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une plume abandonnée dérange l'ordre du vent...
Train de vie
(Bruxelles, Gare Centrale - septembre 1995 / février
2000)
I.
Sulfureux segment
d'extrême jonction
effilé, livide ou vidé
électriquement
un train passe.
Sur le quai
les débris d'attente
lentement s'effilochent
aux flux vasculaires d'un silence
meurtri.
II.
Crissement exténué tiré alourdi
jusqu'à l'agonie.
Là, brute goutte d'exclamation
suinte
sous mille charpies de souffrances.
Un train s'arrête.
III.
Chuintement immortel.
Toute ma foi convertie en soupir
et je meurs étriquée
sur des croix enfermées dans un petit coffre
d'étain glacé.
Boeuf soufflant
avant la charge
impatient,
un train s'offre aux passagers.
IV.
Je décante le bruit
de cette course dévorée par l'absence
les doigts scellés d'encre
lunatique.
La nuit froisse mes paumes menteuses.
Ma mémoire s'assied sur le froid du banc
quai zéro
en gare d'oubli.
V.
Une micheline pèlerine aux aurores.
Je m'éveille en correspondance.
En bout de quai,
un ange et un chien sirotent
une flaque d'étoiles.
Là bas,
sur le banc à peine tiède,
une plume abandonnée dérange l'ordre du vent...
Florence Noël
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