il rêve à tout cet amour dont il aurait pu abreuver son âme en quête d'Éternité. Lorsqu'il a cherché à fuir sa dernière amante, la plus pure, celle qui lui était destiné, celle qui l'accompagnait en songe comme à l'état de veille, celle qui jamais ne le quittait, il a signé de son sang son passeport pour l'éternelle douleur.


L'éternel fourneau ne s'éteint jamais, l'éternel supplice ne se terminera jamais. Au feu infernal de l'inconstance, de l'éternelle indécision, de la frivolité, il s'est définitivement, inexorablement brûlé. C'est ce jour-là qu'il a décidé de se donner à elle, à la grande dame qui l'attend au pied de son triste lit d'hôpital de province. Sa décision hélas est sans appel, sans retour possible en arrière. Oh! il ne l'a pas fait volontairement, il n'en est même pas conscient. Il rêve encore à tout ce qu'il n'a pas eu, à toutes ces chances qu'il a refusé de saisir. A tout ce qu'il aurait pu faire, à celle qu'il aurait pu aimer, à tout ce qu'il aurait pu être et ne sera plus jamais.


Imperceptiblement, la pointe de la faux vient effleurer les lèvres de notre jeune inconstant au coeur pourtant pur. Une goutte de sang jaillit que la grande dame recueille sur son voile noir tâché du sang de tous ses amants. Une dernière goutte de sang volée sur un lit d'hôpital et tout est fini.


Tout est fini. Du moins le croit-elle. On ne l'a jamais bernée la grande dame. Aucun de ses amants, aucune de ses victimes n'a jamais protesté. Elle a le pouvoir de les faire taire, pour l'Éternité. Elle s'apprête à quitter les lieux, satisfaite de sa dernière conquête, emportant dans son triste manteau, l'âme du nouveau défunt sur la route grande ouverte de la douleur et de la repentance.


Mais elle a oublié un détail. Bien sûr, elle ne pouvait pas l'apercevoir dans la lumière du dernier rayon de soleil. Ses yeux ne sont pas faits pour la lumière. Elle ne l'a même pas regardée, la grande dame, elle ne l'a même pas vue.


Forte, animée d'un amour sans faille, elle se tenait là, lumière invisible et rayonnante, prête à le suivre jusque dans l'infernale chaleur des fourneaux de Satan. Prête à l'accompagner sur la route sinueuse de la douleur et de la repentance. Prête à éclairer son âme du dernier rayon de soleil de son amour, le plus pur, le plus lumineux. Prête à tout pour le sauver, pourvu qu'il l'aperçoive, pourvu qu'il se rende simplement compte de sa présence.


Sur la route infernale elle l'accompagne. Il lui suffit simplement de sentir, derrière lui, sa douce présence rassurante, pour savoir que jamais, au grand jamais, l'effrayante dame ne pourra plus s'emparer de lui. Dans son dernier cauchemar, il poursuit sa route, animé d'un nouvel espoir, si empli de la douce certitude d'être sauvé par son amour, qu'il n'a pas besoin de la voir. Pas besoin de s'assurer de sa présence, pas besoin de se retourner sur l'infernale route qui mène à l'éternelle repentance. Il a enfin compris.


Sur son lit d'hôpital il entr'ouvre les yeux se frottant les paupières d'un mouvement rapide de la main, comme pour chasser ses mauvaises pensées.


Elle est là, debout, près de lui.


Il n'aura plus jamais peur de rien.


Marianne©

***


                 A l'heure du jugement dernier

Cette fois la grande dame ne m'abandonne pas. Elle me surveille désignant le moindre de mes mouvements de la pointe de sa faux. Elle attend le moment de faiblesse, et attend chez moi le faux pas. Elle attend que je pense à mes amours déchues et instables. Tant pis pour moi, je n'aurais jamais dû. Je n' aurais jamais dû accepter de défier les lois de l'éternel, de la vie et de la mort en mêlant mon sang à celui de mon dernier amant. Le sang, ce mélange subtil des forces vives de l'âme et du corps est substance sacrée, que dis-je substance, potion, breuvage même.


