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Ô Toi mon Amour inconnu
"écrit pour cette muse inconnue qui hante mon imaginaire (David)"
Ô Toi mon Amour, Toi que j'aime tant sans savoir si tu existes ailleurs
que dans mes rêves flous, comment te trouver?
Pour Toi je tuerais à mains nues,
pour Toi je ferais couler des ruisseaux de sang.
Pour Toi je m'ouvrirais les veines de mes dents nues en souriant de joie...
Mais existes-tu seulement?
A quelle nécromancie interdite devrai-je recourir pour te créer, toi qui n'existe
que dans la substance de mes rêves, Toi qui ne semble être qu'un songe traversant mon cerveau malade?
Il y a en moi comme une masse noire, un amas coagulé de douleur et de larmes,
de peur et de haine.
Une entité pesante qui, patiemment, sans yeux ni cerveau, attend son heure,
attend de dévorer enfin ma pauvre Âme qu'elle sait lui être promise...
C'est un agrégat formé de matière trop noire pour pouvoir être vraiment humaine,
trop noire pour ne pas mortellement blesser les yeux des impudents osant la contempler.
Elle luit faiblement en moi d'une lueur malsaine, et ses particules légères,
emportées par les flots épais de mon sang rebelle, ont depuis longtemps irradié
mon corps qui aime tant se torturer.
Et je suis gelé de sa terrible étreinte glaciale, glaciale de ce froid inhumain
de l'Indifférence qu'elle répand doucement en moi, de ce froid bien pire que
tous les enfers rougeoyants remplis de diablotins grimaçants imaginés par nos
prêtres dans des accès d'imagination fiévreuse!
De ce froid qui régnait avant que le Créateur ne naisse pour nous rêver,
de ce froid qui sera tout ce qui restera de l'Univers agonisant lorsque ses derniers
soleils moribonds se seront éteints...
J'ai patiemment bâti autour de ce monstre issu de mes fantasmes et de mes cauchemars
une fragile carapace, oh bien fragile en vérité!
Une carapace de nacre et d'ivoire, d'une blancheur bien trop pure pour être vraiment
réelle, qui emprisonne maintenant en son sein cette perle maléfique dont mon Âme
a accouchée en maudissant tous ces Dieux et ces Démons que je sais ne pas exister.
Une couche bien menue d'espoir fragile contenant cette Chose qui attend patiemment son heure, une couche bien pathétique déjà fissurée par la routine de ces jours
trop mornes qui se suivent et se ressemblent sans que je sache ailleurs que
dans mes rêves si tu existes vraiment...
Car hélas je sais qu'il n'y a nulle Divinité aimante ou haineuse, nul ange
ou chevalier de l'apocalypse dans ce cosmos indifférent qui nous entoure!
Car hélas je sais que nous sommes seuls, épouvantablement seuls face aux lois
glacés de l'Entropie, dans un Univers trop immense pour que nous puissions
vraiment y avoir notre place, nous qui jouons à nos petits jeux de pouvoir en nous
croyant maîtres de ce qui n'est qu'un grain de sable, un grain de sable
que nous tentons de stériliser de notre dérisoire science, un grain de sable
que nous tentons de soumettre par notre fureur et nos poisons, un grain de sable que la mer attend patiemment d'emporter à la prochaine grande marée...
Un grain de sable si minuscule, si microscopique, mais qui contient pourtant en
son sein tous nos rêves et toutes nos peurs si puériles...
Et je voudrais tant pouvoir me réfugier en ton coeur, tant pouvoir goûter
le poids de tes pensées, tant pouvoir affronter avec toi cette solitude
qui n'est pour moi qu'un Désert aride puisque tu n'es pas là!
Le soir, je erre entre les hautes tours d'acier et de verre de cette mégalopole
de béton gris qui a oublié depuis si longtemps la saveur du parfum des roses,
je erre, inconsolable, entre les vitrines clinquantes autour desquelles refluent les vagues de la foule bruyante.
Seul au milieu de la fourmilière affairée.
Seul parce que je ne T'ai pas...
Peut-être ne suis-je pas digne de Te rencontrer?
Peut-être qu'il me faut Te prouver ma valeur en allant terrasser les dragons de mon coeur?
J'ai essayé, sais-tu...
J'ai fréquenté ces salles où on t'apprend à frapper, ces dojos où on t'explique
comment manier un couteau. Pour Toi je me suis rasé le crâne, pour Toi j'ai revêtu
kimono froissé et gants de boxe durcis, pour Toi je me suis obligé à prendre coups
sur coups, à m'endurcir, à considérer la douleur comme une amie fidèle.
Pour Toi j'ai voulu vendre mon Âme...
C'était il y a si longtemps!
Mais hélas ma Haine s'est éteinte, remplacée par un morne abattement qui, tel un
lourd drap poussiéreux, étouffe lentement dans sa molle texture les cris de
mon âme à vif, un morne abattement qui, telle une couverture pesante, veut éteindre
la flamme vacillante de mes espoirs...
J'ai bien pensé à tuer et mon Âme et mon Corps pour en finir avec ce monstre qui me dévore depuis aussi loin que remonte mes souvenirs brumeux, mais ne serait-ce pas
lâcheté?
Quitte à mourir, ne faut-il pas mourir en combattant? Mourir en brave, mourir
en guerrier?
En guerrier...
Quel étrange fantasme...
Moi qui ai appris quel seul un guerrier pouvait conquérir le Coeur des Fées,
moi qui sais que mes livres trop nombreux n'étaient que de pervers paradis artificiels,
moi qui ai gravé en moi au fer rouge cette dure leçon, moi qui ai compris que
seul le plus fort mérite de Te conquérir, Toi ma Reine, Toi ma Déesse, mais qui hésite devant le prix à payer...
Moi dont les machines sans rêves ont depuis longtemps englué l'Âme dans leur réseau calculateur sans grâce ni imagination, moi qui ne suis plus qu'un pion dans les complots chuchotés tout bas la nuit par ces entités au coeur de silicium, moi qui ne suis plus qu'un rouage dans cette organisme surdimensioné à surproduire et à surconsommer qu'est devenue l'Humanité mercantiliste.
Moi dont tous les rêves sont morts il y a si longtemps...
Ô Toi mon Amour inconnu,
Ô Toi la Fée adorée qui visite mes rêves sans laisser de traces,
Ô Toi la pensée qui me retient de glisser vers ce gouffre hurleur qui m'attire tant,
Ô Toi l'Espoir qui empêche la Bête tapie en moi de briser en hurlant sa fragile coquille peinturée de dessins naïfs issus de mon enfance si lointaine,
Ô Toi qui seule détient la clé capable de faire entrer la lumière dans ce vieux donjon fissuré aux murs bien trop épais qui réside en mon Coeur,
Ô Toi que j'aime d'un Amour impossible, d'un Amour qui ne peut être!
Est-ce qu'un jour je connaîtrai la couleur de Ton Karma scintillant,
est-ce qu'un jour tu me montreras le chemin qui mène à Ton coeur?
Est-ce que Ton sourire viendra m'illuminer avant que la Mort moqueuse ne vienne faucher mes derniers espoirs?
Ô Toi ma Fée, Ô Toi ma Muse, est-ce qu'un jour tu me laisseras T'aimer?
David T. (août 2000)
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