Hommage à Louise Labé
1524-1566


(Français — Anglais —Espagnol)



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Baise m'encor rebaise moy et baise:
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus:
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Louise Labé





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Sonnet XVIII

Baise m'encor, rebaise moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise.


Las, te pleins tu?   ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de I'autre à notre aise.


ors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :


Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.

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Baise m'encor, rebaise-moi et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux :
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.


Las, te plains-tu?   ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereux.
Ainsi mêlant nos baisers tant heureux
Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.


Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :


Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Ce poème est le second de la page 120 (numérotée par erreur 110) des Oeuvres de 1555.

Versification
  • abba-abba-ccd-eed
  • Décasyllabes
  • Rimes masculines : b, c
  • Rimes riches : c, e
Vers 2-3 presque holorimes.  La contradiction parfois relevée entre la sensualité des quatrains et le platonisme des tercets n'est qu'apparente : l'âme et le corps de Louise ne font qu'un.


Comment ne pas entendre ici l'écho du poème V de Catulle?


                 ***


Vivons, ma Lesbie, pour nous aimer,
Et moquons-nous des vains murmures
Des tristes vieillards.
Les soleils peuvent s'éteindre et se rallumer ;
Pour nous, lorsque s'est éteinte la brève lumière,
Il nous faut dormir une nuit éternelle.
Donne-moi mille baisers, puis cent,
Puis mille autres, puis encore cent,
Puis mille autres, puis cent.
Alors, après que nous aurons donné des milliers de baisers,
Brouillons-en le compte, au point de ne plus savoir,
Et que ce compte impossible pour nous comme pour eux
Nous mette hors d'atteinte des jaloux.

Mais on peut penser également au Cantique des Cantiques : "Qu'il me baise des baisers de sa bouche!" (I, 2)


Vers 1 : Contrairement à ce qui est dit dans nombre d'éditions, le verbe "baiser" peut avoir le sens de "faire l'amour" dans la langue du XVIe siècle.  Mais ici il désigne moins l'étreinte amoureuse que le baiser, avec un jeu de mots sous-jacent entre le nom de plume de Louise, Labé, et le latin labia, lèvre.   Le titre d'un poème latin d'hommage à la Belle Cordière fait affleurer ce jeu de mots : De Aloysæ Labææ osculis (Les Baisers de Louise Labé).   Pour la thématique des lèvres, voir les sonnets VI et XIII.


Vers 4 & 6 : "Quatre" (au quatrième vers), plus "dix", cela fait quatorze baisers, soit exatement le nombre de vers d'un sonnet; aimer et écrire sont équivalents; "le plus grand plaisir qui soit apres amour, c'est d'en parler", disait Apollon dans le Débat de Folie et d'Amour.


Vers 12: "Discrettement" peut se traduire aussi par "avec retenue".


Vers 14: Puisque les amants ne font qu'un, l'une ne peut se séparer de l'autre qu'en se séparant d'elle-même.  On retrouve ici le thème pétrarquiste de l'amour qui a pouvoir d'"étranger" (rendre étranger à soi ; faire sortir de soi.   Voir aussi le sonnet XVII.).  Mais Louise détourne cette idée, puisque,  alors que chez Pétrarque l'âme amoureuse ne vit qu'en l'autre, chez elle,  chacun vit en l'aimé ET en soi (vers 10).  Comme souvent, elle ne récuse pas totalement les thèmes pétrarquistes, mais elle joue avec, passant souvent à la limite d'autre chose, qui est l'expression pure de la passion.


Vers 14: La "saillie" est la sortie.  Mais le mot présente deux autres sens à la Renaissance : dans le contexte militaire, "faire saillie", c'est effectuer une sortie très violente pour briser un encerclement; de plus le sens d'accouplement animal est déjà attesté, mais guère pertinent ici.


Référence de l' Analyse

Sonnet XVIII

Kiss me again, kiss, kiss me again;
Give me the tastiest you have to give,
Pay me the lovingest you have to spend:
And I'll return you four, hotter than live


Coals.  Oh, are you sad?  There! I'll ease
The pain with ten more kisses, honey-sweet.
And so kiss into happy kiss will melt,
We'll pleasantly enjoy each other's selves.


