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JOURS 5 et 6
Itinéraire:
Départ à 8 h du parc provincial Whiteshell (Manitoba)
Le beau temps semble être revenu. Une longue journée de route
en perspective. Soyez patients...encore quelques jours et
nous serons dans les montagnes.
Pour ma part, je ne regrette aucunement de m'être attardée
dans de petits villages. On aurait pu, fort bien rouler
jour et nuit et se rendre directement à Banff. Si j'avais fait
le trajet de cette façon, je n'aurais pas découvert ce qui suit.
Tout au long de mon parcours j'ai essayé de trouver
des endroits pittoresques pour nous reposer.
Trajet: route 1 ouest
Route 100 (boul. périphérique)
Via Winnipeg
Nous emprutons le boulevard périphérique, route 100, et
contournons la ville de Winnipeg pour reprendre la route
transcanadienne.
Trajet: route 1 ouest
Via Fleming (Saskatchewan)
À quelques kilomètres de Fleming, le panneau
de bienvenue indique la province de Saskatchewan..
Il n'y a guère de différence
entre ces deux provinces. Des immenses étendues plates
et une route qui semble ne jamais se rendre
à nulle part. Au bout d'une heure de conduite, j'ai
peine à tenir les yeux ouverts tellement cette route est lancinante.
Trajet: route 1 ouest/route 10
Destination: Fort Qu'Appelle (Saskatchewan)
Nous mettons un terme à cette journée
harassante et bifurquons sur la route à destination
de Fort Qu'Appelle; déjà, le nom de ce bled avait piqué ma curiosité.
Un parcours de 40 km où se succèdent de multiples collines arides,
aux formes arrondies, quelques petits arbres parsemés ci et là. Une rivière
complète ce décor, qui ma foi, est assez pittoresque.
Nous nous arrêtons au village et je ramasse de la documentation.
J'apprends que la vallée Qu'Appelle a été formée par le
recul de vastes glaciers à la fin de la période glaciaire.
Je découvre de très
belles légendes indiennes, des oeuvres d'art et l'histoire
de ce patelin.
Ci- dessous,
vous trouverez une légende que j'ai traduite,
un touchant poème ancien probablement traduit par une personne
habitant cet endroit et deux oeuvres d'art.
L'emploi de certaines tournures de phrases, typiques à la Saskatchewan,
confère à ce poème, un charme très particulier.
Trajet: Route 10
Destination: Parc Provincial Echo Valley (Fort Qu'Appelle - Saskatchewan)
Nous campons dans un parc situé à quelques kilomètres du village.
Il a fallu demander la direction à quatre reprises.
À ma grande surprise, dans ce parc il y a beaucoup d'arbres de petite taille.
Regrettable d'en trouver si peu aux abords des routes dans
les provinces du Manitoba et de la Saskatchewan.
Dans le parc, il règne une odeur très agréable
qui ressemble beaucoup au lilas. Le terrain de camping
semble très peu fréquenté, probablement parce qu'il est mal annoncé et quelque peu négligé.
Le jour 5 se récapitule ainsi:
Départ du parc provincial Whiteshell (Manitoba) à 8 h
Via Winnipeg, route 1
Destination: Fort Qu'Appelle (Saskatchewan), route 10
Arrivée au parc provincial Echo Valley (Saskatchewan)à 18 h
Kilométrage total de la journée: 744
Vitesse de croisière: moyenne 70 km/heure (la moyenne comprend les arrêts pour faire le plein d'essence, les repas, les courses et quelques brefs repos)
Fort Qu'Appelle
Parc provincial Echo Valley - Fort qu'Appelle -(Saskatchewan)
Ce parc de 650 hectares est situé au coeur de la vallée Qu'appelle.
Randonnée pédestre: un court sentier d'interprétation de 3 km
Pour se rendre au parc:
Le parc Echo Valley est situé sur la route 10 à 40 km au nord de la route 1.
Distance qui sépare le parc des grandes agglomérations urbaines les plus proches:
Environ 240 km à l'ouest de Winnipeg
72 km est de Régina
8 km ouest de Fort Qu'Appelle.
Photos: P.G.
La légende de la vallée Qu'Appelle
Jadis, un jeune homme vivait avec sa tribu dans une vallée
sur le bord d'une belle rivière. Un jour, après un voyage de chasse
très réussi, il retourna chez lui, le coeur plein d'excitation de
revoir sa bien- aimée.
