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L'univers poétique
de
Gaspar Jaén i Urban
(Elx, País Valencià, 1952)




24ko

Courte biographie
triangle

Gaspar JAÉN i URBAN (Elx, País Valencià, 1952),docteur architecte et écrivain. Son activité comprend l'exercice professionnel de l'architecture, l'urbanisme et l'enseignement, ainsi que la poésie, la prose et l'essai. En poésie, il a publié Cadells de la fosca trencada (València, 1976), Poema per a ben morir (València, 1981), Cambra de mapes (Barcelona, 1982), La Festa (Palma, 1983), Mil·lenari, tardor (Barcelona, 1989), Fragments (València, 1991), Del temps present (Alzira, 1998), L'antic jardí d'Itaca (Altea, 1998), Pòntiques (Alzira, 2000)


***


De Cambra de mapes / du livre Chambre de plans (Edicions del Mall, Barcelona)

V. Souvenir de Bretagne

La nuit transporte des coeurs de suicidés
Lorsqu'elle s'ouvre de l'autre côté des vitres.
Je marche esseulé dans un temps qui fane
Les rosiers, et je ne peux rien trouver
A garder, ou je n'en suis pas capable.
D'ailleurs, comment est-il possible
Qu'une coupe de cognac brisée à quatre heures
De l'après-midi puisse faire autant de mal?
Toute la littérature que j'ai inventée; tous les jeux
Que j'ai attachés aux murs, et moi-même —  ma propre invention — 
Sont des pièges qui mènent aux souterrains des jardins
Quand, avec l'hiver, l'heure est venue
De relire les anciens messages de lumière
Qui me renvoient au souvenir de ce jour,
Du côté de Sant Tegoneg.
                                       Les mains
Pleines de grenades, aux cheveux de drapeaux,
Nous avions chanté, contre la pluie,
Des vieilles chansons de notre pays,
Devant des anges qui nous avaient aimés
Et qui ne comprenaient pas notre langue.

Elégie de Bologne, 3

Aujourd'hui dimanche, le soir est calme,
Etrange, très tranquille. J'ai une tristesse
Pleine d'aiguilles aux bords des yeux. J'ai reçu
Une lettre de toi et je suis heureux de t'aimer,
Et je me souviens de nouveau de toi,
Tu es comme toujours. J'essaye d'imaginer
Les rues de Bologne. J'essaye encore de préserver
Ton souvenir, dans la plainte et dans la joie,
Tel du miel au bout des doigts. Dans la tristesse
Que le soir m'apporte, ton image immobile,
Brisée dans la mémoire, m'évoque avec douceur
Des pays que j'imagine très lointains et très beaux.
Partout la nuit tombe ; il commence à faire froid.
L'automne s'insinue entre les feuilles du calendrier.
Je pense encore à toi, comment t'oublier?
Chaque nuit je consacre un instant à ton corps.
Là, il fait un peu froid. La nuit tombe de plus en plus.
Le souvenir, l'espoir de l'hiver près de toi
Sont les seules cessions permises par la distance.


***


De Fragments / du livre Fragments (Poesia 3i4, València)

XV

Tu n'a plus rien dit, lentement, dans ce silence,
Silence toi-même, une étoile qui s'éteint.
Ton temps et tes yeux cessèrent de me regarder
Et je n'ai plus jamais su te montrer ma tendresse.
Au moment de dormir, quand étaient refusés les sourires,
Le baiser et la parole, le silence m'entourait,
Tel un drap de tristesse, un temps qui s'achevait.
Quelles étaient tes peurs? Pourquoi cette distance?
En amour il n'y a pas lieu de tant de pages blanches.
Ce soir-là, j'ai bu avec toi le dernier verre
De fiel et de fatigue. Sans parler comme avant.


L'abri que tu fus, comme le feu du papier
S'était éteint et me blessait. J'étais seul à nouveau
Dans des rues incertaines, des gares salies
Par les couteaux glacés, la fumée, les trains et la peur,
Avec des corps entrevus, fugitifs et divers.
Il fallait se détruire et en finir avec les dépôts
D'un amour qui se décomposait juste après être arrivé,
S'enfermer dans sa tanière comme l'animal blessé
Qui hurle, lèche son mal et affligé attend
La clarté d'un nouveau jour. Il fallut avoir du courage.
Ce soir-là les dieux m'abandonnèrent.

