L'univers poétique
de
Hélène Lussier


32ko

Renaissance


Là où les bulbes s'émoustillent
Taquinant l'herbe endormie
Le pelage de l'hiver vibre secrètement
Les sons de la nature promettent cette nouvelle chorale
Aux arbres qui dégèlent
Bourgeons frémissants en équilibre
Épris de froidure
Vertige des saisons en duel


Les oiseaux en spectateurs se souviennent
De ces nuitées enjôlantes
Où tel un reposoir le berceau du vent
Souffle ces sérénades promises
Et gracieusement dans les bras nuageux du ciel
Sous l'oeil attentif de l'ère du temps
Il valse la renaissance
Brises espérées, brises attendues


D'or scintillant sont parés
Les nouveaux habits du soleil
Paisiblement il se recueille
Au-dessus des vestiges de l'hiver
Qui se noient dans l'oubli
D'une prunelle pantouflarde
Il perçoit l'harmonie orchestrée
Que la nature offre au printemps


Hélène Lussier©, 13 mars 2001


    ***


À terre ouverte



Affaiblie d'ecchymoses profondes
Elle consulte son coeur d'injustices tailladé
Partout sur ses continents des traces de ce petit monde
Dégoulinant d'ambition démesurée
Douloureux chagrin semé par les hommes
La terre pleure en elle un fléau incurable
Cicatrices empoisonnées de toutes formes
Où des desseins de vengeances condamnables
L'effleure à ces endroits
Qui n'ont pas encore été souillés
Et de son âme sans force ni loi
Lasse de prier, renonçant même à s'excuser
Du mal qu'elle va causer, et de ce trop plein de souffrance
Qui sans cesse la caresse de venin.
Seule et sale, détruite sous la cadence
Des saisons révoltées en vain
L'amour qu'elle avait pour nous
S'en est allé peu à peu
Mais qui se préoccupe de ce trou?
Provoqué par nos faiblesses, que le coeur a déserté vers d'autres lieux
Perdue de détresse en contemplant sa propre nudité
Que tous les nuages violent à leur tour
Secouée de dégoût, elle se met à trembler
Pêcheurs corrompus, engloutis à jamais dans cette fente de sourd


Hélène Lussier©,4 février 2001


    ***


Volupté éternelle



Dans notre sillage l'île amnésique du temps
Où toutes ces saisons déballées en broussailles
Ont effleuré un amoncellement de caresses
Humant au passage des vertiges passionnés
Savourant des rivages que je n'ose exhiber


Enchaînée au littoral de ton corps baigné de quiétude
Les odeurs de l'amour m'obsèdent
Corps immobile fracturé d'épuisement
Entre les branches de ton corps
Mon feuillage de désir se consume sous le méandre de ton doigté


Givrée de sommeil dans l'enclume de tes bras
Des perles d'amour sillonnent mes courbes
Pareilles aux caresses de la pluie sur mon visage
Ou à la bruine de ta jouissance glissant sur ma chair
Quand donc ai-je commencé à t'aimer? Hier, aujourd'hui ou demain?


Hélène Lussier©,21 février 2001


    ***


Épilogue



Bercées par des fresques indéchiffrables les saisons se sont endormies
Hors des frontières de toute volonté elles se tourmentent


Les bourgeons qui naissent aux abords du printemps ne sont pas au rendez-vous
Provoquant la déroute de tous les oiseaux migrateurs
En brouillant leur itinéraire


L'astre puissant qui règne sur l'été s'est majestueusement anéanti
Semant un désordre inimaginable au travers des cours d'eaux
En pillant la nature de sa béatitude


L'automne vacille de fièvre sous un manteau de brise tiède
Crachant ses irrégularités climatiques aux quatre vents
En feignant de ne pas reconnaître son trouble


Et l'édredon glacial de l'hiver n'est plus que lambeaux
Privant l'univers de sa protection
En le laissant agoniser à nu


C'est impensable! Néanmoins, c'est ainsi que la vie va s'éteindre


Hélène Lussier© 11 décembre 2000



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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004