Il était dans son canoë, sur un des lacs de sa vallée
lorsqu'il entendit son nom. Étonné, il demanda "Qui Appelle?"
mais, ne reçut aucune réponse, excepté l'écho de sa propre voix
qui rebondissait de collines en collines.
Craignant un malheur, il pagaya encore plus vite.
Lorsqu'enfin il arriva chez lui, quelques jours plus tard,
il apprit que son aimée avait rendu son dernier soupir en l'appelant
le jour même où il entendait l'écho lui répondre "Qu'appelle" dans la vallée.
Depuis ce temps, tout le long de la rivière, on entend les pleurs de
l' esprit qui la hante. Ainsi fut nommée la vallée "Qu'Appelle" dérivée du mot cri
"ca-ta-buy-se-pu" ou la rivière qui appelle.
Oeuvre d'art: Frederick Lucas Foster (1842-1899)
La vallée Qu'Appelle, 1893
Huile sur toile
50,3 x 77 cm
Collection de la galerie d'art Mendel, Saskatoon SK
Oeuvre d'art: James Henderson (1871-1951)
L'attente: Indien sioux (Red Breath) , v. 1924-27
Huile sur toile
76,2 x 61 cm
Collection privée, Calgary AB
La légende de la vallée Qu'Appelle
Je l'aimais autant que j'aimais ma vie,
Vue grandir et douce jeune dame devenir
D'en faire ma femme, privilège réussi
J'ai vu le monde, à cause d'elle, me sourire
J'avais entendu la voix de l'esprit
Le pionnier blanc aime parler de celle
Dont son histoire étrange le choix il fit
De nommer cette belle vallée, la "Qu'Appelle"
Dans mon oreille avide elle a soufflé -
"Quand l'été des Indiens sourit tristement,
Venez aux lacs, la première j'entendrai
De ta rame trempée, son ton accueillant
Je serai premier à tenir ta main
À souffler l'accueil tendre du littoral
À ton départ vers ton pays lointain
Je te suivrai, à jamais conjugale.
Aucune feuille n'était tombée, aucune trace
Du givre sur les plaines où je m'aventure
Si impatient de posséder cette face
Elle est de toutes les femmes du Nord, reine pure.
Je me reposais ni soir ni matin
Pour parcourir toute la nuit, tout le jour
Je rejoignis les Lacs, et, à la hâte,
Je lançai mon canot sur leur milieu.
En oubliant la faim et le sommeil
Je parcourais très vite des corps d'eau grands
Mon coeur si chaud dépassait ma pagaie
N'en pouvant plus des jours, d'être distant
Bougeait plus rapidement que la lame
De la rame magique qui fendait les eaux,
Anxieux d'étaler l'amour pour cette femme
De voir s'allumer en elle le flambeau.
Les longs jours se passèrent à dériver
Semblait-il qu'à moitié j'interviendrai
Avant l'aube, lorsqu'enfin je murmurai -
"Conquête de ma reine, demain je ferai!"
Au repos, à la dérive, je rêvai
À toute la joie qui me reviendrait,-
Lorsque soudain du rivage ombragé
J'ai entendu dire ce nom qui me plaît.
"Qui m'appelle?" répondis-je; pendant longtemps
Je fis taire ma pagaie pour écouter.
Puis, à travers la chanson triste du vent
J'entendis cette étrange voix claire parler -
Une voix de femme vint du ciel étoilé
Vers une âme naissante - chant non chanté.
J'écoutai - elle murmurait mon nom, oui
Lui répondis-je en mon français charmant:
"Qu'appelle? Qu'appelle?" Aucune réponse; la nuit
Semblait tranquille, quand m'envahirent subitement
Les échos lointains, hauteurs éloignées -
"Qu'appelle?" C'était ma voix, "Qu'appelle? Qu'appelle?"
Cela - puis rien; puis à voix élevée
Je frissonnais, voyant la nuit sans zeste
Et comme un spectre pâle, froid, attristé,
La lune se leva en silence à l'est.
Je n'ose pas trop tarder à ce moment
Je mis mon canot à la porte du tipi;
De femmes et d'hommes, j'entendais leur tourment -
Feux de mort allumés sur la rive je vis.
On ne peut décrire cette torture, ce tort
La rancune qui envahissait ma vie, -
Lorsqu'on m'emmena la revoir plus tard,
Cette reine des femmes m'était promise sa vie.
