L'univers poétique
de
Thierry Cabot

80ko

Liminaire

Poète, auteur du livre La Blessure des Mots paru dans la collection "Presses de Valmy" à la fin de l'année 2004; Thierry Cabot est né le 30 mars 1958 à Toulouse.


Sa passion pour les mots l'a poussé très tôt vers l'écriture poétique dans laquelle il a vu un moyen d'expression privilégié, susceptible d'entrer en résonance avec les thèmes éternels qui forment la trame de notre "humaine condition".


Paul Guth à qui, en 1982, il avait adressé quelques-uns des premiers textes réunis dans cet ouvrage, lui avait écrit, plein d'enthousiame : Vos poèmes sont très beaux. Ils sont soulevés d'un grand souffle qui vient du fond de l'âme. Vous avez le sens du rythme, de l'onde poétique. Vous avez l'ampleur, l'émotion, la majesté. Et parfois de splendides images, surgies des abîmes.

***

L'âge d'or

Qui se souvient un peu dans le soleil enfui,
Des grands cieux tournoyant comme une âme légère
Et des chaudes amours à la couleur si chère,
Où l'éternité même, un instant, avait lui?


Cet âge-là mêlait passion et bien-être;
Le jour voluptueux chantait en séraphin;
C'était parmi la joie un vertige sans fin
Peuplé de longs désirs jamais las de renaître.


Au comble de l'extase au beau rire de miel,
Chaque enfant tout pareil à quelque fol artiste,
Survolait, radieux, des marches d'améthyste
Sous le chevalet nu d'un grandiose arc-en-ciel.


Les vents clairs s'étoilaient de lunes magnifiques;
L'aurore en se voilant s'enivrait de douceur;
L'azur qui s'avançait avec des mains de soeur,
Se délectait pour nous d'incroyables musiques.


Puis, figure céleste aux charmes frémissants,
Le rêve sur nos jeux infinis et frivoles,
Ouvrait des chemins purs choyés par mille idoles,
Et réchauffait la vie en ses doigts caressants.


Thierry Cabot

***

La nuit maudite

De longs pleurs, cette nuit, m'étouffent d'impuissance,
Une si longue nuit maléfique et hurlant
Qui remplit de stupeur mon esprit chancelant
Et le fait délirer dans le vide et l'absence.


Chaque jour mutilé tombe en déliquescence,
Le jour dont reste à peine un voeu sanguinolent,
Telle une plaie amère au fétide relent,
Où l'échec me foudroie avec magnificence.


L'oeil hideux, en sueur, brisé comme un fétu,
Je contemple, ébahi, mon destin abattu
Et vois tous les faux biens rouler à la renverse;


Jusqu'à l'heure où, levant ses deux poings furieux,
Une nouvelle nuit plus ignoble et perverse
Se jettera sur moi pour me fermer les yeux.


Thierry Cabot

Une ville

Bouffée impétueuse éclose en vin d'honneur
Qui coule, triomphal, sur des lèvres ailées!
Eclairs d'enthousiasme embrassant les allées
Si larges que la foule y nage de bonheur!


Une ville éternelle à la splendide gloire
Eveille les regards, libres dans l'air soyeux;
Célérité bénie au fond de mille yeux
Sublimés par la neuve insolence de croire!


Que se lèvent pour nous les cantates du vent
Et de grands feux parmi les aubes ingénues!
Des battements de fièvre au coeur des avenues,
En longs frissons d'amour, s'appellent en rêvant.


Une ville féconde et jamais oublieuse
Où nos pieds attendris foulent des champs d'azur,
Et semblable toujours à l'enfant le plus pur
Dont jaillirait la foi toute délicieuse...


Immensité du temps aboli d'un seul jet!
Cent matins lumineux aux secrètes audaces
Couvrent de joie énorme et les toits et les places
Et font magiquement resplendir tout projet.


Thierry Cabot

***

Les glaces éternelles

Ce fut l'écroulement du dernier bel été.
Les arbres gémissants ployaient leur chevelure,
Et vous portiez sans fin une étrange fêlure
Où frissonnait le glas d'un aveu redouté.


Vos jolis bras transis dans le soir hébété,
Semblaient deux oiseaux blancs couturés de blessures,
Deux colombes criant sous la faux des morsures
Et fouillant, le coeur trouble, un ciel décapité.


O chair longtemps promise aux plus douces veillées!
Chair vivante et rieuse aux fleurs ensoleillées!
L'incoercible hiver te prend par chaque bout.


Mais souriez, mon ange, et déployez vos ailes
Car je saurai demain, comme un prince debout,
Recouvrir mon amour de glaces éternelles.


Thierry Cabot

Douleur intime

Chétif et glacé, me voilà
Qui vais, silhouette falote,
Tantôt ici puis tantôt là
D'un pas tremblotant qui sanglote.


Au recoin de tous les taillis,
Mon âme s'écorche et se blesse
Et, le coeur soûl, les traits vieillis,
Je ne suis que plaie ou faiblesse.


Dans le vague jour éperdu,
L'horizon lépreux se déchaîne
Tandis que chaque instant perdu
Me ronge d'une immense peine.


Et mes yeux déjà semblent morts,
Mes yeux froids aux languides plaintes,
Errant de regrets en remords
Comme des étoiles éteintes.


Thierry Cabot

***

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Photo:Silver Lake, Colombie-Britannique, Canada par Pier de Lune©:
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