Then double life will to us both ensue:
You also live in me, as I in you.
So do not chide me for this play on words


Or keep me staid and stay-at-home, but make me
Go on that journey best of all preferred:
When out of myself, my dearest love, you take me.


Reference: Dorothy Disse's Web Site



Sonnet XVIII

Besame otra vez y vuélveme a besar:
Dame uno de tus besos más sobrosos,
Dame uno de tus besos amorosos,
Cual brasa ardiente cuatro te voy a dar.


¿Te quejas? Ven, que yo calme tu pesar,
Dándote, aún, diez besos deleitosos.
Y mezclando nuestros besos tan dichosos,
Del placer entrambos vamos a gozar.


Cada uno así doble vida tendrá,
Porque en sí y en su amigo vivirá.
Amor, déjame una locura sentir:


Siempre estoy mal replegada así en mi vida,
Y no consigo sentirme complacida,
Si fuera de mí no puedo yo salir.


Traducción: Sonia Mabel Yebara©

***

Sonnet XXIV

Ne reprenez, Dames, si j'ay aymé :
Si j'ay senti mile torches ardentes,
Mile travaus, mile douleurs mordentes:
Si en pleurant, j'ay mon tems consumé,


Las que mon nom n'en soit par vous blamé.
Si j'ay failli, les peines sont presentes,
N'aigrissez point leurs pointes violentes:
Mais estimez qu'Amour, ê point nommé,


Sans votre ardeur d'un Vulcan excuser,
Sans la beauté d'Adonis acuser,
Pourra, s'il veut, plus vous rendre amoureuses : 


En ayant moins que moy d'occasion,
Et plus d'estrange et forte passion.
Et gardez vous d'estre plus malheureuses.



Sonnet XXIV

Ne reprenez, Dames, si j'ai aimé,
Si j'ai senti mille torches ardentes,
Mille travaux, mille douleurs mordantes.
Si, en pleurant, j'ai mon temps consumé,


Las ! que mon nom n'en soit par vous blamé.
Si j'ai failli, les peines sont présentes,
N'aigrissez point leurs pointes violentes :
Mais estimez qu'Amour, à point nommé,


Sans votre ardeur d'un Vulcain excuser,
Sans la beauté d'Adonis accuser,
Pourra, s'il veut, plus vous rendre amoureuses,


En ayant moins que moi d'occasion,
Et plus d'étrange et forte passion.
Et gardez-vous d'être plus malheureuses!

Ce poème est le second de la page 123 des Oeuvres de 1555.


Versification
  • abba-abba-ccd-eed
  • Décasyllabes
  • Rimes masculines : a, c, e
  • Rimes riches : c
  • Même voyelle finale pour l'oreille : a-c
Ce sonnet est bien sûr très proche de l'élégie I, par le thème (tout autre femme rsique d'être entraînée dans la fatalité amoureuse qu'elle pourrait être tentée de fustiger chez Louise) et dans l'expression (l'adresse aux "Dames", néanmoins plus prégnante dans la troisième élégie).


Vers 6: Si j'ai commis une faute.


Vers 8: Il s'agit du dieu Amour de la mythologie grecque.


Vers 9 et 10: Vulcain est réputé pour sa laideur et Adonis pour sa beauté; l'un fut le mari de Vénus, l'autre son amant.  À la Renaissance, "Fourvière" était compris comme "Forum Veneris" :  le lieu de Vénus (le mont de Vénus).   Pour une autre évocation de Vénus, voir le sonnets VI sonnet V


Référence de l' Analyse.

Sonnet XXIV

Do not reproach me, ladies, if I've loved
And felt a thousand torches burn my veins,
A thousand griefs, a thousand biting pains.
If all my days to bitter tears dissolved,


Then, ladies, do not denigrate my name.
If I did wrong, the pain and punishment¸Are now.
Don't file their needles to a point.
Consider: Love is master of the game:


No need of Vulcan to explain your fire,
Nor of Adonis to excuse desire, 
But with less cause than mine, far less occasion,


As the whim takes him, idly he can curse
You with a stranger and a stronger passion.
But 0 take care your suffering's not worse.


English version Educational Web site

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Chef d'oeuvre - Art work: Céline
Référence : analyse des : sonnets de Louise Labé





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Dernière modification de ce document: 5 avril 2004