Les premiers dieux — Terre et Ciel — Les Titans
Les Cent-Bras
Pour Briarée, Cottos, Gyès. du jour où d'eux leur père eut pris ombrage, il les
lia d'un lien puissant, jaloux de leur force sans pareille, de leur stature, de
leur taille, etil les relégua sous la terre aux larges routes. C'est là qu'en proie
à la douleur dans leur demeure souterraine, ils gîtaient au bout du monde, aux
limites de la vaste terre, depuis longtemps affligés, porant un deuil terrible
au coeur. Mais le fils de Cronos et les autres dieux immortels qu'avait enfantés
de l'amour de Cronos, Rhéia aux beaux cheveux, sur les conseils de Terre, les
ramenèrent au jour. Car Terre leur avait tout dit expressément : c'étaient là
ceux par qui ils obtiendraient le succès et un renom éclatant. Depuis de longs
jours déjà, peinant douloureusement, ils combattaient les uns contre les autres
au cours des mêlées puissantes, les dieux Titans et les fils de Cronos, établis,
les uns — les Titans altiers — sur le haut de l'Othrys, les autres, sur
l'Olympe &dash les dieux auteurs de tous bienfaits, qu'avait enfantés Rhéia aux
beaux cheveux unie à Cronos. Les uns contre les autres, un courroux douloureux
au coeur, sans répit, ils combattaient depuis dix années pleines, et nul dénoûment,
nul terme à la rude lutte n'apparaissait à aucun des deux partis ; pour tous
également la fin de la guerre restait en suspens. Mais quand à
ceux-là
les dieux eurent offert ce qui était séant, le nectar
et
l'ambroisie , dont ils sont seuls à
goûter, dans leur poitrine à tous se gonfla
leur coeur valeureux. Le père des
dieux et ds hommes leur tint alors ce langage : [ Prêtez-moi l'oreille,
radieux enfants de Terre et de Ciel, pour qu'ici je vous dise ce qu'en ma poitrine
me dicte mon coeur. Il y a de longs jours déjà que, les uns contre les autres,
pour le succès et la victoire, nous combattons chaque jour, les dieux Titans et
nous, les enfants de Cronos. A vous de révéler ici, face aux Titans, votre force
terrible et vos bras invincibles dans l'atroce bataille. Songez à faire preuve de
loyale amitié, vous qui devez à notre seul vouloir le bienfait de revoir le jour,
libres d'un lien cruel au fond des brumes ténébreuses. ]
Ainsi parlait-il, et Cottos, le héros accompli, à son tour répliquait : [
Las ! seigneur, tu ne nous révèles rien dont nous ne soyons instruits. Nous savons
bien que tu l'emportes par le sens et par l'esprit : tu as des Immortels écarté
le mal frissonnant. Grâce à ta sagesse, du fond des brumes ténébreuses, libres de
liens incléments, nous sommes revenus ici, seigneur, fils de Cronos, par un bienfait
inespéré. C'est pourquoi, d'un coeur inflexible, de tout notre sage vouloir, nous
lutterons pour votre victoire, dans la redoutable rencontre, en combattant les
Titans au cours des mêlées puissantes ].
Ainsi parlait-il, et les dieux auteurs de tous bienfaits applaudirent à ses paroles.
Leur coeur plus que jamais avait soif de guerre ; et tous, dieux et déesses, en ce
jour éveillèrent un horrible combat — tous, les dieux Titans, et les fils de
Cronos, et ceux qu'avait ramenés Zeus de l'Érèbe souterrain au jour, terribles et
puissants, doués de force sans pareille. Ils avaient chacun cent bras, qui
jaillissaient, terribles, de leurs épaules, ainsi que cinquante têtes, attachées
près de l'épaule à
leurs corps vigoureux .
Et lors ils se dressèrent en face des Titans dans l'atroce bataille, tenant des
rocs abrupts dans leurs mains vigoureuses. Les Titans, à leur tour, avec entrain
raffermissaient leurs rangs, et des deux côtés on montrait ce que peuvent la force
et les bras. Terriblement, à l'entour, grondait la mer infinie. La terre soudain
mugit à grande voix, et le vaste ciel, ébranlé, lui répondait en gémissant. Le
haut Olympe chancelait sur sa base à l'élan des Immortels. Un lourd tremblement
parvenait jusqu'au Tartare brumeux, mêlé à l'immense fracas de pas lancés dans une
ruée indicible, ainsi que de puissants jets d'armes. Ils allaient ainsi se lançant
des traits chargés de sanglots, et, des deux côtés, les voix en s'appelant montaient
jusqu'au ciel étoilé, tandis que tous se heurtaient en un tumulte effrayant.
