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J'écoutais ta chanson quand tu marchais dans l'ombre,
Tête dans les nuages, berceaux de l'infini.
Je voyais l'horizon, aussi de grands ramages
Parcourir les étoiles, déportés par les vents
Dans le coeur de la nuit
Et je touchais des yeux, les pierres du silence
Endormies sur le bord d'une rivière d'argent
Puis mordais dans le songe d'une paix souveraine,
Aux aguets de l'amour qui s'anime en son flanc.
Ainsi, en t'écoutant, mélodieuse sirène,
Je captais la tonique, truande de ton chant.
(LP)
Ton souffle
Ton souffle est celui
D'un poète en liesse
Emergeant du silence.
Il est cette abondance
Qui ne cesse d'offrir
Sans compter.
Ravivé par l'amour
Il prend de l'importance
A chaque nouveau pas
En berçant d'un accord
Harmonieux et docile
Toute la paix du monde,
Puis rejoint le débit
Fracassant des rapides
Qui hurlent, incessants,
Leur credo.
Ton souffle est cet été
Qui projète ses joies
Aux multiples couleurs
Sur mon regard brûlant
Par mes larmes taries.
Semblable au vent du sud
Asséchant notre langue,
Il me laisse haletante,
Assoiffée de ta vie.
C'est bon de le sentir
Se poser sur ma joue
Avant de le savoir courir,
On ne sait où?
Lydia Pavot
Délivrance
Vous pourrez bien chercher ainsi pendant des heures
Des jours, des nuits durant, ça ne changera rien.
Vous pourrez écouter, le temps d'une faveur
Toutes ces voix en or qui vous font tant de bien,
Jamais vous n'obtiendrez l'aveu de mes souffrances
Réduites au néant sous l'assaut d'un sourire,
Jamais vous ne saurez combien la délivrance
Est source de bonheur, pour qui veut la saisir.
Mais vous pourrez penser, qu'au regard du présent
Je suis l'absence même, exempte de douleur,
Vous pourrez regarder impitoyablement
Jusqu'au travers de moi pour y sonder mon coeur,
Je vous le dis bien haut et ne vous en déplaise,
Jamais n'en trouverez aucun de plus ardent!
Ne croyez cependant, s'il faut vous mettre à l'aise,
Que vous êtes celui pour qui mes sentiments
L'ont habité sans cesse de jour comme de nuit,
Sous l'assaut d'une bise ou de quelques caresses,
Moitié ivre de joie, moitié pleurant d'ennui.
Ne croyez pas non plus que je sois courroucée
D'ailleurs qu'importe au fond, qu'en auriez-vous à faire?
Depuis quelques années Prince, vous êtes né
De mes cheveux de rêve et d'âme solitaire.
Il revient au silence la part qui lui est due,
Or si de votre absence je vis en épousailles,
La cause qui me pousse à vous avoir déchu
Est que je n'aime pas les fausses retrouvailles
Et bien moins les rejets, expression de mépris
Vous mettant aux abois, souffrance bien futile.
Je crache sur l'affront comme sur le dépit
En cet absentéisme voué à l'inutile.
Lydia Pavot
Lunaire
La lune voile le noir de la nuit
Par sa grâce immobile,
Sa trace indélébile,
Son croissant qui décroît à la tombée du jour,
Quand les corbeaux croassent et s'envolent d'amour.
Je crois voir un soleil éclairer tout le ciel
Quand nous tournons autour de nos tendres ébats,
Du loup garou qui pleure,
A l'aurore qui meurt,
Des parfums de la terre,
A vos bras qui m'enserrent...
La lune voile sa face
Dans la nuit qui trépasse
Aussitôt qu'elle passe
Et s'installe sans bruit
Sur le bord de son voile
Ou au creux de sa toile,
Telle une plume qui plane, diaphane,
Au dessus de son nid.
Soudain, elle se dérobe
Pour battre la campagne
Puis sabler le champagne
Et faire couler à flots
Toutes ses bulles rondes
Sur le plat de son dos.
C'est Pierrot qui le dit:
La lune, elle est ainsi.
Parfois, sur les maisons, elle fond
De tous ses papillons de lumière
Porteurs de larmes éphémères,
Qui rebondissent en chanson
Sur le sol, dans les courants de l'onde,
Dans le coeur des êtres de ce monde,
En un murmure de fer
Que nous n'entendons guère
Au creux de nos chimères
Lorsqu'elle effleure nos paupières.
Lydia Pavot
***
Le solitaire
inspiré du poème "Le Marcheur solitaire" de
Pier de Lune
Il vogue vers des jours chargés d'indifférence
Sans chercher à savoir où le porte le temps.
Dans son habit de lune il côtoie l'innocence
De ses années lumières ondoyant sous le vent.
Et son royaume d'or est une tour d'ivoire
Où coupé de ce monde, il protège ses jours.
Chaque heure de sa vie comme on le pourrait croire,
En fait un être fort au regard de l'amour.
Le murmure de l'eau frémit à son oreille,
On ne le voit plus guère tant il se fait discret,
J'aimerais tant lui dire qu'il n'a pas son pareil
Or l'instant me demeure éloignée en secret.
J'aurais aimé lui plaire pour jouir de sa présence
Mais le temps d'un soupir, il poursuit son chemin
Sans que je puisse mettre un terme à cette absence ;
L'attente de le voir venir et d'aussi loin
Se tapit dans mon coeur, en habite l'espace
Je suis une fontaine aux cascades hurlantes,
Mon écume s'épand et je n'ai plus l'audace
De laver mon amour à son eau turbulente.
Dans l'éclat d'un sourire, je contemple l'image
De celui qui n'est pas devenu mon amant,
Chacun poursuit sa voie en somme et c'est dommage
D'ignorer tout de lui, bonheur, malheur étant.
Cet horizon lointain s'étend sous mon regard
Tel une cible douce que je voudrais saisir,
Je caresse vos mains en songe par égard,
M'osant à vous baiser les yeux sans repentir.
Toujours cet amour fou qui taquine mon âme
En tombant sous le joug de sentiments amers,
Je vous garde en courroux quelques vers que je clame
Tant je souffre de vous savoir perdu dans l'air.
Vous quittez le berceau d'une vie conjugale
Le vide dans le coeur, prenant contre courant
Les assauts solitaires d'une plaie sans égal,
Puis redressez le front dans un sourire brillant.
Mais ce que l'on ignore c'est la prime défaite
Qui dépose en votre être un goût âpre, dolent ;
Si la vie continue à ses joies toutes faites,
Vous y fondez vos jours en mordant le présent.
Lydia Pavot (18 octobre 2003)
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