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Federico García Lorca
(1898-1936)

Llanto por Ignacio Sanchez Mejias










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Le sang répandu triangle

A mi querida amiga Encarnación López Júlvez


Non! Je ne veux pas le voir!


Dis à la lune qu'elle vienne,
car je ne veux pas voir le sang
D'Ignacio sur le sable.


Non! Je ne veux pas le voir!


La lune grande ouverte.
Cheval de nuages calmes,
et l'arène grise du songe
avec des saules aux barrières.


Non! Je ne veux pas le voir!
Mon souvenir se consume.
Prévenez les jasmins
à la blancheur menue!


Non! Je ne veux pas le voir!


La vache de l'ancien monde
passait sa triste langue
sur un mufle plein des sangs
répandus dans l'arène,


et les taureaux de Guisando,
moitié mort et moitié pierre,
mugirent comme deux siècles
las de fouler le sol.


Non.
Non! Je ne veux pas le voir!


Par les gradins monte Ignacio
toute sa mort sur les épaules.
Il cherchait l'aube,
et ce n'était pas l'aube.
Il cherche la meilleure posture,
et le songe l'égare.
Il cherchait son corps splendide,
et trouva son sang répandu.


Ne me demandez pas de regarder!
Je ne veux pas voir le flot
qui perd peu à peu sa force,
ce flot de sang qui illumine
les gradins et se déverse
sur le velours et le cuir
de la foule assoiffée.
Qui donc crie de me montrer?
Ne me demandez pas de le voir!


Il ne ferma pas les yeux
quand il vit les cornes toutes proches,
mais les mères terribles
levèrent la tête.


Et à travers les troupeaux,
s'éleva un air de voix secrètes,
cris lancés aux taureaux célestes
par des gardiens de brume pâle.


Il n'y eut de prince à Séville
qu'on puisse lui comparer,
ni d'épée comme son épée,
ni de coeur aussi entier.


Comme un fleuve de lions
sa force merveilleuse,
et comme un torse de marbre
sa prudence mesurée.


Un souffle de Rome andalouse
nimbait d'or son visage,
où son rire était un nard
d'esprit et d'intelligence.


Quel grand torero dans l'arène!
Quel grand montagnard dans la montagne!
Si doux avec les épis!
Si dur avec les éperons!
Si tendre avec la rosée!
Eblouissant à la féria!
Si terrible avec les dernières
banderilles des ténèbres!


Mais voilà qu'il dort sans fin.
Et la mousse et l'herbe
ouvrent de leurs doigts sûrs
la fleur de son crâne.


Et son sang s'écoule en chantant,
chantant à travers prairie et marais,
glissant sur des cornes glacées,
son âme chancelant dans la brume,
trébuchant sur mille sabots,
comme une longue, obscure et triste langue,
pour former une mare d'agonie
auprès du Guadalquivir des étoiles.


Oh! Mur blanc d'Espagne!
Oh! Noir taureau de douleur!
Oh! Sang dur d'Ignacio!
Oh! Rossignol de ses veines!


Non.
Non! Je ne veux pas le voir!
Il n'est pas de calice qui le contienne,
ni d'hirondelles qui le boivent,
ni givre de lumière qui le glace,
ni chant, ni déluge de lis,
il n'est de cristal qui le couvre d'argent.
Non!
Non! Je ne veux pas le voir!!


Traduction originale du poème en français; Sylvie Corpas© et Nicolas Pewny©:
(traduction agréée par la Fondation et les héritiers de Garcia Lorca)










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La cogida y la muerte triangle

A mi querida amiga Encarnación López Júlvez


¡Que no quiero verla!


Dile a la luna que venga,
que no quiero ver la sangre
de Ignacio sobre la arena.


¡Que no quiero verla!


La luna de par en par.
Caballo de nubes quietas,
y la plaza gris del sueño
con sauces en la barreras.


¡Que no quiero verla!
Que mi recuerdo se quema.
¡Avisad a los jazmines
con su blancura pequeña!


¡Que no quiero verla!


La vaca del viejo mundo
pasaba su triste lengua
sobre un hocico de sangres
derramadas en la arena,


y los toros de Guisando,
casi muerte y casi piedra,
mugieron como dos siglos
hartos de pisar la tierra.


No.
¡Que no quiero verla!


Por las gradas sube Ignacio
con toda su muerte a cuestas.
Buscaba el amanecer,
y el amanecer no era.
Busca su perfil seguro,
y el sueño lo desorienta.
Buscaba su hermoso cuerpo
y encontró su sangre abierta.


¡No me digáis que la vea!
No quiero sentir el chorro
cada vez con menos fuerza;
ese chorro que ilumina
los tendidos y se vuelca
sobre la pana y el cuero
de muchedumbre sedienta.
¡Quién me grita que me asome!
¡No me digáis que la vea!


No se cerraron sus ojos
cuando vió los cuernos cerca,
pero las madres terribles
levantaron la cabeza.