[Et Zeus lui-même cessait alors de retenir sa fougue; et, la fougue aussitôt
emplissant son âme, il déployait sa force tout entière. A son tour, il venait du
ciel et de l'Olympe, lançant l'éclair sans répit, et, de sa main vigoureuse, les
carreaux de la foudre volaient accompagnés de tonnerre et d'éclairs, faisant
tournoyer la flamme divine, précipitant leurs coups. Et, tout autour, le sol, source
de vie, crépitait, en feu ; et, en proie, à la flamme, les bois immenses criaient
à grande voix. La terre bouillait toute, et les flots d'Océan, et la mer inféconde.
Un souffle brûlant enveloppait les Titans
fils du sol
, tandis que la flamme montait, immense, vers la nue divine, et qu'en dépit de leur
force, ils sentaient leurs yeux aveuglés, quand flamboyait l'éclat de la foudre et
de l'éclair. Une prodigieuse ardeur pénétrait l'abîme. Le spectacle aux yeux, le
son aux oreilles était pareils à ceux que feraient, en se rencontrant, la terre et
le ciel épandu. Le bruit ne serait pas plus fort, si, l'une s'écroulant, l'autre
s'écroulant sur elle : tant était terrible celui des dieux se heurtnt au combat !
Et les vents, se mettant de la partie, faisaient vibrer le sol ébranlé, la poussière
soulevé, le tonnerre, l'éclair, la foudre flamboyante, armes du grand Zeus, et
allaient porter les cris et les défis entre les fronts opposés. Un fracas effrayant
sortait de l'épouvantable lutte, où se révélaient de puissants exploits. Alors, le
combat déclina ; jusque-là, les uns contre les autres, tous obstinément, sans faiblir,
luttaient dans des mêlées puissantes].
Mais au premier rang Cottos, Briarée, Gyès, insatiables de guerre, éveillèrent un
âpre combat ; et c'étaient trois cents pierres que leurs bras vigoureux envoyaient
coup sur coup. Sous des masses sombres de traits ils écrasèrent les Titans; puis
ils des dépêchèrent sous la terre aux larges routes, et là, ils lièrent de liens
douloureux les orgeuilleux qu'avaient vaincus leurs bras, aussi loin désormais au-
dessous
de la terre
que le ciel l'est au dessus
une enclume d'airain tomberait du ciel durant neuf jours et neuf nuits, avant
d'atteindre le dixième jour à la terre ;
et, de même, une enclume d'airain tomberait de la terre durant neuf jours et neuf
nuits, avant d'atteindre le dixième jour au
Tartare .
Autour de ce lieu court un mur d'airain.
Un triple rang d'ombre en ceint la bouche étroite. Au-dessus ont poussé les racines
de la terre et de la mer inféconde
C'est là que les Titans sont cachés dans
l'ombre brumeuse
, par le vouloir de Zeus,
assembleur de nuées. Ils ne peuvent sortir :
Poseidon a sur eux clos des portes d'airain, le rempart s'étend de tous les côtés ;
là enfin habitent Gyès, Cottos, Briarée au grand coeur, gardiens fidèles, au nom
de Zeus qui tient l'égide.
[Là sont, côte à côte, les sources,
les extrémités de tout, de la terre noire et
du Tartare brumeux, de la mer inféconde et du ciel étoilé,
lieux affreux et moisis ,
qui font horreur aux dieux, abîme immense dont on n'atteindrait pas le fond, une
année entière se fût-elle écoulée depuis qu'on en aurait passé les portes :
bourrasque sur bourrasque vous emporterait, cruelle, tantôt ici, tanôt là, prodige
effrayant, même pour les dieux immortels. Là se dresse l'effrayante demeure de
l'infernale Nuit, qu'enveloppent de sombres nuées.]
[Devant cette
demeure
, le fils de Japet,
debout, soutient le vaste ciel de sa tête et de ses bras infatigables, sans faiblir.