Breuvage! le mot est sacrilège. Réservé aux tenants du culte ou à ces êtres maudits et maléfiques de la pire espèce qui abreuvent leur éternelle douleur de l'essence de vie de leurs semblables dont ils ont perdu jusqu'à l'apparence.


Breuvage? Potion d'éternelle jeunesse ou essence de vie des amants maudits à qui la loi des hommes interdit de s'abreuver de l'autre, de satisfaire leur insatiable désir de fusion. Irrationnel, violent, sans autre raison d'être, sans autre justification que le besoin profond de s'interpénétrer pour rejoindre ensemble l'éternelle lumière.


Mais pourtant la grande dame est là, elle veille. Elle est le garant de la moralité, le garant du châtiment certain de ceux qui transgressent consciemment les interdits. Elle est le garant du respect des apparences et de la morale des hommes: elle n'a aucun sens des nuances, la grande dame. Elle confond pèle mêle transgression et abandon de soi et ne cherche même pas à sonder la pureté de l'âme des amants magnifiques qui ont commis en toute innocence le pêché d'insouciante transgression: Transgression uniquement justifiée par l'amour, uniquement justifiée par leur besoin d'exister l'un en l'autre. Serment d'amour et d'exclusivité éternelle qui n'aurait jamais dû se passer de l'aval de la morale.


On ne pardonne qu'aux coupables, on ne condamne que les innocents. Il leur suffit pourtant de l'aval de l'amour. Dieu est amour. Ils ont l'aval et la bénédiction de l'éternel pour avoir en toute innocence et le coeur empli de l 'étreinte sacrée de leurs deux substances de vie, acquiescé au désir de rejoindre ensemble l'éternelle lumière. Sous les voûtes gothiques, sous la voûte céleste, ils ont fait éclater la vérité de leur amour en transgressant la loi des hommes, la morale des apparences. Ils devront pour cela affronter la froideur des tribunaux de la justice sociale. Ils devront accepter le châtiment des hommes, faire le sacrifice de leur terrestre dépouille pour s'autoriser à gagner ensemble les cieux bienveillants qui sauront reconnaître la vérité de leur amour.


"Un peu de calme, Messieurs les jurés". Les cornes fourchues dépassent des toques respectables. C'est la foire d'empoigne ici bas."Un peu de silence , je vous prie". Tout à coup, le grand calme. Toute vêtue de noir, toujours vêtue de noir —  c'est son habit, son habit qui ne la quitte jamais, son habit qui lui donne cet aspect effrayant et solennel —  elle a frappé un grand coup, sur la table creuse. Le bruit s'en est fait entendre jusqu'en enfer et jusqu'au ciel pourtant si loin où l'on attend sans illusion et le coeur en joie d'accueillir et de recevoir enfin les amants magnifiques, dernières victimes de la loi des apparences et de l'injustice des hommes.


De la pointe de sa faux elle désigne les fautifs. Un grand cri et tout est fini. Mais où sont-ils? Ils ont disparu. Où se cachent-ils?


"Mes victimes, ne peuvent pas m'échapper. Ceux que je condamne m' appartiennent pour l'Eternité".


Oui, la sentence a été prononcé. Non Madame la faucheuse, vous n'aurez pas leur sang. Il est breuvage d'éternel amour, substance sacrée qui n'appartient qu'à Dieu. Leur désir de fusion, la vérité de leur amour, l'a sanctifié pour l'Eternité. Devant Dieu, sous les voûtes gothiques, ils se sont aimés. Unis dans la lumière de leur amour, sous la voûte Céleste, ils le rejoindront.


Ce sang fut versé en offrande à l'Amour Eternel. A l'Eternel il reviendra.


Marianne©



Page suivante: autre texte de Mariane La messagère
Retour à la liste des poètes invités
Retour au sommaire Jardin des Muses

This site is beautifully viewed with Microsoft Internet Explorer
Résolution: 1024x768. Best view





Dernière modification de ce document: 30 mars 2004