Y a través de las ganaderías,
hubo un aire de voces secretas
que gritaban a toros celestes,
mayorales de pálida niebla.


No hubo príncipe en Sevilla
que comparársele pueda,
ni espada como su espada
ni corazón tan de veras.


Como un río de leones
su maravillosa fuerza,
y como un torso de mármol
su dibujada prudencia.


Aire de Roma andaluza
le doraba la cabeza
donde su risa era un nardo
de sal y de inteligencia.


¡Qué gran torero en la plaza!
¡Qué gran serrano en la sierra!
¡Qué blando con las espigas!
¡Qué duro con las espuelas!
¡Qué tierno con el rocío!
¡Qué deslumbrante en la feria!
¡Qué tremendo con las últimas
branderillas de tiniebla!


Pero ya duerme sin fin
Ya los musgos y la hierba
abren con dedos seguros
la flor de su calavera.


Y su sangre ya viene cantando:
cantando por marismas y praderas,
resbalando por cuernos ateridos,
vacilando sin alma por la niebla,
tropezando con miles de pezuñas
como una larga, oscura, triste lengua,
para formar un charco de agonía
junto al Gualdalquivir de las estrellas.


¡Oh blanco muro de España!
¡Oh negro toro de pena!
¡Oh sangre dura de Ignacio!
¡Oh ruiseñor de sus venas!


No.
¡Que no quiero verla!
Que no hay cáliz que la contenga,
que no hay golondrinas que se la beban,
no hay escarcha de luz que la enfríe,
no hay canto ni diluvio de azucenas,
no hay cristal que la cubra de plata.
No.
¡¡Yo no quiero verla!!










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***


The spilled blood triangle

A mi querida amiga Encarnación López Júlvez


No, I refuse to see it!


Tell the moon to come -
I refuse to see the blood
of Ignacio on the sand.


No, I refuse to see it!


The moon opened wide


trotting through quiet clouds
and the gray bullring of a dream
with willows at the palings.


No, I refuse to see it!
The remembering burns.
Send word to the jasmine
to bring its tiny whiteness.


No, I refuse to see it.


The cow of this ancient world
was running her dreary tongue
over snoutfuls of blood
spilled across the sand


and the bulls of Guisando,
almost death and nearly stone,
lowed like two centuries
tired of treading earth.


No.
I refuse to see it!

Ignacio mounts the steps,
shouldering his full death.
He looked for daybreak
and daybreak there was none.
He seeks the clean line of his profile
and sleep leads him astray.
He looked for his shapely body
and found his gaping blood.


Don't tell me I have to see it.
I don't want to feel the spurts
slowly subsiding,
the gushes glistening
on the bleachers, spilling
on the corduroy and leather
of bloodthirsty masses.
Who shouts for me to come look?
Don't tell me I have to see it.


His eyes did not shut
when he saw the horns close in
but the terrible mothers
lifted their heads to watch.


And sweeping the herds of cattle
came an air of secret voices
called out to bulls of heaven
by pale ranchers of mist.


No prince ever was in Seville
that could even approach him,
no sword like his sword,
no heart so truly a heart.


Like a river of lions
the marvel of his strength,
and like a marble torso
the contour of his prudence.


An air of Rome's Andalusia
hung golden about his head,
while his loughter was as spikenard-
all intelligence and wit.


What a great fighter inthe ring!
What a good mountaineer on the heights!
How gentle toward ears of grain!
How harsh applying the spurs!
How tender toward the dew!
How dazzling at the fair!
How magnificent when he wielded
the last banderillas of the dark.


But his sleep now is unending.
Now mosses and grass
pry open with practiced fingers
the flower of his skull.
And his blood now courses singing,
sings through salt marshes and meadows,
slides over stone-cold horns,
gropes soulless through the mist,
comes up against thousands of hooves
like some long, dark tongue of sadness,
to end in a pool gasping death
by the Guadalquivir of the stars.


Oh white wall of Spain!
Oh black bull of sorrow!
Oh hardened blood of Ignacio!
Oh nightingale of his veins!


No.
I refuse to see it!
There's no chalice to contain it,
no swallow to drink it up,
no glittering rime to chill it,
no chant, no outpouring of lilies,
no crystal to sheathe it in silver.
No.
I won't look at it, ever!


Translated by A. Trueblood©










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Chef d'oeuvre · Obra · Artwork:   August Puig ©.
Présentation complète sur le site de : Nicolas Pewny©


Les Editions du Choucas ont publié le livre CORRIDA avec les 69 huiles de Puig et les tauromachies de Goya et de Picasso dans leur intégralité. La présentation, la conception, et la traduction en français et en espagnol sont de Nicolas Pewny tous droits reservés
Las Editions du Choucas han publicado el libro CORRIDA con los 69 oleos de Puig y con las Tauromaquias de Goya y Picasso en sus totalidad.
Editions du Choucas has published the book CORRIDA with the 69 Puig's oils and with the tauromachies of Goya and Picasso in their enterity.





Dernière modification de ce document: 26 mai 2004