C'est là que Nuit et Lumière du Jour se rencontrent et se saluent, en franchissant
le vase seuil d'airain. L'une va descendre et rentrer à l'heure même où l'autre sort,
et jamais la demeure ne les enferme toutes les deux à la fois ; mais toujours l'une
est au dehors, parcourant la terre, tandis que, gardant la maison à son tour, l'autre
attend que vienne pour elle l'heure du départ. L'une tient en mains pour les hommes
la lumière qui luit à d'innombrables yeux ; l'autre porte en ses bras Sommeil,
frère de Trépas : c'est la pernicieuse Nuit, enveloppe d'une nuage de brume.]
[Là s'élève en face de l'arrivant, la demeure sonore du dieu des enfers, le
puissant Hadès, et Perséphone la redoutable. Un chien terrible en garde l'approche,
implacable et plein de méchante ruse : ceux qui entrent, ils les flatte à la fois
de la queue et des oreilles ; mais ensuite il leur interdit le retour et, sans
cesse à l'affût, il dévore tous ceux qu'il surprend sortant des portes.]
[Là réside une déesse odieuse aux Immortels, la terrible Styx,
fille aînée
d'Océan ,
le fleuve qui va coulant vers sa source .
Elle habite, loin des dieux, une illustre demeure que couronnent des rocs élevés
et que de tous côtés des colonnes d'argent dressent vers le ciel. La fille de
Thaumas, Iris aux pireds rapides, y vient rarement, sur le large dos de la mer,
signifier un message : il faut qu'une querelle, un discord se soit élevé parmi les
Immortels. Alors, pour savoir qui ment parmi les habitants de l'Olympe, Zeus envoie
Iris chercher en ce lointain séjour [ le grand serment des dieux ], Dans
une aiguière d'or elle rapporte l'eau au vaste renom, qui tombe,glacée, d'un rocher
abrupt et haut. C'est un bras d'Océan, qui, du fleuve sacré, sous la terre aux larges
routes, ainsi coule, abondant, à travers la nuit noire. Il représente la dixième
partie des eaux d'Océan. Avec les neufs autres, en tourbillons d'argent, Océan
s'enroule autour de la terre et du large dos de la mer, avant d'aller se perdre
dans l'onde salée. Celle-là vient seule déboucher ici du haut d'un rocher, fléau
redouté des dieux. Quiconque, parmi les Immortels, maîtres des cimes de l'Olympe
neigeux, répand cette eau pour appuyer un parjure, reste gisant sans souffle une
année entière. Jamais plus il n'approche de ses lèvres, pour s'en nourrir, l'ambroisie
ni le nectar. Il reste gisant sans haleine et sans voix sur un lit de tapis : une
torpeur cruelle l'enveloppe. Quand le mal prend fin, au bout d'une grande année,
une série d'épreuves plus dures encore l'attend. Pendant neuf années il est tenu
loin des dieux toujours vivants, il ne se mêle ni à leurs conseils ni à leurs
banquets durant neuf années pleines ; ce n'est qu'à la dixième qu'il revient
prendre part aux propos des Immortels, maîtres du palais de l'Olympe : si grave
est le serment dont les dieux ont pris pour garantie l'eau éternelle et antique de
Styx, qui court à travers un pays rocheux.]
[Là sont côte à côte,
les sources , les
extrémités de tout, de la terre noire et du Tartare brumeux, de la mer inféconde
et du ciel étoilé, lieux affreux et moisis, qui font horreur aux dieux. Là sont des
portes resplendissantes, ainsi qu'un seuil d'airan, inébranlable, appuyé sur des
racines sans fin, taillé par la nature. C'est devant ce seuil, loin de tous les
dieux, qu'habitent les Titans, au delà de l'abîme brumeux, tandis que les illustres
auxilaires de Zeus retentissant ont leur demeure au-dessous du
lit d'Océan
— Cottos et Gyès du moins ;
pour Briarée à raison de sa bravoure, l'Ébranleur de la terre aux lourds grondements
en a fait son gendre, en lui donnant pour épouse sa fille Cymopolée.]
[Mais lorsque Zeus du ciel eut chassé les Titans, l'énorme Terre enfanta un
dernier fils, Typhée, de l'amour du Tartare, par la grâce d'Aphrodite d'or. Ses
bras sont faits pour des oeuvres de force, et jamais ne se lassent ses pieds de
dieu puissant. De ses épaules sortaient cent têtes de serpent, d'effroyable
dragon, dardant des langues noirâtres ; et des yeux éclairant ces prodigieuses
têtes jaillissait, par-dessous les sourcils, une
lueur de
feu
; et des voix s'élévaient de
toutes ces têtes terribles, faisant entendre mille accents d'une indicible horreur.
