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Jordi VIRALLONGA (Barcelona, 1955) es catedrático de Escuela Universitaria de literatura
española en la Universidad de Barcelona y presidente del Aula de Poesía de Barcelona.
Especialista en poesía contemporánea, publica regularmente artículos literarios,
así como traducciones del italiano, del portugués, del francés y del catalán.
Algunas de sus obras poéticas son: Saberte (Ed. Laertes, Barcelona, 1981),
Perímetro de un día (Ed. Laertes, Barcelona, 1986), El perfil de los pacíficos
(Libertarias/Prodhufi, Madrid, 1996), Crónicas de Usura (Plaza&Janés, 2000),
Los poemas de Turín (Lumen, 2001), y una antología de su obra Llevarte el día a casa
(Ayuntamiento de Málaga, 2000).
1.de Crónicas de Usura,1995
Como un beso fugaz
Te puedo dar recuerdos y una casa blanca
para cuando lleguen las tormentas;
cosas de que hablar
cuando vuelvan tus amigos
o por si necesitas otra vida breve
que reconstruirte con las manos.
Puedo guardar tu sueño,
sacar las cartas y jugar contigo
o pensar que te has ido de viaje y me pediste
que regara las plantas y vigilara el piso;
todo menos permitirme bajar a la playa
esta tarde infinita de invierno.
Con un beso fugaz, como la muerte
al abrir el armario de las medicinas,
te fuiste con el frío al clarear,
mas lo cierto es que aquí donde te espero,
en este lugar donde habita
un modo insospechado de quererte,
nadie más respiró a tierra mojada, a cielo limpio,
a ríos e inviernos con fondos de arena;
a viento, y a mar y a viento
que todo se llevan.
***
Desiderátum
Recházame si quieres,
por mis ojos adivinas
que esa ansia incontrolada de tenerte
no me ha hecho, como dicen, más maduro;
pero esa negativa infinita,
esa fuerza malgastada, nunca vuelve
ni da en cuerpo alguno:
se pierde así el agua entre los dientes,
como luz de una linterna al mediodía;
como una a sí mismo cuando ama.
Mas tampoco los dioses se ocuparon de ellos mismos:
crearon sin crearse,
hicieron sin hacernos, sin odio ni ternura,
pues ésta no se da entre los dioses;
la ternura, si hay suerte, te la encuentras
por las calles, los bares o algún día
en casa cuando crees que ya nada,
ni un niño ni la sal nos alimentan.
Por qué entonces no llegamos a un acuerdo:
yo admito haber sido un desgraciado
y tú sales de esa foto y me prestas
la risa de aquel martes y tu cuerpo;
y déjame tu muerte, mi animal herido,
y aquel cinismo indiferente, recuerda,
para tanta depresión que se avecina.
***
He ido a por palabraas al mercado
He ido a por palabras al mercado,
a que me digan: ¡hola rubio, míralo
qué guapo va! ¿has ido al peluquero?,
cuánto tiempo sin verte, ¿dónde estabas?,
¿y los niños?, habrán crecido mucho.
¿Y tu esposa, qué dice tu mujer,
ya te deja venir solo al mercado?
Si fuera yo no te quitaba ojo,
pero ojito lo que haces que la llamo.
Se murió, iba a decirle,
pero preferí comprarle huevos,
medio pollo y un conejo.
La vida sorprendentemente es dulce
cuando pasa en los cuentos, en la cama,
en el guiño de mis hijos al decirme que estoy feo
o en las noches que no cierran bruscamente la ventana.
***
He probado a huir
He probado a huir
y lo cierto es que ha dado resultado:
me permite ternura, riesgo ocasional,
no seguirte cruzando el comedor,
besarte en cualquier lado, en todas partes,
sentarme en las sillas sin ropa amontonada por planchar
y un poco de tiempo hasta que lleguen
los monstruos, los vencidos, tus fantasmas.
***
Como saliva de haber sido
Nos faltan brazos y palabras,
horizontales noches de las que sabemos poco todavía,
y saber que entre la muerte
y la prisa de la niebla al desvaírse
ha de quedar algún recuerdo consistente de haber sido.
Te escribo ahora porque sé que mañana
nunca acabaría todo esto
que se tiende sobre ti porque es saliva.
Observa la luz desde el balcón
y ve la niebla abatida en esta casa
donde entre sábanas prolongo la última palabra sabia:
tornavoz inútil de este punto donde habita
una fugaz febril memoria de amor y ceniza.
Jordi VIRALLONGA
Jordi VIRALLONGA (Barcelona, 1955) est professeur d’Ecole Universitaire de
l’Université de Barcelone où il enseigne la littérature espagnole. Il est
président de l’Aula de Poesia de Barcelona. Spécialiste de poésie contemporaine,
il publie régulièrement des articles littéraires ainsi que des traductions de l’italien,
du portugais, du français et du catalan. Certaines de ses oeuvres sont: Te savoir
(Ed. Laertes, Barcelone, 1981), Périmètre d’un jour (Ed. Laertes, Barcelone, 1986),
Le profil des pacifiques (Libertarias/Prodhufi, Madrid, 1996), Chroniques d’usure
((Plaza&Janés, 2000), Les poèmes de Turin (Lumen, 2001), et une anthologie se son
oeuvre, Emporter le jour chez soi (Ayuntamiento de Málaga, 2000).
***
Comme un baiser fugace
Je peux te donner des souvenirs et une maison blanche
En attendant la venue des tempêtes;
Des choses pour en parler
Avec tes amis dès leur retour
Ou si tu as besoin d’une autre vie brève
À reconstruire à la force des mains.
Je peux garder ton rêve,
Sortir les cartes et jouer avec toi
Ou penser que tu es partie en voyage et que tu m’as demandé
D’arroser les plantes et de surveiller l’appartement;
Tout sauf me permettre de descendre à la plage
Cet après-midi infini d’hiver.
Avec un baiser fugace, comme la mort
En ouvrant l’armoire des médicaments,
Tu es partie dès l’aube avec le froid,
Mais vois-tu ici d’où je t’attends,
En cet endroit où habite
Une façon impensable de t’aimer,
Personne d’autre n’a senti la terre mouillée, le ciel limpide,
Les rivières et les hivers aux fonds de sable;
Le vent, et la mer et le vent
Qui emportent tout.
***
Desideratum
Refuse-moi si tu le souhaites,
Dans mes yeux tu devines
Que cette envie incontrôlable de toi
Ne m’a pas, comme on le dit, rendu plus mûr;
Mais cet infini refus,
Cette dépense de force, ne revient jamais
Ni ne trouve aucun corps:
Ainsi se perd l’eau entre les dents,
Comme la lumière d’une lanterne à midi;
Comme à soi-même celui qui aime.
Mais ni les dieux ne se sont occupés d’eux-mêmes:
Ils ont créé sans se créer,
Ils ont fait sans nous faire, sans haine ni tendresse,
Puisqu’elle n’est pas de mise entre les dieux;
La tendresse, avec un peu de chance, on la rencontre
Dans les rues, les bars ou alors un jour
Chez soi quand l’on croit que plus rien,
Ni un enfant ni le sel ne nous alimentent.
Alors pourquoi ne pas parvenir à un accord:
J’admets avoir été un pauvre type
Et toi tu sors de cette photo et tu me laisses
Le rire de ce mardi et ton corps;
Et laisse-moi ta mort, mon animal blessé,
Et ce cynisme indifférent, souviens-toi,
Pour cette grande dépression qui va venir.
***
Je suis allé chercher des mots au marché
Je suis allé chercher des mots au marché,
Pour qu’on me dise: bonjour beau blond,
Comme il est bien fichu! Tu es allé chez le coiffeur?,
Combien de temps sans te voir, où étais-tu?,
Et les enfants? Ils doivent être bien grands.
Et ton épouse, que dit-elle ta femme,
Elle te laisse venir seul au marché?
Si j’étais elle je ne te perdrais pas des yeux,
Mais gare à ce que tu fais ou je l’appelle.
Elle est morte, j’allais lui dire,
Mais j’ai préféré lui acheter des oeufs,
Un demi poulet et un lapin.
La vie est étonnamment douce
Quand tout passe comme si le temps ne passait pas
Comme il passe dans les contes, dans le lit,
Dans le clin d’oeil de mes enfants quand ils me disent que je suis laid
Ou dans les nuits qui ne ferment pas brusquement la fenêtre.
***
J’ai tenté de fuir
J’ai tenté de fuir,
Et j’y suis vraiment parvenu:
Cela me permet de la tendresse, du risque à certains moments,
Ne pas te suivre en traversant la salle à manger,
T’embrasser n’importe où, un peu partout,
M’asseoir sur les chaises vides de linge à repasser
Et un peu de temps jusqu’à l’arrivée
Des monstres, des vaincus, tes fantômes.
***
Comme salive d'avoir été
Il nous manque des bras et des mots,
Des nuits horizontales dont on ne sait pratiquement rien,
Et savoir qu’entre la mort
Et l’empressement du brouillard qui fuit
Il doit rester un souvenir ferme d’avoir été.
Je t’écris maintenant car je sais que demain
Jamais je ne pourrais terminer tout cela
Qui s’étend sur toi comme de la salive.
Observe la lumière du balcon
Et regarde le brouillard abattu dans cette maison
Où entre les draps je prolonge le dernier mot savant:
Abat-voix inutile de ce point où habite
Une fébrile mémoire fugace d’amour et de cendres.
Jordi VIRALLONGA
Présentation et traduction française des poèmes par: Ricard Ripoll i Villanueva©
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