Au terme d'un long voyage, peut-être n'irai-je plus vers cette porte que nous connaissons tous deux si bien, je n'entrerai plus dans cette chambre où le désespoir et le désir d'en finir avec le désespoir m'ont tant de fois attiré. À force d'être un homme incapable de surmonter son ignorance de lui-même et du destin, je prendrai peut-être parti pour des êtres différents de celui que j'avais inventé. ... |
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Nuits partagées
Je m'obstine à mêler des fictions aux redoutables réalités. Maisons inhabitées,
je vous ai peuplées de femmes exceptionnelles, ni grasses, ni maigres, ni blondes,
ni brunes, ni folles, ni sages, peu importe, de femmes plus séduisantes que possible,
par un détail. Objets inutiles même la sottise qui procéda à votre fabrication
me fut une source d'enchantements. Êtres indifférents, je vous ai souvent écoutés,
comme on écoute le bruit des vagues et le bruit des machines d'un bateau,
en attendant délicieusement le mal de mer. J'ai pris l'habitude des images
les plus inhabituelles. Je les ai vues où elles n'étaient pas. Je les ai mécanisées
comme mes levers et mes couchers. Les places, comme des bulles de savon, ont
été soumises au gonflement de mes joues, les rues à mes pieds l'un devant l'autre et
l'autre passe devant l'un, devant deux et fait le total, les femmes ne se déplaçaient
plus que couchées, leur corsage représentant le soleil. La raison, la tête haute,
son carcan d'indifférence, lanterne à tête de fourmi, la raison, pauvre mât
de fortune pour un homme affolé, le mât de fortune du bateau...voir plus haut.
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Au terme d'un long voyage, peut-être n'irai-je plus vers cette porte que nous
connaissons tous deux si bien, je n'entrerai plus dans cette chambre où
le désespoir et le désir d'en finir avec le désespoir m'ont tant de fois attiré.
À force d'être un homme incapable de surmonter son ignorance de lui-même et du destin,
je prendrai peut-être parti pour des êtres différents de celui que j'avais inventé.
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