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C’est...(la vie, l’amour, la mort)
C’est le babil de l’aurore sur les larmes de la nuit,
La rosée s’arc-en-cielle,
L’espoir nouveau s’élabore sur un Paradis enfui;
C’est un vol d’hirondelles*
Joueuses,
Ivres de parfums, de terres, de plantes*,
Charmeuses,
Elfes du festin de l’aube naîssante;
C’est une vague où s’enlumine le printemps;
La musique est un appel, un guide, un onguent
Et roule la mer...
C’est l’hymne de la cigale pour son amant aux doigts d’or*,
Ciel et terre s’embrasent,
Le vent déploie ses rafales pour voiler leurs corps à corps;
Des colombes* qui jasent
Vigiles
D’un sanctuaire paré de fleurs mauves*,
Tranquilles,
Une source éclatante pour alcôve;
C’est la vague où l’été se voluptuose;
La musique est un feu, une île, une rose*
Et roule la mer...
C’est le murmure du cyprès en un doux mirologue,
Le jour s’enchrysalide,
Tout abjure en de noirs apprêts pour un morne épilogue;
Le rossignol candide,
Obstiné,
En ses trilles module sa souffrance,
Forcené,
Il ranime la torche* d’espérance;
C’est une vague où l’hiver vif s’apaisante*;
La musique est un seuil, de la myrrhe*, l’acanthe*
Et roule la mer...
Dominique Gelay, Saint Nizier, Lyon.
(Juillet 1990, Mai 1993)
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* :l’hirondelle est la messagère du printemps.
* :les plantes, attributs de Perséphone, premiers degrès de la vie, symbolisent la naissance perpétuelle, le flux incessant de l’énergie vitale.
* :le soleil, attribut d’Apollon, est considéré comme fécondateur mais il peut aussi brûler et tuer.
* :la colombe est l’attribut d’Aphrodite, déesse de l’amour.
* :le violet est la couleur de la tempérance, de la lucidité de l’action réfléchie.
* :l’île esr symboliquement un lieu d’élection, de science et de paix.
*: la rose symbolise la coupe de vie, l’âme, le coeur, l’amour...
* :la torche est symbole de purification par le feu et l’illumination. Elle est la lumière qui éclaire la traversée des Enfers et les chemins de l’initiation. La mère de Perséphone recherche sa fille en ayant en mains des torches ardentes. Perséphone symbolise le candidat à l’initiation qui passe par la mort pour renaître, par les Enfers pour accéder au Ciel.
* :apaisanter : apaiser, calmer (mot d’ancien français).
* :la myrrhe a une dimension prophètique; les mages ont apporté de la myrrhe à l’Enfant Jésus.
* :l’acanthe est utilisée dans l’architecture funéraire pour indiquer que
les épreuves de la vie et de la mort symbolisées
par les piquants de la plante sont victorieusement surmontées.
Dune blonde
Dune blonde amante des souffles de hasard
J’avance, flots d’or d’éternité revétus
Pourtant je n’amasse et je n’offre que fétus
Dune blonde amante des souffles de hasard
Mais tant d’aubes claires s’irisent tout là-bas
Et les vents m’emportent vers des lointains de nacre,
M’entraînent où flamboient des horizons lilas...
En moi fourmillent toujours mes espoirs tétus
Pourtant je n’amasse et je n’offre que fétus
Le tourment de ma soif la plus vive s’estompe:
Dans la coupe d’ocre d’un désert sans orages
Une fadeur sourde se répand et détrompe
Mon coeur exalté par de somptueux mirages
Les jours s’obstinent malgré mes paupières closes
Et les vents m’emportent vers des lointains de nacre
Où je voile de poussière l’éclat des choses
Dans la coupe d’ocre d’un désert sans orages
Je ne veux plus verser de nectars éphémères
Mon coeur exalté par de somptueux mirages
Tu vois la mort du jour confondre tes chimères
Dune blonde amante des souffles de hasard
Craintive quand l’ombre s’empare de l’entour
Lorsque le froid t’étreint, que naissent des murmures,
Qu’ils s’enflent, s’aiguisent, se hèlent tour à tour
Sous le dais nuital où se perdent leurs augures
Que des formes paraissent qui semblent guetter
Porteuses fidèles d’un très ancien message
Mais la peur t’instille son fiel pour apprêter
Ces remous clairs-obscurs qui te feraient plus sage
Dune blonde amante des souffles de hasard
Lorsque le froid t’étreint, que naissent des murmures,
Découvre dans ces voix les Mentors qui conseillent
Sous le dais nuital où se perdent leurs augures
Apprends les parfums musqués des fleurs qui s’éveillent
Porteuses fidèles d’un très ancien message
Versant des larmes de rosée pour qu’à l’aurore
Ces remous clairs-obscurs qui te feraient plus sage
Miroitent, tranquilles et t’apellent encore
Dune blonde amante des souffles de hasard...