XXVIII

Voilà la dernière demande que je tiens à te faire:
Souviens-toi de moi, de temps en temps,
Comme je me souviens de toi, maintenant,
Quand arrivera l'automne, que les années seront mûres
Et commenceront à peser et le ciel deviendra plus clair,
Quand les Pléiades sortiront; et rentreront chez eux
Les vieux marins grecs, quand la mélancolie
Te mordra et tu te balanceras, pour soigner ton mal,
Sur les rosiers blancs d'Hama, la plus mélodieuse
Des villes d'orient, pour retrouver ainsi
Les amours perdus. Souviens-toi alors du mien.
Je t'offre ces vers comme sincère témoignage
De la douleur et du grand plaisir que tu m'as fait revivre.
C'est tout ce que je peux t'envoyer d'ici,
De ce temps d'exil où je dois demeurer,
De cette terre stérile, mon monde sans toi.


***


De Del temps present /Du livre Du temps présent (Edicions Bromera, Alzira)

A l'actuel amour

à J.V.P.


Je voudrais tant que tu sois tous ceux
Pour qui j'ai écrit une fois un poème,
Avoir vu avec toi des villes du Nord de l'Italie,
Des hivers, des automnes de l'Europe centrale,
Et lors des nuits rougies au feu, d'aube et de jasmin,
Avoir traversé avec toi d'anciennes routes
De palmes près de la mer,
D'oranges et de cyprès sur les lèvres.


Je voudrais tant que ce présent que tu es,
Plaisant et aimable aujourd'hui,
Vienne de très loin,
De ces années sans toi qui nous laissaient sur la peau
Des nuits d'écume et des étoiles,
Un perpétuel désir qui ne cessait jamais,
Une première jeunesse qui n'était pas consciente
D'être elle-même.


Mais je sais combien est inutile le désir qui m'habite
Dans cette nuit de pluie et de printemps
Qui fuira comme les autres.
           D'autres amours étaient là, avant toi,
Et ont occupé la place que nous occupons maintenant,
Ainsi que nos pensées, nos bras,
Et notre bref présent.
Nous le savons sans le dire.
Nous n'avons besoin ni de faits ni de témoins.


***


De Pòntiques / Du livre Pòntiques (Edicions Bromera, Alzira)

V

Des illuminés t'entourent, des prédestinés, des possédés
Qui croient être des dieux car ils voudraient tout
A leur image. Quel mal leur a donc causé la vie
Pour qu'ils la désirent aussi peu, pour tant de mépris?
Ils l'ont aimée bien peu ni en eux ni en les autres,
Ces monstres abominables qui vont mourir seuls
Dans une solitude plus grande que leurs grands yeux.
Pourtant, ils n'en mordront ni la peau ni les os.


Ils tueront le poète, ce corps sacré de la voix
Torturée et sanglante comme un martyr de Rome,
Et ils tueront avec lui les jasmins du jardin
Qui sentent intensément à la tombée du soir,
La fleur de l'oranger, parfumée et si fraîche.
Mais les langues de serpent dans les bouches d'infamie
Distillent la rancoeur et préparent l'outrage,
Coup d'oeil de Gorgone, et finiront par les dévorer,
En faisant du poison de leurs veines, en leur pourrissant l'oeil du coeur.

XX

Sur un plateau dénudé, un désert, nous t'abandonnons.
Des laquais de dictateurs et des menteurs y habitent.
Rome est avec nous, celle des plaines fertiles,
Celle de l'eau qui chante en descendant des montagnes.
Nous avons dans le coeur les strophes et les chants,
Les mots anciens, les étés, les récoltes,
Les arcs et les peintures, les marbres, les statues,
La fontaine du vieux marché, l'art de l'architecture.


Que les misérables restent avec leur misère
De désolation, de ravage, de tristesse.
Ils auront toujours les armes et l'armée,
Le cheval et l'épée, les traîtres et les judas,
Les deniers d'argent, le pouvoir de la mort.
Mais nous, tristes, nostalgiques, profondément pauvres,
Bien que faibles, nous avons le feu en hiver
Dans notre cabane au milieu du champ sous la neige,
Nous avons le vers et la larme. Nous garderons la parole.


