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Poète
mais si tu parles
des fleurs
qui te répondra?
(Dominique Valle)
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Dominique Valle est poète, mais d'abord musicien. Sa poésie est le reflet de sa musique,
de son amour. Il dit "Seul ce qui est amour est visible, et ce qui est visible est
au fond de soi". Certains de ses textes ont été dits sur une grande chaîne de
radio française.
Mais si tu parles des fleurs
Ton corps
penché vers la lumière
délite l'ombre
secrète un chemin
ce creux de l'air
où vivre
je n'ai de mains fortes
qu'en tissu de rêves
aux caresses
des heures promises
effacées du sillage
reste l'eau
toute l'eau
qui désaltère et noie
mais tu es coquillage
ventre
qui tient le chant
sait le monde
là-bas le bruit
est identique
âme qui perce
au corps d'enfant
le bruit de Dieu
en son absence
j'ai sur la nuit
la charge du voleur
de feu
je pêche des soleils noirs
qui me disent
l'éclat
à ce sanglot lourd
qui revient
bande mon corps
d'une ivresse stellaire
tu passes
fluide au soleil
sous l'arbre fou
qui verse son coeur
en pétales
tu te poses et t'allonges
sur ce lit
où le songe pense
à l'heure nue
de mon silence
tu me regardes
étrangère
tu ne dis rien
tu es là
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Je marcherai
Je marcherai
j'irai dans ces jardins
où tu chantais
je chercherai la pierre
je serai le vent
dans le coeur des vierges
logerai les mots
qui te rassemblent
dans leur jupon
serai la mer
et la grève inconsolable
je rôderai
jusqu'à trouver ton pas
dans l'ombre des éclairs
sur ce ruban de lune
où le corps de l'étoile
est visible
j'attendrai
ivre des roses
dans le plain-chant
du sable
***
Fort est ce vent...
Fort est ce vent d'amour
sur la plage déserte
solitaire en son cri
un pas se dessine tache d'eau
tache d'huile sous lune engourdie
esquisse à peine composée
murmure d'ange
que vague efface
vois tous les pas sont debout
qui rythment le soleil
ton silence peut-être
l'univers est au pied du rocher
tourbillons de mousse et d'écume
ta lumière peut-être
***
Ile
I
Le rêve insulaire glisse paisible
l'âme claque au vent qui frise
Goutte d'eau sur le ponton
vêtue d'un reflet de lune
Douleur de l'envol
qui ne libère pas
Solitude
nue
II
Ile
délavée des grandes larmes
tige bleutée des rocs alignés
Abrupte
sous le ciel humain
des mornes paupières
doigts tendus vers
Elle
qui sait la résonance
de la pitié
Ile
étendue sur le cuir
des mots
Nue
pétrie de ma terre
jusqu'à jaillir
Toi
en cette usure
reconnaissable encore
affranchie de l'aube
Inattendue des plis
de ton ravissement
Silencieuse
ajustant mon sourire
au tien
Ile
lumière rapprochée
serrée par le cri
des limites
Etincelle primale
***
Prends ma belle
Prends ma belle
prends le temps
de graver ton rire
sur le ventre des pierres
là
dans l'épaisseur
du chant des dieux
qui oscille doucement
entre chêne et genêt
écoute
le souffle des voix
glisse dans le vent
des grandes landes
les ajoncs crépitants
s'accouplent
aux timides bruyères
et la nuit hurle
dans les roches
son brame d'amour
joue fillette
joue encore à la marelle
à monter au ciel
s'en viendront
les chevaux de l'infini
et nous irons un jour
plus loin que lumière
en cet avenir
où brûlaient nos étoiles
sur la bouche de Dieu
nous boirons à la source
et du fond des puits humains
jaillira la force
Dominique Valle
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