|
|
La nuit maudite
De longs pleurs, cette nuit, m'étouffent d'impuissance,
Une si longue nuit maléfique et hurlant
Qui remplit de stupeur mon esprit chancelant
Et le fait délirer dans le vide et l'absence.
Chaque jour mutilé tombe en déliquescence,
Le jour dont reste à peine un voeu sanguinolent,
Telle une plaie amère au fétide relent,
Où l'échec me foudroie avec magnificence.
L'oeil hideux, en sueur, brisé comme un fétu,
Je contemple, ébahi, mon destin abattu
Et vois tous les faux biens rouler à la renverse;
Jusqu'à l'heure où, levant ses deux poings furieux,
Une nouvelle nuit plus ignoble et perverse
Se jettera sur moi pour me fermer les yeux.
Thierry Cabot
|
Une ville
Bouffée impétueuse éclose en vin d'honneur
Qui coule, triomphal, sur des lèvres ailées!
Eclairs d'enthousiasme embrassant les allées
Si larges que la foule y nage de bonheur!
Une ville éternelle à la splendide gloire
Eveille les regards, libres dans l'air soyeux;
Célérité bénie au fond de mille yeux
Sublimés par la neuve insolence de croire!
Que se lèvent pour nous les cantates du vent
Et de grands feux parmi les aubes ingénues!
Des battements de fièvre au coeur des avenues,
En longs frissons d'amour, s'appellent en rêvant.
Une ville féconde et jamais oublieuse
Où nos pieds attendris foulent des champs d'azur,
Et semblable toujours à l'enfant le plus pur
Dont jaillirait la foi toute délicieuse...
Immensité du temps aboli d'un seul jet!
Cent matins lumineux aux secrètes audaces
Couvrent de joie énorme et les toits et les places
Et font magiquement resplendir tout projet.
Thierry Cabot
|