elodia turki

Ce lieu dévêtu existe en forme d'aube...


Chatoiements de l'Orient
Reflets ensorcelants dans leur miroir de feu!


Qui de moi se souvient encore?

***

Avant nous le vent retenait l'aube
— grands silences glissants sur l'épaule du rire —


L'échec est suspendu
Déployé dans ses yeux le jour appelle l'Astre
Où es-tu homme nonchalant du grand soir?
Trois voyageurs pressés — trois étoiles m'ont visitée
L'ombre de Dieu frissonne


Livrée au pur vertige
vaguement sorcière
toute lettre tue
je me proclamais femme impaire
— tous épousant leurs limites —
pendant que je coulais hors de moi hors d'eux
scandaleuse et libre


Chatoiements de l'Orient
Reflets ensorcelants dans leur miroir de feu!


Je récidive
réinventant le jour comme un oiseau appelle l'aube


De couleurs d'ambre avance avec l'été
la soif du sable affolée
rose et grise
à mes pieds


Qui de moi se souvient encore?






***

Un chant de pierre et d'eau
De la voix des Muses me parvint la lumière
Rêve oublié de troublante mémoire:
J'avance — déesse funambule —
sur le fil tendu vers mon premier cri
De toutes parts les jeux sont ouverts
               attendant mon désir
Par d'autres que moi jetés les dés tournoient
               sans se poser
Il est encore temps pour tout!


L'envers de mes doigts sur ta caresse
relie mon souffle à ton souffle


Absence


Deux émotions contre un mystère
réinventaient les grèves


Sans connaissance aucune
sauvage comme un cri
de miroir en miroir je construis ma prière
Tout bouge sans bouger
Lèvres closes


Les miennes avaient chanté sous ton baiser


Etoile — pleine lunée —
Chant dénoué fluide et transparent murmure
j'opaline mes griffes
les yeux offerts au-delà d'eux-mêmes
sans limites
aux horizons fragiles des lendemains tremblent


Ils me croyaient possédée
— idole inversée aux chevilles claires
Moi
l'intolérable Muse


Si près de toi
               mise à distance
Femme à tes mots abandonnée
inscrite
sur un seuil la tentation d'aimer
encore...


une première fois!











***

Nul écho pour troubler son rêve
Mon corps parmi les ruines avançait
amour éperdu
Et vers lui — vers toi — les mots
comme autant de prières


Je ne sais d'où et pourtant là j'étais venue
Comment dire l'aimé merveilleux
                    par delà son absence?
Ce voyageur de parfums d'ombre revêtu
magicien des mots
assoiffé de ma soif
que les déserts habitent chantent!
Il traversait la nuit vieille — interrogeant la vague
uni au vent — à l'égarement de la flamme


Elle pense:
La barque au loin dérive...serait-ce mon amour?
— Viens vers moi         Rame contre mon courant
Ce mouvement de toi qui salue les nuages
Voici la beauté du monde!
— Écoute — me disait-il — le vin chante en mes yeux la
nuit de notre amour. Avant nous s'est levé le jour. Son
voile traînait sur le chemin du coeur —


Brun tel le vin était son front
L'astre jaloux pleurait qui s'était cru l'amant
Complice la brise interrogeait:
Comment étirer la nuit pour qu'elle nous contienne?


— Je ne suis — lui disais-je — ni serpent ni la rose
bouquet de doute et d'épuisements
la passion dans les doigts avant le temps des fleurs
La nuit ce soir a les yeux noirs
J'essaie de tenir mon exacte mesure
et dans mes mains de femme
quelque chose dit oui
comme on se jetterait dans le coeur d'une flamme
Mon amant dans ce fleuve où aveugle je rame
je suis émotion sur le fil d'une lame —

Elodia©

***

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Les poèmes ci-dessus font partie du recueil Al Ghazal, édité par la Librairie-Galerie Racine. Autres poèmes de Elodia Turki sur le site de la LGR




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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004