Tantôt, c'étaient des sons que les dieux seuls comprennent ; tantôt la voix d'un
taureau rougissant, bête altière, à la fougue indomptable, tantôt celle d'un lion
au coeur sans merci ; tantôt des cris pareils à ceux des jeunes chiens, étonnants
à ouïr ; tantôt un sifflement, que prolongeait l'écho des hautes montagnes.
Alors une oeuvre sans remède se fût accomplie en ce jour ; alors Typhée eût été
roi des mortels et des Immortels, si le père des cieux et des hommes de son oeil
perçant soudain ne l'eût vu. Il tonna sec et fort, et la terre à l'entour
retentit d'un horrible fracas, et le vaste ciel au-dessus d'elle et la mer, et
les flots d'Océan, et le Tartare souterrain, tandis que vacillait le grand Olympe
sous les pieds immortels de son seigneur partant en guerre, et que le sol lui
répondait en gémissant. Une ardeur régnait sur la mer aux eaux sombres,
allumée à la fois par les deux adversaires, par le
tonnerre et l'éclair comme par le feu jaillissant du monstre, par les vents
furieux autant que par la
foudre flamboyante
. La terre bouillait toute, et le
ciel, et la mer. De tous côtés, de hautes vagues se ruaient vers le rivage à
l'élan des Immortels. Un tremblement incoercible commençait : Hadès frémissait,
le souverain des morts dans les enfers, et aussi les Titans, dans le fond du
Tartare autour de Cronos, ébranlés par l'incoercible fracas et la funeste
rencontre. Et Zeus, rassemblant sa fougue et saisissant ses armes, tonnerre,
éclair et foudre flamboyante, se dressa du haut de l'Olympe et frappa ; et il
embrasa d'un seul coup à la ronde les prodigieuses têtes du monstre effroyable ;
et, dompté par le coup dont il l'avait cinglé, Typhée, mutilé, s'écroula tandis
que gémissait l'énorme Terre. Maid, du seigneur foudroyé, la flamme rejaillit,
au fond des âpres et
noirs vallons
de la montagne qui l'avait vu tomber. Sur un immense espace brûlait là l'énorme
terre, exhalant une vapeur prodigieuse ; elle fondait, tout comme fond l'étain,
que l'art des jeunes hommes recueille au-dessous du creuset troué où ils l'ont
fait chauffer, ou comme le fer le plus résistant, quand, aux vallons de la
montagne, le feu dévorant en a fait sa proie, dans le
sol divin
, sous l'action d'Héphaistos :
ainsi fondait la terre sous l'éclat du feu flamboyant. Et Zeus, l'âme en
courroux, jeta
Typhée
dans le vaste Tartare.
De Typhée sortent les vents fougueux au
souffle humide, sauf Notos et Borée et Zéphyr le rapide : ceux-là sont nés des
dieux et pour les mortels sont un grand bienfait. Les autres, sur la mer,
soufflent à l'étourdie. Ce sont eux qui s'abattent sur le large brumeux, au grand
dam des mortels, pour y sévir en cruelle tourmente. Ils vont soufflant, tantôt
ici, tanôt là, dispersant les nefs, perdant les équipages, et contre tel fléau
il n'est point de recours, lorsqu'on se heurte à lui en mer. D'autres aussi, sur
la terre infinie que parent les fleurs, perdent les riantes moissons des hommes
nés sur ce sol, en les noyant dans la poussière et dans un pénible gâchis.]
Et, lorsque les dieux bienheureux eurent achevé leur tâche et réglé par la force
leur conflit d'honneurs avec les Titans, sur les conseils de Terre, ils pressèrent
Zeus l'Olympien au large regard deprendre le pouvoir et le trône des Immortels,
et ce fut Zeus qui leur répartit leurs honneurs.