Adieu césar, adieu Rome, à jamais
Adieu. Mort, inhumé, oubliez notre nom.


Traduction française par Ricard Ripoll

Breu biografia
triangle

Gaspar JAÉN i URBAN (Elx, País Valencià, 1952),doctor arquitecte i escriptor. La seva activitat comprèn l'exercici professional de l'arquitectura, l'urbanística i l'ensenyament, així com la poesia, la narrativa i l'assaig. En poesia ha publicat Cadells de la fosca trencada (València, 1976), Poema per a ben morir (València, 1981), Cambra de mapes (Barcelona, 1982), La Festa (Palma, 1983), Mil·lenari, tardor (Barcelona, 1989), Fragments (València, 1991), Del temps present (Alzira, 1998), L'antic jardí d'Itaca (Altea, 1998), Pòntiques (Alzira, 2000)


***


De Cambra de mapes / du livre Chambre de plans (Edicions del Mall, Barcelona)

V. Record de Bretanya

Porta cors de suïcides la nit
que s'obri a l'altra banda dels cristalls.
Caminant perdut pel temps que ha marcit
els rosers, poques coses he trobat
per guardar-hi, o no he sabut fer-ho.
D'altra forma, com havia de fer
tant de mal una copa de conyac
rompuda a les quatre de la vesprada?
Tota la literatura que he inventat; tots els jocs
que he punxat per les parets, i jo mateix —  invent meu — 
són paranys que em porten als soterranis dels jardins
quan, amb l'hivern, és arribada l'hora
de tornar a llegir antics missatges de llum
que em porten el record d'aquell migdia,
camí de Sant Tegoneg.
                                 Ens omplírem
les mans de magrana, cabells de banderes;
i desafiant la pluja, cantàrem
antigues cançons del nostre país
al davant d'uns àngels que ens estimaren
i no comprenien la nostra llengua.

Elegia de Bolonya, 3

Avui és diumenge. Fa una vesprada quieta,
estranya, molt tranquil·la. Tinc tristesa parada
als ulls, tota d'agulles. He tingut carta teua
i m'alegra estimar-te i et recorde de nou,
et recorde com sempre. Intente imaginar
els carrers de Bolonya. Intente guardar viu
encara el teu record, amb plany i amb goig com mel
en la punta dels dits. Enmig de la tristor
que la vesprada em porta, la teua imatge immòbil,
desfeta en la memòria, m'evoca dolçament
països que imagine molt llunyans i formosos.
Ja es fa de nit enjorn; ja comença a fer fred.
La tardor s'insinua pels fulls del calendari.
Seguesc pensant en tu, com podria oblidar-te?
Cada nit li dedique un instant al teu cos.
Ara fa un poc de fred. Va fent-se més de nit.
El record, l'esperança de l'hivern junt amb tu
són les poques cessions que permet la distància.



***


De Fragments / du livre Fragments (Poesia 3i4, València)

XV

Lentament emmudires, et vas fer del silenci,
silenci tu mateix, un estel que s’apaga.
El teu temps i els teus ulls van deixar de mirar-me
i ja no vaig saber com demostrar-te afecte.
En anar a dormir, rebutjats els somriures,
el bes i la paraula, m’envoltava el silenci,
un llençol de tristesa, un temps que s’acabava.
Quins temors feies teus? Per què aquella distància?
En l’estima no cap tant de full sense escriure.
Aquella nit vaig beure amb tu l’última copa
de fel i de recança. Mai, com abans, parlàrem.


El recer que tu fores, com el foc del paper,
s’apagà i em nafrava. De nou estava sol
per uns carrers incerts, per estacions brutes,
de navalles glaçades, de fum, de trens i por,
amb cossos entrevistos, fugissers i diversos.
Calia destruir-se i apurar el solatge
d’un amor que es desfeia poc després d’arribar,
tancar-se dins del cau com l’animal ferit
que udola, es llepa el mal i amb aflicció espera
la claror d’un nou dia. Calgué prendre coratge.
Aquella nit em van abandonar els déus.

