Louise Labé
1524-1566


(Français — Anglais —Espagnol)



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Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources
et fontaines


Louise Labé





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Sonnet VIII

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J'ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ay grans ennuis entremeslez de joye :


Tout un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.


Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.


Puis quand je croy ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon desiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Sonnet 8

Je vis, je meurs; je brûle et je me noie;
j'ai très chaud tout en souffrant du froid;
la vie m'est et trop douce et trop dure;
j'ai de grands chagrins entremêlés de joie.


Je ris et je pleure au même moment,
et dans mon plaisir je souffre maintes graves tortures;
mon bonheur s'en va, et pour toujours il dure;
du même mouvement je sèche et je verdoie.


Ainsi Amour me mène de manière erratique;
et quand je pense être au comble de la souffrance,
soudain je me trouve hors de peine.


puis quand je crois que ma joie est assurée
et que je suis au plus haut du bonheur auquel j'aspire,
il me remet en mon malheur précédent.

Ce poème est le second de la page 115 des «Oeuvres» de 1555.

Versification
  • abba-abba-cdc-cdd
  • Décasyllabes
  • Rimes masculines : d
  • Rimes riches : b
Le sonnet développe des antithèses pétrarquistes traditionnelles. Cependant Louise Labé les place le long de l'axe du temps,  en une alternance paroxystique, en particulier dans les tercets,  alors que Pétrarque les fait coexister dans le même instant.   Par ailleurs, le texte de Louise offre une grande variété en ce qui concerne les modes d'articulation : la parataxe ("Je vis, je meurs", vers 1),  la coordination ("je me brule et me noye", vers 1, le "et" pouvant exprimer aussi bien la succession que la simultanéité), le gérondif ("J'ay chaut estreme en endurant froidure", vers 2), et la subordination ("quand je pense avoir plus de douleur, /Sans y penser je me treuve hors de peine.",  vers 10-11).


Sur le plan des sonorités, notez par exemple les allitérations en [m] du vers 9 ("Amour inconstamment me mène"), et le fait que le premier hémistiche rime avec le dernier vers (circularité).


La structure très travaillée de ce texte, à tous les niveaux, impose l'idée d'un ordre dans le désordre, peut-être d'une harmonie au sein du chaos de la passion (l'écriture?).


Vers 3: "Vie" compte pour deux syllabes.


Vers 6: "Grief" compte pour une seule syllabe.


Vers 6: Nous avons également rencontré la traduction suivante (qui nous a peu convaincus) : J'endure plusieurs tortures douloureuses qui prennent la forme d'un plaisir.


Vers 11: Le "h" de "hors" n'est pas "aspiré".  Il faut lire "treuve (h)ors" en deux syllabes.


Vers 13: "On ne peut disconvenir que dans ce sonnet si beau, mon désiré heur pour bonheur ne soit bien dur et heurté. Louïse a beau faire, elle se ressent un peu de son maître lyonnais, Maurice Scève, le plus obscur et le plus âpre des rimeurs de son temps." (Sainte-Beuve)


Vers 4: Le jeu des antithèses atteint son paroxysme dans la rime finale "heur/malheur".

Référence de l'analyse.

Sonnet VIII

I live and die; drowning I burn to death,
Seared by the ice and frozen by the fire;
Life is as hard as iron, as soft as breath;
My joy and trouble dance on the same wire.


In the same sudden breath I laugh and weep,
My torment pleasure where my pleasure grieves;
My treasure's lost which I for all time keep,
At once I wither and put out new leaves.


Thus constant Love is my inconstant guide;
And when I am to pain's refinement brought,
Beyond all hope, he grants me a reprieve.


And when I think joy cannot be denied,
And scaled the peak of happiness I sought,
He casts me down into my former grief.


English translation from: English.uiuc.education

***

Sonnet XIV

Tant que mes yeux pourront larmes espandre,
A l'heur passé avec toy regretter :
Et qu'aus sanglots et soupirs resister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre :


Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignart Lut, pour tes graces chanter :
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toy comprendre :


Je ne souhaitte encore point mourir.
Mais quand mes yeus je sentiray tarir,
Ma voix cassee, et ma main impuissante,


Et mon esprit en ce mortel sejour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante :
Prirey la Mort noircir mon plus cler jour.



Sonnet XIV

Tant que mes yeux pourront répandre des larmes,
en regrettant notre bonheur passé :
et que ma voix pourra résister aux larmes
et aux sanglots, et un peu se faire entendre :


Tant que ma main pourra tendre les cordes
du luth mignon, pour chanter tes grâces :
tant que mon esprit voudra se contenter
de ne rien vouloir sauf te contenir :


je ne souhaite pas encore mourir.
mais quand je sentirai que mes yeux tarissent,
que ma voix se casse, et que ma main est impuissante,


et que mon esprit en ce mortel séjour
ne peut plus montrer qu'il aime :
Je prierai la Mort de noircir mon jour le plus clair.

Ce poème est le second de la page 118 des «Oeuvres» de 1555.


Versification
  • abba-abba-ccd-ede
  • Décasyllabes
  • Rimes masculines : b, c, e
  • Rimes riches : c, e
Vers des éléments d'explication de ce texte

Sonnet XIV

While I have tears that start into my eyes
At memories of joys that we have known
And while my voice, still master of its own
Is not yet choked with sobbing and with sighs


While still my hand has cunning to devise
A lover's cadence to the lute's soft tone
And while in understanding you alone
I no more wisdom need to make me wise


How could I wish, as yet, that I were dead?
Yet when these eyes have no more tears to shed
My voice is cracked, these hands have lost their art


And when no longer can my earthbound heart
Declare itself a lover, then I'll pray
For Death to blacken out my brightest day.


English translation by John Julius Norwich With the help of Tony Walton

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Chef d'oeuvre - Art work: Céline
Référence : analyse des : sonnets de Louise Labé





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Dernière modification de ce document: 5 avril 2004