(Juillet 1996, Septembre 1997. Lyon, Saint Nizier)
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Ce texte a été inspiré par la gravure intitulée « Nemo pervenit
qui non legitime certaverit » : « Nul n’y parvient qui n’a combattu
selon les règles (la 1ère Porte) inserrée dans le roman Club Dumas d’Arturo
PEREZ-REVERTE.
Gouttes de rosée
A Sappho.
Belle hirondelle, l’Aurore emparadise
L’herbe tendre purifiée de rosée
Et l’écume de son sommeil s’amenuise;
Mon bel ange s’éveille
Joyeux moineau, mille plantes échevellent
Dans un souffle frais leurs gerbes déposées
Et toutes les eaux ardentes cascatellent;
Mon trésor s’émerveille
Fidèle oiseau, le chêne en sa plénitude
Abrite les stridences de ses cigales
Et son île rayonne de quiétude;
Mon amour s’ensoleille
Vive alouette, le vieil arbre aux fleurs mauves
A Vesper abandonne ses doux pétales
Et s’apprête et se parfume son alcôve;
Mon enfant s’ensommeille.
(Juin, Juillet 1990. Avril 1991, Avril 1994. Saint Nizier, Lyon)
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Cauchemar
Je suis seule dans l’immeuble abandonné
J’avance dans un étroit couloir,
De silence vénéneux environnée.
Là, l’obscurité semble vouloir
Assaillir la lumière jaunâtre
D’un néon tout empoussièré.
Nés des ténébres des yeux blanchâtres
Me suivent, vides, acérés.
Mais je suis seule dans l’immeuble abandonné
Tout près, un chuchoti silencieux,
Un froissement, une course désordonnée;
Quelque rat dans le plancher vicieux...
Un effluve fétide sourd de l’ombre,
Infect. Des cuirasses mordorées
S’approchent, inexorables, sans nombre,
Défiant la clarté abhorrée.
Pourtant je suis seule dans le couloir
J’accroche un voile diaphane:
Une araignée morte de ne pouvoir
Supporter les rais profanes,
Fragiles de la lampe roule sur mon bras.
Dans la pénombre des guerriers de cuir
Que seul un étrange cauchemar dénombra
M’encerclent doucement: je ne peux fuir...
Cependant, je suis seule dans le couloir
Et le sol crisse bizarrement
Sous mes pieds nus. L’esprit ne peut prévaloir
Sur la peur à l’acide ferment;
Partout des corps roux affluent, se pressent:
DES CAFARDS PAR MILLIERS couvrent
Murs, sols. Mes chevilles disparaîssent
Et mes jambes s’en recouvrent...
Cauchemar, Cauchemar...
(1988, Mars 1989.Saint Nizier)
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Ils sont arrivés
Ils sont arrivés ce soir, les gens du voyage,
Ils transportent tant de rêves dans leurs roulottes
Par les villes et les bourgs, humbles Dons Quichottes...
Ah, demain, il y aura la fête au village!
Demain...et pourtant, déjà, les badauds affluent
Car quelle rareté, un cirque et ses promesses!
