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Infographie: Bernard Flucha
Bernard cher "parrain" (comme tu t'es nommé un jour quand je t'ai présenté la photo
de ma petite cousine et ma bouille avec)
j'ai envie de t'écrire ce soir, même si tu n'es plus dans ce côté-ci de la vie...
Je ne sais quoi te dire avec les mots de tous écrits noir sur blanc,
c'est plus simple de te parler intéreurement, j'avais envie de te faire
un bonjour, un au revoir ce soir où je me sens triste de ne pouvoir sourire avec toi...
mais de quel côté est la vie, et la mort? il me semble que ton absence est aussi
présence, je dialogue avec toi dans mes lectures, surtout dans gaston bachelard dont
tu avais les oeuvres complètes (je me les procure peu à peu)
je ne sais dans quel temps tu es, toi qui ne croyais pas tout en respectant et
en voulant comprendre la foi des autres...
j'ai toujours du mal à me faire à ton suicide, ce balancement brutal comme un cri
étouffé, cet instant de bascule...
peut-être l'instant d'après, tu serais resté vivant?
Tu vis dans la mémoire de tes amis, tu vis par les infographies et poèmes que
tu as donné, offerts en partage de l'écriture de tes amis et de tes poésies...
le jour de ton enterrement, je n'ai pas laissé de mot sur le livret, pas même
jeté une fleur car tout était trop criant, une boule dans ma gorge m'empêchant
de pleurer, et le soleil insolent éclatait dans le bleu de villefranche-sur-mer...
comme si tu nous faisais une farce, en nous disant "allez, ce soleil, c'est moi qui
vous sourit, je reviens" mais non, tu ne reviendras plus... Ton sourire était
trop doux pour ce monde, pourtant tu lui riais souvent aux éclats à cette vie
qui ne t'a pas laissé tranquille.
Avec le pastis que tu créais, et cette bouteille de rosé roquettant qui
ressemblait à du rouge que tu m'avais offert avant que je ne reprenne l'avion
(elle venait de tes vignes). La terre que tu aimais cultiver, tu as
voulu la rejoindre, et peut-être pousses-tu dans un arbre, fleuris-tu dans le ciel...
Tu dirais non...
Je ne sais pas t'écrire ce temps étrange dans lequel je suis avec toi quand
tu n'es plus là, mais là quand même, ce temps qui n'est plus compté, plus le
temps des humains...
Cet extrait de Bachelard:
"Pour Gaston Paris, la clef de la légende du Petit Poucet-comme de tant de légendes!-
est dans le ciel : c'est le Poucet qui conduit la constellation du Grand Chariot.
En effet, Gaston Paris a noté que dans de nombreux pays, on désigne une petite étoile
qui se trouve au-dessus du chariot, du nom de Poucet.
Nous n'avons pas à suivre toutes les preuves convergentes que le lecteur pourra
trouver dans l'ouvrage de Gaston Paris. Insistons seulement sur une légende suisse
qui va nous donner une belle mesure d'une oreille qui sait rêver. Dans cette légende
rapportée par Gaston Paris, le chariot se renverse à minuit avec un grand fracas.
Une telle légende ne nous apprend-elle pas à écouter la nuit? Le temps de la nuit?
Le temps du ciel étoilé?
Où ai-je lu qu'un ermite qui regardait sans prier son sablier de prière entendit
des bruits qui déchiraient les oreilles? Dans le sablier il entendait soudain
la catastrophe du temps. Le tic-tac de nos montres est si grossier, si mécaniquement
saccadé que nous n'avon plus l'oreille assez fine pour entendre le temps qui coule. "
"la Poétique de l'espace" de Gaston Bachelard
Je t'embrasse d'où que tu sois.
Juliette ton amie
***
Silence trop tard
Pour ceux qui restent et ceux qui partent
Pour Bernard Flucha, mémoire
Partir dans l'entre-deux des rives oubliées
regarde la lueur échappée de tes ombres
quand le trop plein bascule aux sables du passé
quand ta vie va moisir crevée dans les décombres
Reste pour un matin-tendresse d'une main
échappe au poids du monde échappe à ce qui
gronde
quelque part un coeur crie contre la mort qui happe
quelque part l'espoir rythme en creux du nulle part
"Tu laisses un peu de toi"* pousser sur nos
chemins
le regard de tes mots et ton rire à la ronde
dire si peu de toi ton geste qui nous frappe
dire au-delà du dit ce silence trop tard
Egarer tous ses pleurs dans un rêve avorté
recueillir la douleur quand la tête nous sombre
mais toujours avancer quand la terre a glissé
mais toujours respirer quand les vers nous
dénombrent
Juliette Schweisguth (27 octobre 2001)
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