La descendance des Olympiens
Et Zeus, le roi des dieux, pour épouse d'abord pris
Prudence ,
qui sait plus de choses que tout dieu ou homme mortel. Mais, au moment où elle allait
enfanter Athéné, la déesse aux yeux pers, trompant traîtreusement son coeur par des
mots caressants, Zeus l'engloutit dans ses entrailles, sur les conseils de Terre et
de Ciel Étoilé. tous deux l'avaient conseillé de la sorte, pour que l'honneur royal
n'appartint jamais à autre qu'à Zeus parmi les dieux toujours vivants. De Prudence en
effet le destin voulait que des enfants sortissent sages entre tous — et la
vierge aux yeux pers, d'abord, Tritogénie, qui de fougue et de sage vouloir à part
égale avec son père. Mais Prudence devait enfanter ensuite un fils au coeur violent
qui eût été
roi des hommes et des dieux , si
Zeus auparavant ne l'eût engloutie au fond de ses entrailles, afin que la déesse
toujours lui fit connaître ce qui lui serait soit heur ou malheur.
Ensuite il épousa la brillante Équité, qui fut mère des Heures — Discipline,
Justice et Paix la florissante, qui veillent sur les champs des hommes mortels —
et des Parques, à qui le prudent Zeus a accordé le plus haut privilège, Clothô,
Lachésis, Atropos, qui, seules, aux hommes mortels donnent soit heur ou malheur.
Eurynomé, fille d'Océan, à la séduisante beauté, lui enfanta trois filles, les
Grâces aux belles joues, Aglaé, Euphrosyne et l'aimable
Thalie .
Il entra au lit de Déméter la nourricière, qui lui enfanta Perséphone aux bras blancs.
Aïdôneus la ravit à sa mère, et le prudent Zeus la lui accorda.
Il aima encore Mnémosyne aux beaux cheveux, et c'est d'elle que lui naquirent les
neuf Muses au bandeau d'or, qui se plaisent aux fêtes et à la joie du chant.
Létô enfanta Apollon et l'archère Artémis, enfants ravissants entre les petits-fils
de Ciel, après avoir connu entre ses bras l'amour de Zeus qui tient l'égide.
Il fit enfin d'Héra sa dernière et florissante épouse ; et elle lui enfantait Hébé,
Arès, Hithye, unie d'amour au roi des hommes et des dieux.
Et, tout seul, de son front, il donna le jour à Tritogénie aux yeux pers, éveilleuse
terrible de tumulte, infatigable conductrice d'armées, auguste déesse qui se plaît
aux clameurs, aux guerres, aux combats. Héra, elle, enfantait l'illustre Héphaistos,
— sans union d'amour, par colère et défi lancé à son époux, — Héphaistos,
le plus industrieux des petits-fils de Ciel.
D'Amphitrite et du retentissant
Ébranleur du sol
maquit le grand Triton aux vastes forces, qui, au fond des ondes marines, près de
sa mère et de son noble père, habite un palais d'or — divinité terrible —
cependant qu'à Arès le Pourfendeur Cythérée donnait pour filles Déroute et
Panique, qui, terribles, bousculent les bataillons compacts des guerriers dans la
guerre frissonnante, avec l'aide d'Arès destructeur, et aussi Harmonie, que
l'ardent Cadmos se donna pour épouse.
A Zeus encore, Maïa, fille d'Atlas, enfanta l'illustre Hermès, héraut des dieux,
montée avec lui dans son lit sacré.
Sémélé,fille de Cadmos, à lui unie d'amour, lui donna un fils illustre, Dionysos,
riche en joies, Immortel né d'une mortelle. Aujourd'hui tous deux sont dieux.
Alcmène enfin devenait mère du robuste Héraclès, unie d'amour à Zeus assembleur
de nuées.
Et Héphaistos, l'illustre Boiteux, prit Aglaé, la plus jeune des Grâces, pour sa
florissante épouse ; tandis que Dionysos aux cheveux d'or pour florissante épouse
prit la blonde Ariane, la fille de Minos, que le fils de Cronos a soustraite à
jamais à la mort et à la vieillesse.
Et ce fut Hébé,fille du grand Zeus et d'Héra aux brodequins d'or, que le vaillant
fils d'Alcmène aux fines chevilles, le puissant Héraclès, ayant achevé ses gémissants
travaux, se donna pour chaste épouse dans l'Olympe neigeux — héros bienheureux,
qui, sa grande tâche accomplie, habite chez les Immortels, soustrait au malheur et
à la vieillesse pour les siècles à venir.
