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La Fontaine
C’est un spectacle affligeant que celui des jolies fontaines, souvent
de pures oeuvres d’art, taries par le temps et abandonnées au profit du progrès.
Elles sont nombreuses à travers la Sicile, surtout dans les petites villes du sud.
Un jour, dans le silence du midi, chaud et poussiéreux, je vois, au centre d’une
place intemporelle, l’une d’entre elles.
Elle soupire,
elle pleure sans arrêt,
par gouttes ou par gorgées,
sous les yeux distraits des passants.
Fanée
par l’indifférence perfide
du progrès,
elle résiste à l’oubli
et sourit au souvenir
des assoiffés d’antan.
Jadis,
elle remplissait la cruche
qui, à l’ombre du balcon,
éteignait,
de sa fraîcheur,
l’ardeur des lèvres brûlées.
C’est d’elle que l’eau sourdait
des entrailles de la colline,
battue par le soleil de feu.
En plein été,
prodigue et souriante,
elle attendait la foule.
Elle regardait
les corps allumés et en sueur,
s’entasser autour de l’eau,
pour puiser fraîcheur et réconfort.
Maintenant,
triste et abandonnée
dans le silence de la fin,
elle agonise
avec la faible plainte
d’un filet qui tombe.
Domenico Fasciano
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