De voir la beauté de sa jolie face,
Des yeux doucement clos, une bouche qui dort;
De voir, d'apprendre, - réaliser ma place
Était usurpé d'un rival - la Mort.
Une tempête de peine ragea, se brisa
Dans mon coeur, la vie éteint son espoir
À travers mon angoisse, m'avisant tout bas
On dit "Deux fois elle t'appela hier soir".
J'ai amorcé-sur ma défunte, penché
Questionnant quand ses lèvres se sont scellées
"Elle t'appela - et s'éteint" m'ont-ils conté,
"Juste à l'heure lorsque la lune s'est levée".
Vers les lacs seuls, ne vogue plus mon canot
Celle qui faisait leur beauté n'y est plus.
L'homme blanc monte son tipi au bord de l'eau
Croyant ce val le plus beau jamais vu.
Il y a longtemps depuis, mais dit-on
Les voyageurs racontent près du feu de camp
Que quand la lune paraît à l'horizon,
D'étranges voix dans le silence on entend
L'homme blanc adore ces lacs hantés, on dit,
Et vient de loin pour voir sa grande beauté
Devant lui; mais le jour, à mon avis,
La nuit, l'heure, les saisons sont toutes passées.
J'écoute le coeur gros, quand on nous rappelle
Pourquoi l'homme blanc l'a nommé la "Qu'Appelle"
Traduction de l'original de E. Pauline Johnson
(Traduit par Carolyne Gareau de Recio)
Pour voir les images agrandies, cliquez sur les miniatures.
JOUR 6
Itinéraire:
Départ à 7 h du parc provincial Echo Valley (Fort Qu'Appelle)
(Saskatchewan)
Destination: Régina (Saskatchewan), route 1
27°C...La journée sera très chaude. Au Canada, il y a ceci de bien;
ou bien on gèle ou bien on crève de chaud. Pour une fois, je bénis l'air
climatisé dans la voiture. Nous partons très tôt et nous nous dirigeons vers la ville
de Régina pour faire le changement d'huile.
En cours de route, nous croisons beaucoup de vieilles voitures,
en très bon état par contre.
L'explication m'est donnée par le garagiste. Il me dit: "Les voitures
rouillent moins vite dans les provinces de l'Ouest qu'au Québec.
Après deux ou ou trois ans d'utilisation,
on sait tout de suite aux taches de rouille qu'elle vient du Québec. À cause du climat plus tempéré,
nous avons très peu de neige et utilisons rarement du sel (calcium) sur nos routes".
Finalement, au bout de deux heures, nous sortons du garage avec une voiture
tellement propre qu'elle a l'air neuve. Très accueillant, ce concessionnaire Subaru.
Il est assez rare qu'un garage nous offre de laver notre voiture gratuitement.
Nous retournons sur l'autoroute après le petit déjeuner et
les courses sans nous attarder dans la ville de Régina.
Un bref coup d'oeil, juste assez pour voir que cette dernière brille de propreté.
Vous avez sûrement remarqué que je ne m'attarde jamais dans les villes.
En effet, ça ne m'attire pas du tout. Je suis née et j'ai vécu à Montréal
très longtemps.
J'y retourne à l'occasion parce que j'aime cette ville.
De toutes celles, visitées à ce jour, mises à part Montréal et Québec qui, pour moi,
sont parmi les plus belles, j'ai un faible pour Rome, Venise, Sorrento,
Grenoble bien que ces deux dernières ne soient pas des grandes villes,
et Victoria (Île de Vancouver). Quant à Paris, si belle soit-elle, j'y étouffe...
Ne comptez pas sur moi pour vous vanter les mérites des grandes villes.
Tout au long du parcours, j'ai fait des pieds et des mains pour les éviter.
Mais, quand on voyage à deux, il faut faire plaisir à celui ou celle
qui nous accompagne.
Vous verrez plus tard que j'ai tout de même concédé les visites de Vancouver
et Edmonton.
Trajet: route 1 ouest
Via Maple Creek (Saskatchewan)
Route 1/21
Destination:
Nous nous engageons sur la route 21 sud, vers la pittoresque et
très "western"
petite ville de Maple Creek. Nous camperons au parc
Cypress Hills situé à une quarantaine de kilomètres au sud de
la route transcanadienne
Il n'est que 16 h et il fait jour jusqu'à 23 h. Cela nous donne
amplement le temps d'aller en voiture jusqu'au belvédère "Bald Butte" ou "mont Chauve".
Ce nom lui va à merveille, il est vraiment chauve.
