John Donne

(1572-1631)


(Français — Anglais)

90ko

The Relic

When my grave is broke up again
Some second guest to entertain,
(For graves have learn'd that woman head,
To be to more than one a bed)
And he that digs it, spies
A bracelet of bright hair about the bone,
Will he not let'us alone,
And think that there a loving couple lies,
Who thought that this device might be some way
To make their souls, at the last busy day,
Meet at this grave, and make a little stay?


If this fall in a time, or land,
Where mis-devotion doth command,
Then he, that digs us up, will bring
Us to the bishop, and the king,
To make us relics; then
Thou shalt be a Mary Magdalen, and I
A something else thereby; *
All women shall adore us, and some men;
And since at such time miracles are sought,
I would have that age by this paper taught
What miracles we harmless lovers wrought


First, we lov'd well and faithfully,
Yet knew not what we lov'd, nor why;
Difference of sex no more we knew
Than our guardian angels do;
Coming and going, we
Perchance might kiss, but not between those meals;
Our hands ne'er touch'd the seals
Which nature, injur'd by late law, sets free;
These miracles we did, but now alas,
All measure, and all language, I should pass,
Should I tell what a miracle she was.


* Notes Presumably the bone will be thought
that of one of Mary Magdalene's lovers.


John Donne

La Relique

Quand au-dessus, mon tombeau fut à nouveau descellé
Quelque deuxième invité à traiter
(Car les tombeaux ont appris ce trait bien feminin
D’être plus qu’une personne par lit)
Celui qui élargit la tombe, apercevant
Un bracelet de cheveux brillants collé à mes os,
Ne nous laissera pas seuls,
Il se dit que ci-gît un couple d’amants
Qui pensait que cette installation put être un abri
Pour préparer leurs âmes au Jour Dernier
Ou se réunir pour un court purgatoire.


Si cela survient à une époque, ou dans un pays
Où la superstition fait la loi
Alors lui, qui nous déterre, nous portera
A l'évêque, et au roi,
Pour faire de nous des reliques; puis
Tu seras une Marie-Madeleine, et moi
Un quelque chose de proche.
Toutes les femmes nous adoreront, et quelques hommes;
Et puisqu'à certaines époques on est hanté par les miracles
J’aurais cet âge par ce texte enseigné
Où nous, inoffensifs amants, les écrivîmes


D’abord, nous nous bien aimâmes de bon amour et de bonne foy,
Bien que ne sachant pas ce qu’aimions, ni pour quoy;
De la différence des sexes, jamais n'en connûmes plus
Que nos anges gardiens;
Venant et allant, nous,
Pouvions le cas échéant nous tirer la révérence, mais
en dehors des nutritives prières
Nos mains jamais ne touchèrent
Les chastes joints de notre tombe;
Que la nature, blessée par les récentes lois du temps
laissait descellée.
Ces miracles que nous fîmes! Mais maintenant hélas,
J'outrepasserais toute mesure et tout langage
Si je disais quel miracle elle était.


Version française par Gilles de Seze

***

STAY, O sweet, and do not rise!

STAY, O sweet, and do not rise!
The light that shines comes from thine eyes;
The day breaks not: it is my heart,
Because that you and I must part.
Stay! or else my joys will die,
And perish in their infancy.


’Tis true, ’tis day: what though it be?
O, wilt thou therefore rise from me?
Why should we rise because ’tis light?
Did we lie down because ’twas night?
Love, which in spite of darkness brought us hither,
Should in despite of light keep us together.


Light hath no tongue, but is all eye.
If it could speak as well as spy,
This were the worst that it could say:
That, being well, I fain would stay,
And that I lov’d my heart and honour so,
That I would not from him, that had them, go.


Must business thee from hence remove?
Oh, that’s the worse disease of love!
The poor, the fool, the false, love can
Admit, but not the busied man.
He, which hath business, and makes love, doth do
Such wrong, as when a married man doth woo.


John Donne

Reste, O ma douce, ne te lèves pas!

Reste, O ma douce, ne te lèves pas!
La Lumière qui brille vient de tes yeux;
Ce n'est pas le jour qui perce; c'est mon coeur qui est percé,
Parce que toi et moi devons nous séparer
Reste, ou sinon toute joie chez moi mourra
Et périra dans sa prime enfance.


C'est vrai, c'est le jour: Que pourrait-ce être d'autre?
O, vas-tu disparaître à mes yeux?
Pourquoi devrions-nous s'éloigner parce qu'il fait jour?
Nous sommes-nous couchés parce qu'il faisait nuit?
L'Amour, qui en dépit de l'obscurité, nous conduisit ici,
Devrait, en dépit du jour, nous garder unis.


La Lumière n'a pas de langue, mais elle est tout regard
Si elle pouvait parler aussi bien qu'espionner,
Sa langue ne pourrait être pire
Que de dire: "Je me sens bien ici, je resterais volontiers
J'aime tant mon coeur et mon honneur
Que je ne m'éloignerais pas de lui qui les a tous les deux"


En résulte-t-il que tu dois arrêter tes activités?
Oh! c'est la pire des plaies de l'amour!
La pauvreté, le faible d'esprit, les fripouilles, l'amour peut
Les admettre, mais pas l'homme -à-ses-affaires,
Celui qui fait des affaires et fait l'amour, fait les deux
mal, comme l'homme marié qui court la prétentaine.

Version française par Gilles de Seze

***

Retour à la liste des poètes d'hier
Retour au sommaire du Jardin des Muses

***

Photo: Pier de Lune© Portofolio Pier de Lune


music: Once in a Dream by Elan Michaels permission granted



This site is beautifully viewed with Microsoft Internet Explorer
Résolution: 1024x768. Best view


Dernière modification de ce document: