Gérald Godin

(1938 - 1994)


43ko

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Choix de Poèmes

Ses mots

Quand je veux délasser mon
esprit, ce n'est pas l'honneur
que je cherche, c'est la liberté.


La langue de ma mère
a des mots pour tout


dans la grande famille des mots
je m'en choisis pour passer l'hiver
des mots en laine du pays
cette année j'ai choisi le mot guérison
le mot liberté
des mots qui tiennent bien au chaud


GODIN, Gérald, Les botterlots, Montréal, L'Hexagone, 1993, 80 p.

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Cantouque menteur

les Louis Riel du dimanche
les décapités de salon
les pendus de fin de semaine
les martyrs du café du coin
les révolutavernes
et les molsonnutionnaires
mes frères mes pareils
hâbleurs de fond de cour un jour
on en aura soupé
de faire dans nos culottes
debout sur les barricades
on tirera des tomates aux Anglais
des oeufs pourris des Lénine
avant d'avoir sur la gueule
la décharge de plombs du sergent Dubois
du royal Vanndouze
à l'angle des rues Peel et Saint'Cat
c'est une chanson de tristesse et d'aveu
fausse et menteuse comme une femme
et pleureuse itou avec un fond de vérité
je m'en confesse à dieu tout puissant
mon pays mon Québec
la chanson n'est pas vraie
mais la colère si
au nom du pays de la terre
et des seins de Pélagie


Gérald Godin


*De l'anglais, cant-hook; gros levier en bois, à pointe ferrée, garni d'un crochet mobile qui permet de rouler les billes.


Les Cantouques, Poèmes en langue verte, populaire et quelquefois française, " Paroles ", Parti pris, 1967, 56 p.)

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Cantouque menteur

arriver chez toi descendre dans ton coeur
un soir d'automne ou d'ailleurs
quand tu m'as pris par la nuque
à la naissance des cheveux
j'ai dit mobiloil
à la place du coeur
les matelas sortent de la cheminée
tu sèmes de blancs oiseaux d'arbre en arbre
comme les tiroirs de la rivière autant de trésors
que de bruissements dans les feuilles
qui se fraie un chemin entre les tables entre les chaises de la rivière?
"don't spoil the napkin you Dylan-drunkard"
qui a dit cela? le paysage n'est rien sans moi
je le prends par le cou ce soir de septembre
et de chez nous
tiens le ciel s'est acheté des tentures bleues
probablement vendredi soir chez webb and knapp
il y a trente ans que j'en cherche la corde
pour voir juste pour voir si j'oserai la prendre
si je pourrai tirer les rideaux
gulf-stream il pleuvra des gulf-streams
verts comme des grenouilles en troupeaux
c'est pour cela seul et peut-être aussi pour toi
ma murmurante que je sippe encore mon petit thé
le soir après souper que je feins de croire en ma tasse
de thé comme en dieu
je serai jeune un soir de septembre
je te prendrai sous mon bras comme un livre
et j'irai te lire dans mon lit
le tête appuyée au mur
pour ne pas m'endormir
et quatre ou cinq cylindres de Vivaldi
se coulant sous la porte comme poussièrev je rêverai d'un point d'orgue
je me laisserai couler dans les mots d'un poème
je croulerai sur mon tapis bariolé
graffiti de plus dans ses symboles arabes décadents
je jouerai mon âme aux échecs à ma reine
et je ferai peut-être un poème un soir
si plein si vrai que tu diras
- il est saoul le maudit


GODIN, Gérald,


Nouveaux poèmes, éditions du Bien Public, 1963, 55 p.

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Cantouque sans recours

Comment pourrais-je coucher avec toi
m'allonger du long de ton flanc doux
t'embrasser les seins te mordiller les tétins
si je n'étais indépendantiste ô mon amour
comment pourrais-je porter mes chnolles
et m'en servir au besoin quand le désir me vient
être un homme et me tenir debout et droit
si je n'étais indépendantiste ô mon amour
comment pourrais-je parler français
comme mes voisins mes pareils
fouler la boue du pays l'appeler mienne
la traîner à mes semelles m'en targuer m'en vanter
m'en mettre plein la vue m'en ennuyer
me sentir chez moi sinon aujourd'hui du moins demain
si je n'étais indépendantiste ô mon amour
comment pourrais-je vivre oser respirer encore
l'air pollué de mon pays vaincu
l'avenir bouché de mon pays anglichié
supporter la brûlure des Plaines l'incendie des drapeaux
le bris des épées l'exil de trente-sept
comment pourrais-je oser t'aimer te toucher
même lever les yeux vers toi
connaître ne serait-ce que ton nom
si je n'avais à coeur qu'un jour sinon nous du moins nos fils
soient ici chez eux sur la terre que d'aïeul à petit-fils
nous aimons