Nous sommes à 1.372 m au-dessus du niveau de la mer,
au point le plus élevé de la Saskatchewan.
Les collines abruptes du massif des Cypress Hills surgissent
dans le sud de la Saskatchewan; dans ce coin de pays rectiligne,
le spectacle est frappant. Leurs flancs couverts de pins lodgepole stoppent
l'avancée des broussailles desséchées des prairies. Il n'y a aucun cyprès
dans les environs! En effet, les premiers explorateurs français auraient
confondu les pins lodgepole avec les cyprès de leur mère patrie.
Le nom est demeuré, mais les cyprès ne sont jamais venus!
Sur le chemin du retour vers notre camping, nous nous arrêtons
pour admirer une femelle orignal, une bête vraiment imposante!
J'ai le temps de descendre de voiture et de la saisir en photo tout à mon aise.
Elle continue à brouter paisiblement, sans même daigner nous regarder.
Le jour 6 se récapitule ainsi:
Départ du parc provincial Echo Valley (Saskatchewan) à 8 h
Destination: Régina (Saskatchewan), route 1
Via Maple Creek, route 10
Destination: parc Interprovincial Cypress Hills (Saskatchewan)
Kilométrage total de la journée: 525
Vitesse de croisière: moyenne 70 km/heure (la moyenne comprend les arrêts pour faire le plein d'essence, les repas, les courses et quelques brefs repos)
Parc interprovincial de Cypress Hills - massif des Cypress Hills - Saskatchewan
Cypress Hills - nom dérivé d'un terme utilisé par des anciens explorateurs canadiens -
français, montagne de cyprès. Les Cris connaissaient les collines comme
manâtakâw, qui veut dire : "terre sacrée" ou "région où l'on prête attention".
Les collines abruptes du massif des Cypress Hills surgissent
dans le sud de la Saskatchewan; dans ce coin de pays rectiligne,
le spectacle est frappant. Leurs flancs couverts de pins lodgepole stoppent
l'avancée des broussailles desséchées des prairies. Il n'y a aucun cyprès
dans les environs! En effet, les premiers explorateurs français auraient
confondu les pins lodgepole du nom latin Pinus contorta ssp. latifolia Engelm ou Pinus
contorta var. latifolia Dougl.,
avec les cyprès de leur mère patrie.
Le nom est demeuré, mais les cyprès ne sont jamais venus!
Le Parc interprovincial de Cypress Hills est situé à cheval sur la frontière
qui sépare la Saskatchewan de l'Alberta. Il est le résultat d'un phénomène naturel
aussi vieux qu'inusité. Il y a 10 000 ans, alors que cette portion du continent
était recouverte d'un épais manteau de glace de 1000 mètres d'épaisseur,
l'élévation de la région (1372 m au-dessus du niveau de la mer en son point le plus élevé)
a permis à celle-ci de rester hors de portée des glaces.
Ce phénomème appelé nunatak a permis à quelques espèces animales préglaciaires
de survivre. Ainsi peut-on voir ici des fourmis blanches et un étonnant
crapaud à cornes (phrynosome), un spectacle unique dans la prairie canadienne.
Le territoire est un lieu de rendez-vous prisé des randonneurs.
Dans le secteur de la Saskatchewan, une trentaine de kilomètres de sentiers
mènent là où les Métis aimaient jadis vivre et chasser le bison.
D'ailleurs, si l'histoire vous intéresse, faites un saut jusqu'au
Parc national de Fort Walsh, tout juste au sud du parc interprovincial.
On y comprend l'importance stratégique des Cypress Hills
dans l'étonnante aventure des premiers colons.
(référence: Géo Plein Air, Juin 1999)
Pour voir les photos agrandies, cliquez desus.
Vue du belvédère "Bald Butte" ou " mont Chauve ".
1 372 m au-dessus du niveau de la mer, le
point le plus élevé de la Saskatchewan.
Pour se rendre au parc:
Le parc de Cypress Hills est situé à une quarantaine
de kilomètres au sud de la pittoresque et très " cow-boy"
petite ville de Maple Creek, tout près de la Route transcanadienne.
Le parc comprend le secteur West Block, idéal pour la marche
et le camping rustique, et le secteur Centre Block,
où les infrastructures sont plus importantes..
Distance qui sépare le parc des grandes agglomérations urbaines les plus proches:
Environ 408 km de Régina, route 1 ouest
84 km à l'est des limites de la province Alberta (route 1)
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