XXVIII

Aquesta és la darrera demanda que vull fer-te:
recorda’m de vegades com jo et recorde ara,
quan la tardor arribe i els anys siguen madurs
i a pesar-te comencen i es faça el cel més clar
i les Plèiades isquen i tornen a sa casa
els vells mariners grecs, quan la malenconia
et mossegue i t’engrunses, per curar-te del mal,
sobre els blancs rosers d’Hama, la més melodiosa
de les ciutats d’orient, i recobres, així,
els amors que perderes. Recorda el meu llavors.
T’oferesc aquests versos en sincer testimoni
del dolor i l’alt gaudi que per tu vaig reviure.
Això és tot el que et puc enviar des d’aquí,
des d’aquest temps d’exili on em toca fer casa,
des d’una terra eixorca, el meu món sense tu.


***


De Del temps present /Du livre Du temps présent (Edicions Bromera, Alzira)

A l’amor d’ara

à J.V.P.


Com voldria que fosses tots aquells
pels qui alguna vegada he escrit algun poema,
haver mirat amb tu ciutats del nord d’Itàlia,
hiverns, tardors a l’Europa central,
i, en nits de foc roent, d’albada i gessamí,
haver creuat amb tu antigues carreteres
amb palmes vora mar,
taronges i xiprers a frec de llavis.


Com voldria que el present que tu ets,
plaent i amable ara,
vingués de molt lluny,
d’uns altres anys sens tu que a la pell ens deixaven
nits d’escuma i estels,
un perpetu desig que no finia mai,
una joventut primera que no era conscient
de ser ella mateixa.


Mes sé com és d’inútil el desig que m’habita
en una nit de pluja i primavera
que haurà de passar com totes.
           Altres amors t’han precedit
i han ocupat el lloc que ocupem ara nosaltres,
els nostres pensaments, els nostres braços,
el nostre breu present.
Ho sabem sense dir-ho.
No cal tenir dades ni testimonis.


Tots els amors han d’arribar tard o d’hora?
Sempre els hem de viure com si recomençàssem,
assassinant qui abans ha ocupat el seu lloc,
sens deixar en la ment el record, la presència
de tots aquells que hi foren?


***


De Pòntiques / Du livre Pòntiques (Edicions Bromera, Alzira)

V

Il?luminats t'envolten, predestinats, possessos
que es creuen déus només perquè tot ho voldrien
a ressemblança seua. ¿Quin mal els féu la vida
per a tan poc voler-la, per a així menystenir-la?
Poc la van estimar ni en els altres ni en ells,
abominables monstres que moriran tots sols,
amb una soledat més gran que els seus grans ulls.
Mes no li fincaran mos a la pell ni als ossos.


Mataran el poeta, cos sagrat de la veu
torturada i sagnant com un màrtir de Roma,
i mataran amb ell els gesmils del jardí
que intensament flairegen a boqueta de nit,
l'herba de tarongina, perfumada i fresquíssima.
Mes les llengües de serp que en boques infamants
destil?len la rancúnia i preparen l'ultratge,
ullada de Gorgona, acabaran menjant-se'ls,
fent de verí ses venes, podrint-los l'ull del cor.

XX

En un erm territori, un desert, et deixem.
Lacais de dictadors i mentiders hi habiten.
Amb nosaltres ve Roma, la de les planes fèrtils,
la de l'aigua que canta quan de la serra baixa.
Ens emportem al cor les estrofes i els cants,
les antigues paraules, els estius, les collites,
els arcs i les pintures, els marbres, les estàtues,
la font del mercat vell, l'art de l'arquitectura.


Queden-se els miserables amb la seua misèria
de desolació, arrasament, tristesa.
Sempre seran d'ells les armes i l'exèrcit,
el cavall i l'espasa, els traïdors i els judes,
els denaris de plata, el poder de la mort.
Tristos, enyoradissos, fondament pobres som.
Mes, encara que dèbils, hem el foc a l'hivern
dins la nostra cabana enmig del camp nevat,
hem el vers i la llàgrima. Guardarem la paraula.


Adéu cèsar, adéu Roma, per sempre més
adéu. Mort, sepultat, oblideu el nom nostre.



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Traduction française par Ricard Ripoll i Villanueva


Art work: The Arrival Freydoon Rassouli
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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004