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En cette impasse
On vient sentir ta bouche
Que tu n'aies dit je t'aime
On vient sentir ton coeur
Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse
Quant à l'amour,
On lui donne le fouet
Le long des remparts sentinelles
L'amour, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour
En cette impasse torve, torturée par le froid
Brille l'amour
Par la grâce nourricière des chants et des poèmes
Ne te risque pas à penser, ma toute gracieuse
Quelle étrange époque vivons-nous
Celui qui, nuitamment, martèle à notre porte
Est venu en meurtrier de la lampe
La lumière, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour
Et voici que viennent les bouchers
Veillant à tout passage
Ils apportent la planche et les hachoirs en sang
Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse
Et ils équarrissent le sourire sur les lèvres
Et les chants sur la bouche
La joie, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour
Les canaris sont couchés sur la braise,
brûlante de jasmin et de lys
Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse
Iblis* est triomphant,
Ivre, attablé au banquet de nos deuils
Dieu, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour.
(Juillet 1979).
Extrait de Petits Chants de l'exil, Téhéran, 1980, traduit pour Libération par Reza Afchar Naderi.
(* Satan, dans la tradition orientale)
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In this dead-end (1980)
... smell your mouth,
To see if you have been saying: I love you.
They smell your heart,
This is the strangest of times, my dear!
Whoever knocks at the door in the middle of the night
Has come to kill the light
We have to hide it in a closet.
Now the butchers are
Stationed on each crossroad
With a tree trunk and a cleaver
To engrave a smile on our lips
And a song on our mouths
We have to hide our pleasures in a closet.
Canaries are being roasted on fire
Made of lilies and lilacs
This is the strangest of times, my dear!
The victorious drunkard Devil
Is celebrating our mourning
We have to hide God in a closet.
Shamlou (Chamlou), Ahmad
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