On se bouscule autour du chapiteau qu’ils dressent,
La vie, la routine sont soudain suspendues
Et pendant le spectacle, tous sont emportés
Par la sournoise fauverie et ses dresseurs,
Par les chevaux altiers et genoufléchisseurs,
Par les dindonesques clowns enredingotés
Mais voici que s’avance un petit funambule;
Nimbé du halo d’un projecteur, il oscille,
Vétu d’un maillot blanc, silhouette gracile,
Fin hiéroglyphe en clair-obscur, il ondule
Ceux qui narguent l’abîme dessus leurs trapèzes,
Tout là-haut, persiflent ce petit poltronard,
Ce fadasse godichon et les sensiblards
Qui à ses doux baguenaudages se complaisent
Sa frêlerie, il la leur laisse blasphémer;
Seul, si seul, il cisèle comme des cantiques
Ses mille et une poésies acrobatiques;
C’est peut-être son seul moyen pour être aimé...
Alors, trop rongés de jalousie vipérine,
Ils coupent son fil, ces salopards, ces arsouilles,
Et le délicat funambule s’écrabouille
Personne ne l’a pleuré. Qui sait, Colombine?
(1980, Paris. Décembre 1989, Novembre 1992, Mars 1994. Lyon)
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Hymne
Je voudrais être une île plantée là comme une dent
Et succomber sous les caresses de langues d’écume,
Vagues impudentes aux flots argentés et ardents,
Me dissoudre dans leur mêlée sans fin qui me consume...
Je voudrais être un ciel très secret à l’humeur fantasque
Et pouvoir recouvrir et la mer et le continent
Me repaître d’amours femelles et mâles, sans masque
Admiré des ogres, méprisé par les abstinents.
Je voudrais être la terre, brûlée, léthiférée
Et ternir de poussière la sérénité des cieux
Dans un appel, dans un cri viscéral et, altérée,
Boire goulûment la pluie, la semence des Dieux.
Je voudrais être le zéphyr, ce satyre invisible,
Et trousser la mer, fondre ciel et terre inassouvie,
Libérer dans l’espace cette force si terrible,
Cette brute cruelle que je porte en moi, la VIE...
(Avril 1989, Mars 1994.Saint Nizier, Lyon)
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Elle était devenue putain par résignation
Et très sage philosophe en cette triste dérive
Pour les bien honnêtes gens une abomination
Mais la vérole l’expédia sur d’autres rives
Là, Charon lui lance, infernal croque-mort:
«Avant d’embarquer, il te faut remplir ma bourse;
Pour traverser ce marais, rejoindre les morts
Donne-moi déjà mon obole pour la course!»
«Hé, je n’ai plus la mondre pièce: les loueurs d’entrailles,
Les guérisseurs, les charlatans m’ont dépouillée de tout...»
«Alors tant pis pour toi, tel est ton destin: que tu ailles
Te lamenter sur ces côtes brumeuses, voilà tout!»
«Non, reste! écoute et tu seras satisfait;
Vrai, je ne suis qu’une pute et ma main est vide
Mais le sale bidochard* qui me tarifait
Jamais ne m’arracha une pierre limpide
Un diamant si étincelant d’une eau sept* fois pure
Dont les facettes luisent d’une clarté...souveraine
Car elles ont cristallisé dedans la pire ordure
Ces quelques riens de pureté qui nous rassérènent
Larme minérale aux pouvoirs ensorceleurs
Sa dureté affranchit de tous les tourments...
Cet indomptable* ignoré des bas receleurs
C’est mon âme, plus mûre que tous diamants
Ah, je vivais dans la perversion, moi la maudite;
Tous me bafouaient, tous m’humiliaient mais sous l’écorce,
Là, se forgeait une maturité pour eux proscrite
Et qui rayonne à tout jamais d’une invincible force
Seul l’exclu d’entre deux Mondes, le Transgresseur
Peut la saisir et peut la garder, rutilante...»
Depuis les Ombres s’écartent du Passeur:
Ainsi révélée, sa barque* les épouvante...
(Février 1989, Janvier 1990. Mars 1994. Lyon, Saint Nizier)
* Bidochard: trafiquant de femmes dans la traite des blanches, mot d’argot
très énergiquement péjoratif.
* Le chiffre 7 symbolise une perfection dynamique, l’achèvement du monde et
la plénitude des temps, entre autres...
* Jeu sur l’étymologie: diamant vient du grec «adamas», indomptable,
un diamant ne pouvant être rayé -dompté- que par un autre diamant.
* La barque de Charon symbolise les malheurs des hommes.
Dominique Gelay©
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