Et, à l'infatigable
Soleil
, Perséis,
l'illustre Océanine, enfanta Circé et le roi Aiétès. Et Aiétès, fils de Soleil,
qui éclaire les hommes, par le vouloir des dieux, épousa la fille d'Océan, le
fleuve parfait, Idye aux belles joues, qui lui donna pour fille Médée aux jolies
chevilles, dompée sous sa loi amoureuse par la grâce d'Aphrodite d'or.
Salut donc à vous, habitants de l'Olympe ; à vous aussi,îles et continents, ainsi
qu'aux flots marins entre vous épandus.
[Et maintenant chantez, Muses Olympiennes au délicieux langage, filles de Zeus
qui tient l'égide, chantez donc les déesses, les Immortelles entrées au lit
d'hommes mortels, qui leur ont enfanté des fils pareils aux dieux.
Déméter, divine entre les déesses, donna le jour à Ploutos, unie d'amour charmant
au héros Jasion, dans une jachère trois fois retournée, au gras pays de Crète ;
et Ploutos, bienfaisant, va parcourant toute la terre et le vaste dos de la mer, et
du premier passant aux bras de qui il tombe il fait un riche et lui octroie large
opulence.
A Cadmos la fille d'Aphrodite d'or, Harmonie, donna pour enfants Inô, Sémélé,
Agavé aux belles joues, Autonoé, épouse d'Aristée à l'épaisse crinière, Polydore
enfin, dans Thèbes à la belle couronne.
[La fille d'Océan, unie à Chrysaor au coeur violent par l'amour qu'inspire
Aphrodite scintillante d'or, Callirhoé, enfanta un fils puissant entre tous les
mortels, Géryon, que tua Héraclès le Fort, pour des boeufs aux jambes torses,
dans
Érythée
qu'entourent les flots.]
A Tithon, Aurore enfanta
Memmon
, le roi d'Éthiopie au casque d'airain, ainsi que sire Émathion ; tandis que, pour
Céphale, elle mit au monde un glorieux enfant, le puissant Phaéthon, tout pareil
aux dieux. La tendre fleur d'une noble jeunesse était encore le lot du jeune
enfant à l'âme fraîche, quand Aphrodite qui aime les sourires le ravit et s'en
fut ; et de lui elle a fait, en ses temples divins, un gardien des nuits du
sanctuaire,
un génie divin .
La fille d'Aiétès, roi nourrisson de Zeus,ce fut le fils d'Aison, qui, par la
volonté des dieux toujours vivants, un beau jour l'emmena du palais d'Aiétès. Il
avait achevé les douloureux et multiples travaux que lui dictait un roi terrible
et orgueilleux, l'insolent, furieux et brutal Pélias. Il les acheva, tous, et
revint à Iolcos, après bien des fatigues, ramenant sur sa nef rapide la vierge
aux yeux qui pétillent, dont il fit sa florissante épouse. Elle subit donc la
loi de Jason, pasteur d'hommes, et lui donna un fils,
Médéios , que dans les montagnes,
nourrissait Chiron, le fils de Philyre — et le plan du grand Zeus ainsi
s'accomplissait.
Des filles de Nérée, le Vieillard de la mer, Psamathée, divine entre les déesses,
enfanta Phôcos, né de l'amour d'Éaque, par la grâce d'Aphrodite d'or ; et la
déesse aux pieds d'argent, Thétis, subissant la loi de Pélée, donna le jour au
héros qui brise les rangs ennemis, Achille au coeur de lion.
Cythérée au font ceint d'une couronne enfantait Énée, unie d'amour charmant au
héros Anchise, sur les cimes de l'Ida aux mille replis forestiers.
Circé
, fille de Soleil, le fils d'Hypérion, de l'amour d'Ulysse l'endurant donna
le jour à Agrios, ainsi qu'à Latinos, héros puissants et
accomplis, qui bien loin, au fond des
îles divines, régnaient sur tout le pays des illustres Tyrrhéniens.
Calypso, divine entre les déesses, à Ulysse donna pour fils et Nausithoos et
Nausinoos, à lui unie d'amour charmant.
Telles sont les Immortelles, entrées au lit d'hommes mortels, qui leur ont enfanté
des fils pareils aux dieux. Et maintenant, chantez, Muses Olympiennes au délicieux
langage, filles de Zeus qui tient l'égide, chantez les femmes...]
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