Gérald Godin

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Libertés surveillées

Quand les bulldozers d'Octobre entraient dans les maisons
à cinq heures du matin
Quand les défenseurs des Droits de l'Homme
étaient assis sur les genoux de la police
à cinq heures du matin
Quand les colombes portaient fusil en bandoulière
à cinq heures du matin
Quand on demande à la liberté de montrer ses papiers
à cinq heures du matin
il y avaient ceux qui pleuraient en silence
dans un coin de leur cellule
il y avait ceux qui se ruaient sur les barreaux
et que les gardiens traitaient de drogués
il y avait ceux qui hurlaient de peur la nuit
il y avait ceux qui jeûnaient depuis le début
Quand on fait trébucher la Justice
dans les maisons pas chauffées
à cinq heures du matin
Quand la raison d'état se met en marche
à cinq heures du matin
il y en a qui sont devenus cicatrices
à cinq heures du matin
il y en a qui sont devenus frisson
à cinq heures du matin
il y a ceux qui ont oublié
il y a ceux qui serrent encore les dents
il y a ceux qui s'en sacrent
il y a ceux qui veulent tuer


GODIN, Gérald


Libertés surveillées, Éditions Parti pris, 1975, 52 p.

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T'en souviens-tu, Godin?

T'en souviens-tu, Godin
astheure que t'es député
t'en souviens-tu
de l'homme qui frissonne
qui attend l'autobus du petit matin
après son chiffre de nuit
t'en souviens-tu des mal pris
qui sont sul'bien-être
de celui qui couche dans la neige
des trop vieux pour travailler
qui sont trop jeunes pour la pension
des mille métiers mille misères
l'amiantosé le cotonisé
le byssinosé le silicosé
celui qui tousse sa journée
celui qui crache sa vie
celui qui s'arrache les poumonsv celui qui râle dans sa cuisine
celui qui se plogue sur sa bonbonne d'oxygène
il n'attend rien d'autre
que l'bon dieu vienne le chercher
t'en souviens-tu
des pousseurs de moppes
des ramasseurs d'urine
dans les hôpitaux
ceux qui ont deux jobbes
une pour la nuitte
une pour le jour
pour arriver à se bûcher
une paie comme du monde
t'en souviens-tu, Godin
qu'il faut rêver aujourd'hui
pour savoir ce qu'on fera demain?


GODIN, Gérald


Les botterlots, Montréal, L'Hexagone, 1993, 80 p.

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Pays

J'ai vu le soleil se lever
dans tant et tant de pays
je ne savais plus lequel
était le mien
le jour oscillait
lampe incertaine dans ma nuit
le rif le souk le môle
la vallée millénaire
bergers de l'Atlas
boutre coutre Seychelles
je l'ai vu se coucher
le jour passait comme une flèche
et chaque soir me frappait en plein coeur
comme le dernier


GODIN, Gérald


Libertés surveillées, Éditions Parti pris, 1975, 52 p.

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Portraits de mes amis

C'était une génération
de produits hautement inflammables
hommes d'amadou hommes d'attisée
hommes en fagots
qui ne demandent qu'à brûler
abandonnés parfois pour une fin de semaine
on entend crépiter leur coeur
sur les tables de chez Harry
ils se consumaient d'amour
en d'interminables incendies
ils n'avaient plus de larmes
ils n'avaient plus de hargne
ils n'avaient plus que les sursauts
de leurs années en lambeaux
pour tout coeur souvent
ils n'avaient que braises
et pour tout souvenir
que cendres
mais ils sont prêts à tout recommencer
dès la prochaine poudrée


GODIN, Gérald


Sarzènes, Écrits des Forges, 1983, 55 p.

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Oeuvre d'art: "Le monument au draveur" (1979) à Mont-Laurier de Roger Langevin,(Lac-Saint-Jean,Québec 1940).
On retrouve les oeuvres de Langevin en France, en Angleterre et en Afrique. Il crée pour les gouvernements des pièces de grande envergure dont "Le monument au draveur" "Le monument aux travailleurs" (1981) devant la CSN à Montréal. On lui doit également "Debout", sculpture de 3,65 m, représentant Félix Leclerc, érigée au Parc Lafontaine à Montréal.





Musique: Mercy Street par http://www.angelfire.com/md/elanmichaels/index.html


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Dernière modification de ce document: 29 mai 2004