Joachim du Bellay

(1522-1560)


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Observations de quelques manières de parler Françaises (1549)


Ne crains pas...poète futur, d'innover quelque terme en un long poème, principalement, avec modestie toutefois, analogie et jugement de l'oreille, et ne te soucie qui le trouve bon ou mauvais espérant que la postérité l'approuvera, comme celle qui donne foi aux choses douteuses, lumière aux obscures, nouveauté aux antiques, usage aux non accoutumées, et douceur aux âpres et rudes.
(du Bellay "Défense et illustration de la langue française").



Plainte

À la France





France, mere des arts, des armes et des loix,
Tu m'as nourry, longtemps du laict de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrisse appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.


Si tu mas pour enfant advoüé quelquefois,
Que ne me respons tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, respons à ma triste nouvelle :
Mais nul, sinon Echo, ne respond a ma voix.


Entre les loups cruels j'erre parmy la laine,
Je sens venir l'hyver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait herisser ma peau.


Las! tes autres aigneaux n'ont faut de pasture ;
Ils ne craignent le lou, le vent ny la froidure ;
Si ne suis-je pourtant le pire du troppeau.



Plainte

(version: français moderne)
À la France



France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle.
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.


Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle!
Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix.


Entre les loups cruels, j'erre parmi la plaine,
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.


Las! tes autres agneaux n'ont faute de pâture.
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure,
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

***

Les Regrets (1558)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage.
Ou comme celui-là qui conquit la Toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!


Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison.
Qui m'est une province et beaucoup davantage ?


Plus me plaît, le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,


Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

***


D'un vanneur de blé aux vents

O vous, troupe légère,
Qui d'aile passagère
Par le monde volez,
Et d'un sifflant murmure
L'ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,


J'offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses
Tout fraîchement écloses,
Et ces oeillets aussi.


De votre douce haleine
Eventez cette plaine,
Eventez ce séjour :
Ce pendant que j'ahanne
A mon blé, que je vanne
A la chaleur du jour.


Joachim du Bellay

***

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***

Art work: sunset in marin Jeffrey K. Bedrick©
permission obtained








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Dernière modification de ce document: 30 mars 2004