L'univers poétique
de
François Rivals




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Champ d'épines

Tu allais, légère, avec ton cri d'oiseau
Si pointu qu'il en perçait le fond du ciel
Le soleil flottait en pétales sur ta robe
Tu semblais courir bien trop vite
Après ce qui t'avait souri
Tu allais, légère, vers cette clairière
Sous les tonnelles de l'allée des futs


Pieds nus, tu ameutais les filets d'herbe
M'entraînant sur ton petit nuage
Où dansaient en rond les heures figées
Jusqu'à glisser au fond de ces ronciers
Entremêlés de griffes rougies du sang
De la sublime enfance torturée


Jamais nos mains n'ont lâché prise
Quand s'accrochaient nos âmes
Dans ce berceau serré d'épines
Jamais nos lèvres ne se sont tues
Qui mâchonnaient un brin d'amour
A l'ombre des mots inextricables


Nous ramassions une branche rouge
Que l'on rendait à la terre ferme
Dans son abri de fin du monde
Là où commence l'autre chemin
La route blanche qu'on ne voit pas


Nous sommes revenus après l'hiver
La branche d'ici n'était plus là
Les noeuds de neige l'avaient brisée
Nous étions face à l'évidence
Je te prenais doucement la main
Celle d'une enfance qui s'achève...


Souviens-toi de la ronce
Sans éparpillements de lumière
Où s'échouent tant de barques
Chargées du premier sel...


François Rivals




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Impressions

Une ombre noire tressaute dans les herbes
c'est mon chien qui dort et rêve
on dirait les vibrations d'une aube
délivrée de la pesanteur
jouant de secrètes couleurs
Quelle heure peut-il bien être ?
Le temps a-t-il changé d'horaires ?
Que les murs de la maison bougent
balancés par les ombres du tilleul
jetées d'un chaud soleil qui s'en moque
n'éclaircit guère mon esprit
J'allais dire : c'est sûrement midi !
Mais le chien là-bas m'invite au silence
Absurde, impensable, ce temps désarticulé...
Je ne crie pas, et crois alors entendre
le fin murmure de mes âmes mortes
ciselé en paroles déssèchées
montant du val des enfants
Mon chien continue de trembler
ému par l'agonie des rumeurs
qui sont chants d'oiseaux rares
chants d'oiseaux tombés morts


morts pour qui ? morts pour quoi ?
pour le pays de leur envol
pour l'horizon défié un grand soir
morts pour rien, morts pour tout
malades de mourir, ces bien-aimés ?
Cette apparence dans l'herbe douce
serait-elle une île aux trésors oubliés ?
Mon chien est là qui se souvient
je n'y aurais jamais songé
Quel mystère parfois nous entoure
et fait naître de fugitifs instants
glissant sur le dos d'un vieux chien
entre la nostalgie des fougères !


Les oiseaux ont tant survolé
ces longs chemins d'enfance
espaces et temps d'errance
mêlant nuits et printemps


François Rivals



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 aquarelles par :
Alphonse Chavanne


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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004